LiveDécès de Jean-Luc Godard (direct)Rolle pleure Godard, un «gentil ours»
Le réalisateur franco-suisse fait partie des cinéastes qui ont révolutionné le 7e art. Il est décédé ce mardi à l'âge de 91 ans. Suivez les réactions à travers le monde.
Monique Choulat Pugnale, syndique de Rolle: «Il y avait un grand respect de la part de tous envers lui»

«Rolle était très fière que Jean-Luc Godard, cet immense cinéaste que je considère comme un génie, ait choisi de s'installer chez nous. Je le croisais parfois dans la Grand-Rue. Il avait ses habitudes dans un café. Mais il y avait un grand respect de la part de tous envers lui. Nous ne le dérangions pas. Il devait certainement apprécier cette paix très suisse.
La Municipalité abordera la question d'un éventuel hommage à lui rendre lors de notre prochaine séance. Nous pourrions par exemple donner son nom à une rue ou une allée.» REB
Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse: «C'est le Léonard du cinéma»

«Il m'avait invité à aller voir son dernier long-métrage, en compétition à Cannes, «Adieu au langage» chez lui. C'est vrai que d'aller chez lui, dans son salon au rez-de-chaussée, de s'asseoir sur sa chaise et d'en parler après avec lui à la table de la cuisine, c'est une émotion et des jambes tremblantes face au maître dont je me rappellerais toujours. Il y avait aussi cette réalité: il était d'une grande simplicité. Il ne fallait pas se prendre la tête avec lui, dans la vie, il était très normal.
Même si Godard, c'est Léonard de Vinci du cinéma. Il inventait tout le temps, il n'arrêtait pas de tourner. Dans sa filmographie, il y a les longs métrages que l'on connaît, il y a plein plein plein de courts-métrages, de travaux vidéo, d'expérimentations. C'est quelqu'un qui, à partir du moment où il a pris une caméra à la fin des années 50, n'a jamais arrêté de filmer et donc d'expérimenter. Il avait une passion pour la technologie, pour tous les outils nouveaux.
C'est le premier à avoir acheté une caméra vidéo Sony pour tourner avec cette possibilité d'immédiateté. Et quand le numérique apparaît, il est tout de suite dessus, il fait un film en 3D, il élabore des stratégies au niveau du son et de l'image qui sont, toujours, à tous les niveaux, et dès le début, d'une extraordinaire modernité.
C'est quelqu'un qui, dans toute sa carrière, n'a jamais arrêté de produire de nouvelles façons de raconter avec une attention pointue sur le monde contemporain, les conflits, les guerres, la Palestine, le Vietnam. Il a toujours été attentif aux grands mouvements du monde un peu à la façon d'un philosophe.» FMH
Les femmes de Jean-Luc Godard: à la ville comme à l’écran
Jean-Luc Godard a fait le plus souvent de ses compagnes les héroïnes de ses films. Les plus connues sont Anna Karina, égérie de la Nouvelle Vague, et Anne Wiazemsky.
«Je n’ai pas le sentiment de faire une différence entre la vie et la création», déclarait le réalisateur franco-suisse en 1965. «Pour moi, diriger une actrice et parler avec sa femme, c’est pareil».
Ses tout premiers films, des court-métrages, Godard les tourne avec sa première compagne, Anne Colette. Ce sera «Tous les garçons s’appellent Patrick» (1957) et «Charlotte et son jules» (1958) avec Jean-Paul Belmondo, inspiré du «Bel Indifférent» de Jean Cocteau.
Les années Karina
En 1959, il repère une jeune Danoise, Anna Karina, dans une publicité. Il lui propose un rôle dans «À bout de souffle» qu’il s’apprête à tourner, mais elle décline, refusant de se déshabiller pour les besoins du film. Sorti en mars 1960, le long-métrage connaît un succès critique comme public (2,2 millions d’entrées).

