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Le Richemond licencie en masse

Victime de la pandémie, le légendaire hôtel genevois va fermer ses portes. Ses 130 employés vont être congédiés. Le SIT s’indigne et fait appel à Mauro Poggia.

La fermeture du Richemond laisse environ 130 salariés sur le carreau.
La fermeture du Richemond laisse environ 130 salariés sur le carreau.
KEYSTONE

Trois minutes et 25 secondes. C’est le temps qu’aurait pris Éric Favre, président de l’hôtel Richemond, pour annoncer à ses 130 employés leur licenciement.

Le Syndicat interprofessionnel des travailleurs (SIT) a tenu ce vendredi une conférence de presse à propos de la fermeture de l’hôtel de luxe. Il dénonce un «mépris légendaire» de la part de la direction envers ses salariés.

Comme beaucoup d’établissements touristiques, le Richemond a subi de plein fouet l’épidémie de coronavirus. Le cinq-étoiles a annoncé sa fermeture temporaire mercredi 8 juillet suite à «des obstacles insurmontables», comme l’explique son président Éric Favre. Les contrats du personnel vont être résiliés le 1er août.

Des négociations sans issue

Le 28 mai, la direction du Richemond a informé ses salariés qu’elle envisageait un licenciement collectif. Depuis, le SIT s’est engagé avec elle dans des pourparlers en vue d’un plan social. Ceux-ci n’ont rien donné. «Nous sommes déçus car nous avions le faux espoir qu’on pourrait entamer un dialogue» déplore Davide De Filippo, cosecrétaire général du SIT.

Après avoir cherché à éviter ce licenciement puis à le contenir, le syndicat demande maintenant à l’hôtel d’en atténuer les effets. Les représentants des travailleurs réclament le versement d’indemnités et une aide à la recherche de nouveaux emplois. «Pour cette demande, on tourne autour d’un coût de 5 millions de francs. Si l’on ramène la fortune de l’actionnaire majoritaire du Richemond à un salaire de 4500 francs, continue Davide De Filippo, ça lui coûterait l’équivalent d’un café!»

Des employés de l’hôtel témoignent de leur détresse: «Après nous avoir annoncé le licenciement collectif, le président nous a dit qu’il y avait pire, raconte Paul*. Oui, en effet, il y a pire: comment allons-nous retrouver un travail et nourrir notre famille avec les revenus du chômage?» La plupart des salariés de l’établissement vivent de l’autre côté de la frontière. Or, en France, seulement 57% du salaire de l’emploi perdu est couvert par le chômage.

La direction se justifie

De son côté, le Richemond affirme avoir «épuisé tous les moyens» pour éviter la fermeture. «L’hôtel est conscient que cela aura un impact important sur ses près de 130 collaborateurs, qui verront leur contrat de travail résilié, déplore Éric Favre. Cependant, ceci devrait permettre d’être plus performant à la réouverture, lorsque les affaires auront repris.»

Questionné à propos de son refus du plan social souhaité par le syndicat, le directeur André Cheminade réplique: «Notre établissement a respecté la procédure de consultation des employés en lien avec le licenciement collectif envisagé, telle que prescrite par le Code des obligations.» Quant aux autres reproches faits à la direction, il n’a pas souhaité réagir.

Pour reprendre les négociations avec l’hôtel, le SIT fait désormais appel au conseiller d’État Mauro Poggia. Dans un courriel adressé ce vendredi au chef du Département de l’emploi, le syndicat lui demande de se poser en médiateur dans ce conflit social.

*Le prénom a été modifié.