Le Suisse au cœur de l'affaire Kerimov est arrêté
L'incarcération du Lucernois Alexander Studhalter marque une accélération dans l'enquête visant l'oligarque Suleyman Kerimov.

Comme une proie immobilisée dans la toile tissée par la justice française, l'homme d'affaires Alexander Studhalter dort depuis vendredi dernier dans une geôle française. Le juge d'instruction Alexandre Julien est chargé depuis deux ans de faire toute la lumière sur de complexes circuits financiers autour de l'acquisition de quatre superbes villas sur la presqu'île magique du cap d'Antibes, dont la célèbre Villa Hier.
Un achat sous-évalué
L'acheteur officiel est en effet soupçonné d'être – au choix – un faux nez (pseudonyme), un homme de paille, un prête-nom, au service de son ami de longue date, l'oligarque Suleyman Kerimov. Jusque-là, l'Helvète avait navigué entre mise en examen, versement de caution, annulation de ces mesures, puis de nouveau mise en examen en mai 2017 pour blanchiment de fraude fiscale au travers notamment de l'achat, en 2008, d'une demeure née du génie de l'architecte américain Barry Dierks. Il ne s'agissait en apparence que d'une opération d'investissement destinée à générer de juteux revenus. L'idée était de louer ces coquettes demeures à de riches oligarques et de leur fournir en pack des prestations de conciergerie et de family office.
Rien de répréhensible a priori, sauf que les services fiscaux ont vite tiqué devant le prix d'achat déraisonnablement bas de la Villa Hier: 35 millions d'euros pour une valeur estimée à 150. L'enquête révèle que le «locataire» Suleyman Kerimov est le véritable acquéreur d'une demeure payée en réalité 127 millions via des virements opérés au bénéficie d'un compte ouvert dans une grande banque helvétique dont le nom n'a pas pour l'heure été communiqué. De très importants retraits en espèces (souvent plusieurs millions d'euros) seront par ailleurs opérés dans cet établissement suisse et dans deux banques monégasques. L'argent est ensuite ramené en France dans des valises ou sous forme de cartes de retrait dédiées et anonymes.
Rappelons au passage que la banque suisse concernée est depuis quelques mois sous le coup d'une enquête pour blanchiment de fraude fiscale menée conjointement à Paris par le Parquet national financier français et à Bruxelles par Eurojust.
On en sait par ailleurs un peu plus sur les raisons qui ont poussé le juge d'instruction à incarcérer vendredi Alexander Studhalter après deux années où aucune coercition de ce type n'avait été exercée contre lui. De source proche de l'enquête, l'analyse de nouvelles écoutes et des échanges de mails ont étayé la thèse initiale de l'accusation. Pour la justice française, le Lucernois, connu pour sa simplicité, ne serait pas qu'un simple bailleur pour riches en mal de soleil mais la tête de pont d'un vrai circuit de blanchiment de fraude fiscale, ce que conteste vivement l'intéressé.
Jeu de poupées russes
Et peut-être un peu trop vivement au goût du juge, qui a réclamé et obtenu sa mise en détention. «L'audition s'est très mal passée», nous indique une source autorisée. L'intéressé s'est vu signifier une mise en examen destinée à élargir celle de mai dernier. L'entourage de Studhalter évoque des éléments remontant à près d'un an. Il a diffusé un communiqué, selon les termes duquel «Alexander Studhalter, qui a toujours déféré aux convocations adressées par le juge d'instruction, continue de contester fermement tant les faits qui lui sont reprochés que la qualification qui leur est donnée». Les avocats parisiens du Lucernois ont du coup saisi la Chambre de l'instruction de la Cour d'appel afin d'obtenir une remise en liberté.
On remarquera que l'audition de Suleyman Kerimov, «cueilli» à l'aéroport de Nice en novembre dernier, ne s'était guère mieux déroulée. Malgré la volonté du Parquet d'incarcérer l'intéressé, certains impératifs «diplomatiques» semblent avoir pris le dessus. Mais l'homme du Daguestan a été contraint de ne pas quitter les Alpes-Maritimes.
Celui que l'on dit ami de Poutine est soupçonné d'être lui-même le prête-nom et passeur de fonds d'autres «clients». Un jeu de poupées russes, en somme.
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