Anna Karina accepte en revanche le rôle principal du film suivant, «Le petit soldat», qui a pour toile de fond la guerre d’Algérie. À partir de là, elle devient sa muse et tournera avec lui sept films au cours des années 60. Sept films emblématiques de la Nouvelle Vague: «Le Petit Soldat», «Une femme est une femme», «Vivre sa vie», «Bande à part», «Alphaville», «Pierrot le fou» et «Made in USA».
Ils se marient en Suisse le 3 mars 1961 et divorcent trois ans plus tard. «Ça n’a jamais marché», assène Godard lors de retrouvailles en 1987 avec Anna Karina à la télévision. Elle quitte le plateau en larmes. «Moi, je pleurerai chez moi, mais pas ici», dit le réalisateur.
Les années politiques
En août 1965, il rencontre la toute jeune Anne Wiazemsky (19 ans), la petite fille de François Mauriac, sur le tournage d’«Au hasard Balthazar» de Robert Bresson. Le réalisateur est déjà auréolé de prestige et – elle le racontera dans son livre «Une année studieuse» – elle se demande ce qu’il lui trouve alors que les gazettes annoncent déjà ses fiançailles avec Marina Vlady, avec qui il termine «2 ou 3 choses que je sais d'elle».

L’année suivante, elle lui déclare sa flamme et l’introduit dans le milieu étudiant lorsqu’elle s’inscrit à l’université de Nanterre. Ce sera la toile de fond de «La Chinoise» (1967), où Anne fait partie d’un groupe de jeunes bourgeois jouant à la révolution maoïste.
Dans la foulée, Godard tourne «Week-end» et, pour la seconde fois de sa vie, le 21 juillet 1967, épouse à la ville son héroïne à l’écran. Cette fois aussi, le mariage ne dure guère et le couple se sépare en octobre 1970.
«La femme dans ma vie»
Le 9 juin 1971, pendant la préparation de «Tout va bien», Godard est victime d’un grave accident de moto qui lui vaut de rester plusieurs mois à l’hôpital. C’est à ce moment qu’il se lie avec la scénariste Anne-Marie Miéville. À sa sortie de l’hôpital, en novembre 1971, il s’installe avec elle et lui propose de travailler comme photographe de plateau sur la reprise du tournage de «Tout va bien».

À partir de 1973, tous deux vivent à Grenoble et réalisent plusieurs documentaires-fictions, entre vidéo et télévision. En 1976, ils s’installent à Rolle (VD). Ce sera le début d’une longue collaboration. D’Anne-Marie Miéville, Godard dira: «Il y a eu les femmes dans mes films et la femme dans ma vie».
À plus de 60 ans, en mai 1995, il reconnaissait: «Les femmes, les actrices, je ne les ai pas bien traitées. J’ai respecté leur beauté aléatoire, mais je n’ai pas fait très attention à ce qu’elles pouvaient dire ou faire... Tous les peintres ont eu des modèles mais, moi, c’étaient des copies.»
Pour le réalisateur genevois Jacob Berger, «son retour en Suisse était un retour vers le sens» des choses

«Je ne peux pas ne pas donner du sens à la quasi presque concomitance de la mort d'Alain Tanner et de Jean-Luc Godard. Le premier était mon père de cinéma, un père de secours, et le second était une figure de père universel. Son décès va faire la une partout dans le monde occidental. Mais s'il était une figure mondiale, personne, ici, n'est indemne de son cinéma. Quand on pense à tout ce qu'il a inventé et qui, aujourd'hui, fait partie de l'image mouvante. Que ce soit l'usage de la musique, des commentaires, du montage, que ce soit la distanciation dans le récit: ce sont des choses que Godard a inventées à un moment ou un autre, je le vois vraiment comme une figure tellurique.
sneIl y a des artistes comme ça, ils ne sont pas nombreux: je pense à Picasso, Beethoven et Godard, des figures qui résonnent aussi avec le réel. Et le fait qu'il soit revenu, ici, en Suisse, au début des années 1980 pour faire des films raconte quelque chose que beaucoup d'entre nous n'avions pas encore vu. C'était un immense visionnaire et déjà, à l'époque, il avait compris que la présence très forte de la nature et la cohabitation avec les montagnes, les ciels, les lacs, les animaux, était aussi une cohabitation avec l'humain au sens le plus fort du terme.
A Paris, dans les autres capitales, on était dans une sorte de chaos qui faisait qu'on arrivait pas à percevoir ça, mais lui, l'a fait bien avant les autres. C'est comme s'il avait prévu cette mise en danger de l'humanité dont on est tous les témoins maintenant. Son retour en Suisse était un retour vers le sens des choses.» FMH
Jean-François Amiguet: «Jean-Luc Godard a dynamité le langage cinématographique»

