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Lettre du jourLe rugby sans spectateurs

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Veyrier, 12 février

Le Tournoi des Six Nations a débuté le week-end dernier. Tous les amoureux du ballon ovale attendent l’événement, en particulier les matches entre «British», à cause de ceux disputés âprement jusqu’à la dernière minute, quel que soit le score, entre joueurs qui ne passent pas leur temps à contester les décisions arbitrales.
J’ai toujours aimé l’atmosphère de ces matches, sauf que cette fois-ci il n’y avait pas les habituelles clameurs et les chants des supporters. La perception de ces affrontements en est terriblement affectée.

La bravoure et la vaillance, si elles sont toujours présentes, passent au second plan. La violence des chocs, les changements fréquents de joueurs pour blessure quand ce n’est pas pour commotion prennent un relief inhabituel. Les recherches menées ont démontré que le rugby pouvait être un sport aussi dangereux que la boxe. Des mesures pour protéger les joueurs ont été prises. Contrairement au foot, le corps médical peut intervenir sans attendre que l’arbitre n’arrête le match. Cependant, les pressions existent pour que le joueur blessé reste sur le terrain au détriment de sa santé, hormis les situations de commotion avérée.

Cette semaine, j’ai entendu l’interview de plusieurs sportifs au sujet de leurs blessures. Dans une interview, le skieur français Johan Clarey disait que lorsque, dans une journée, il ne souffrait qu’un peu du genou, il était content. En natation, Dano Halsall, l’ancien recordman suisse du 50 mètres nage libre, paie très cher en souffrance ses exploits. Ce ne sont pas des exceptions.

Si tous les sports ne sont pas autant traumatogènes, il n’en demeure pas moins que la plupart des sports populaires pratiqués à un très haut niveau et pendant plusieurs années laissent des organismes avec des séquelles souvent graves.

En chassant les spectateurs des compétitions de haut niveau, en les privant de leurs oripeaux habituels, le Covid fait resurgir une question de fond.

«Mens sana in corpore sano»: cette devise, si souvent citée pour encourager la pratique sportive, peut-elle encore s’appliquer aux sports de haut niveau?

Robert Fol