Jean-François Amiguet, cinéaste: «Comme aucun autre cinéaste avant lui, Jean-Luc Godard a dynamité le langage cinématographique. Inventeur de formes, il a parfaitement scanné l'âme de ses contemporains et cela avec un humour décalé bien de chez nous! Oui, pour moi, Jean-Luc Godard avait l'esprit vaudois, avec ce petit air de ne pas y toucher qui faisait pourtant mouche à tous les coups. Il était fasciné par le Léman qui lui renvoyait une image déformée de lui-même et des autres.» CLE
Les petites phrases de Godard
Chef de file de la Nouvelle Vague puis cinéaste militant, Jean-Luc Godard cultivait également l’image d’un intellectuel exigeant. Nombre de ses petites phrases ont fait mouche.
L’enthousiasme
«Je me dis que rarement un pays m’a offert tant de sujets de films que la France d’aujourd’hui. Le nombre des sujets excitants est ahurissant. J’ai envie de tout faire, à propos du sport, de la politique, et même de l’épicerie. Regardez un homme comme Edouard Leclerc (fondateur des supermarchés Leclerc: ndlr), c’est passionnant, j’aimerais bien faire un film sur lui ou avec lui.» (1965)
«Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose? Avec le cinéma, on parle de tout, on arrive à tout.»
«La photographie, c’est la vérité et le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde...»

La Nouvelle Vague
«Cela a été un petit moment, la Nouvelle Vague. Un tout petit moment. Si j’ai un peu de nostalgie, c’est ça. Trois personnes, Truffaut, moi et Rivette, certains oncles comme Rohmer, Melville, Leenhardt... C’étaient trois garçons qui avaient quitté leur famille.» (2014)
«Agnès (Varda) était une franc-tireuse, elle tirait un fil à elle, mais elle appartenait quand même à la Nouvelle Vague. Et, après sa disparition, on n’est plus que deux: Jacques Rozier et moi. Rozier, on l’oublie toujours. Alors qu’il a commencé avant les autres.» (2019)
Le temps
«En littérature, il y a beaucoup de passé et un peu de futur mais il n’y a pas de présent. Au cinéma, il n’y a que du présent qui ne fait que passer.» (1997)
«Toute histoire doit avoir un début, un milieu et une fin mais pas forcément dans cet ordre-là.»
Cinéma et télévision
«La télévision fabrique de l’oubli. Le cinéma fabrique des souvenirs.»
«Quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse.»
«Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, c’est un téléfilm que vous faites.»

Théories
«Voilà. X + 3 = 1, c’est la clé du cinéma. Mais quand on dit c’est la clé, il ne faut pas oublier la serrure.» (2018)
«Un film, c’est un échafaudage. C’est un empilement informe dont les pièces finalement s’imbriquent. Mais c’est aussi un échafaud. Un échafaud des idées. On en coupe tout le temps, beaucoup tombent au montage...»
La désillusion
«Le cinéma n’a jamais fait partie de l’industrie du spectacle, mais de l’industrie des cosmétiques, de l’industrie des masques, succursale elle-même de l’industrie du mensonge.» (1994)
«Aujourd’hui, les festivals de cinéma sont comme les congrès de dentistes. C’est tellement folklorique que c’en est déprimant.» (1997)
«Le cinéma va-t-il mourir avec vous?» – «C’est même la seule espérance que j’ai. Ça me fait un but dans la vie! J’ai cru, quand j’étais jeune, qu’il était éternel, mais c’est parce que je croyais que j’étais éternel» (1983)
Jean-Luc Godard a eu recours au suicide assisté
Jean-Luc Godard a eu recours au suicide assisté: «Il n’était pas malade, il était simplement épuisé», indique «Libération».
Le cinéaste franco-suisse, mort ce mardi à l’âge de 91 ans, a eu recours à cette pratique autorisée et encadrée en Suisse.

«Godard est fasciné par le suicide», écrit le critique de cinéma Jean-Luc Douin. Jeune, le cinéaste «transporte une lame de rasoir dans son portefeuille», rappelle le journaliste.
Nicolas Bideau: «Un des plus grands intellectuels du monde nous quitte»
Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse: «Depuis sa maison de Rolle , Jean-Luc Godard aura révolutionné le 7e art, réagit Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse sur Twitter. Un des plus grands intellectuels du monde nous quitte, nos pensées à ses proches.»
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Deux jours plus tôt dimanche le 11 septembre, Nicolas Bideau avait aussi réagi à la disparition d’un autre grand cinéaste suisse de la même génération que Godard, Alain Tanner. Ce dernier avait lancé la carrière de son père, le comédien Jean-Luc Bideau, dans le film «La Salamandre».
Les trois films culte de Jean-Luc Godard
Parmi les dizaines de films de Jean-Luc Godard, trois sont entrés dans l’histoire du cinéma. Ils ont tous été tournés dans les années 60: «A bout de souffle», «Le mépris» et «Pierrot le fou».
«À bout de souffle» (1960)
C’est le premier long-métrage, à petit budget, de Godard. Il raconte l’itinéraire d’un voyou qui, après avoir volé une voiture et tué un policier, est traqué par la police. Il tente de convaincre sa petite amie américaine de partir en Italie.
«C’est une expérience folle, pas de spots, pas de maquillage, pas de son! Mais c’est tellement contraire aux manières d’Hollywood que je deviens naturelle», avait résumé Jean Seberg, vedette avec Jean-Paul Belmondo, de ce film étendard de la Nouvelle Vague.
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On trouve en germe les éléments constitutifs des films suivants de «JLG»: références culturelles, musiques entêtantes, montage heurté, accents étrangers, bars, voitures, hôtels…
La déambulation du couple sur les Champs-Élysées, elle vendant le New York Herald Tribune, lui discutant, clope au bec, est entrée dans la légende. Le film connaîtra une postérité à nulle autre pareille et recevra le Prix Jean-Vigo en 1960. Godard aura lui l’Ours d’argent au Festival de Berlin la même année.
«Le mépris» (1963)
La femme (Brigitte Bardot) d’un scénariste (Michel Piccoli) se détache de son mari et lui avoue le mépris qu’il lui inspire. C’est le sixième film de «JLG» et son plus grand succès.
Durant le tournage, «BB» est harcelée par les paparazzi. Les producteurs veulent à tout prix la dénuder à l’écran. Jean-Luc Godard cède en partie. Il ajoute au film une séquence devenue iconique, où Bardot, allongée nue sur un lit, interroge Piccoli: «Et mes fesses, tu les aimes mes fesses?»
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Adapté du roman d’Alberto Moravia, le film doit beaucoup à un lyrisme rare chez Godard qui a pu compter, outre un casting d’exception (où figure le cinéaste Fritz Lang), sur la partition de Georges Delerue, la photographie en couleur de Raoul Coutard et le décor de la villa de Malaparte au bord de la mer, à Capri.
C’est sans doute l’un des films les plus intimes de Godard, alors marié à Anna Karina. Ils se sépareront en 1965.
«Pierrot le fou» (1965)
Godard filme Anna Karina pour leur sixième film ensemble. Alors que la Nouvelle Vague décline, il maîtrise mieux que jamais son art et se livre à un feu d’artifice narratif et visuel, où éclatent à chaque image les couleurs primaires: bleu, jaune, rouge.
À sa sortie, le film fut interdit aux moins de 18 ans pour «anarchisme intellectuel et moral».
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«Ô stupidité de la censure! Les gens sérieux ont horreur de Godard», écrit, en cette année 1965, Françoise Giroud dans «L’Express». Elle ajoute: «L’histoire du film? Je ne sais pas. Il doit en y avoir une, mais elle n’a aucune importance. Un homme aime une femme, que voulez-vous de plus? Il s’appelle Ferdinand. Elle l’appelle Pierrot. Ensemble, ils courent vers le soleil, vers la mer, vers la chaleur...» Vers le drame aussi.
Une des répliques, dite par Anna Karina, est restée célèbre: «Qu’est-ce que je peux faire ? Je sais pas quoi faire...». Des cinéastes comme Quentin Tarantino ou Leos Carax ont été influencés par ce film, errance placée sous le signe de Rimbaud.
Et les autres films?
Jean-Luc Godard a tourné environ 125 films, longs et courts, fictions et documentaires, qui ont eu un accueil pour le moins contrasté, entre ceux qui ont adoré et ceux qui ont détesté.
On peut citer, parmi ses principaux longs-métrages, «Le petit soldat», «Une femme est une femme», «Vivre sa vie», «Alphaville», «Masculin féminin», «La chinoise», «Sauve qui peut (la vie)», «Prénom Carmen», «Je vous salue Marie», «Détective», «Adieu au langage», etc.
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Mais aucun n’a acquis l’aura de ces trois grands films de la décennie 60, une des plus riches du cinéma français.
Gilles Jacob: «Le Picasso du cinéma»

Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes: «Jean-Luc Godard, c’est le Picasso du cinéma. Avec ses intuitions et ses fulgurances. En avance sur son temps, il a joué avec les mots, les images et les couleurs. Il improvisait des films-jalons, obscurs et séduisants. Le cinéma mondial est orphelin». AFP
Alain Delon: «Une page de l’histoire du cinéma se tourne»

Alain Delon: «Une page de l’histoire du cinéma se tourne... Merci, Jean-Luc, pour les beaux souvenirs que tu nous as laissés. Sache que je serai toujours fier d’avoir «Nouvelle Vague» (film de 1990, ndlr) dans ma filmographie». AFP
Mai 68: Godard déboule en bande à Cannes et force l’arrêt du festival
Le 10 mai 1968, alors que Paris se hérisse de barricades, stars et starlettes se pressent au 21e Festival de Cannes. Mais le vent de la contestation est en marche et un petit groupe de cinéastes, Jean-Luc Godard en tête, va bientôt débouler sur la Croisette et forcer son arrêt.
«Les manifestations estudiantines et ouvrières en France avaient, depuis plusieurs jours, créé un malaise chez les cinéastes et critiques du festival qui, disaient-ils, offraient aux étrangers une image fausse de la France par ses réceptions mondaines et son insouciance», écrit l’envoyé spécial de l’AFP le 18 mai 1968.
La veille, se sont ouverts à Paris de bouillonnants États généraux du cinéma français avec pour but de «transformer le système» qui avait abouti à un cinéma hexagonal «coupé de toute réalité sociale et politique», résument alors les Cahiers du cinéma, auxquels Godard collabora un temps.

En février, un comité de défense de la Cinémathèque française a été créé pour soutenir son fondateur, Henri Langlois, limogé par le ministre de la Culture André Malraux. C’est déjà échauffés par ces mobilisations que Jean-Luc Godard et ses amis contestataires vont mener leur action cannoise.
Le 17 mai au soir est décidé la grève des ouvriers du film et l’envoi sur la Croisette d’une motion appelant tous les professionnels concernés à «s’opposer à la continuation» du Festival.
Dépêchés à Cannes, Jean-Luc Godard, François Truffaut et Claude Lelouch – dont deux films sont en compétition – vont «créer le choc» qui permettra ce coup d’arrêt, écrit à l’époque l’AFP.
«Vous êtes des cons!»
«Nous devons démolir les structures de Cannes», lance Godard lors d’une réunion publique le 18 mai. Face aux récalcitrants, il s’écrie: «Je vous parle solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez travelling et gros plan! Vous êtes des cons!».
Truffaut renchérit, Lelouch propose que les films programmés soient «transportés à Paris afin d’y être projetés gratuitement». Circonspect, le réalisateur polonais Roman Polanski juge lui «enfantin» d’occuper la grande salle du Palais, comme le sont l’Odéon ou la Sorbonne à Paris.
S’ensuit un beau «chaos» relaté en direct par l’AFP. On investit la grande salle où doit être projeté le film de l’Espagnol Carlos Saura «Peppermint frappé». On s’invective, on se bouscule, Godard s’accroche aux rideaux rouges pour empêcher la séance de débuter.
Tout s’enchaîne. Après Louis Malle, l’Italienne Monica Vitti, l’Anglais Terence Young et Polanski démissionnent du jury, qui «se saborde», écrit l’AFP. Des cinéastes étrangers (Saura, Milos Forman, Richard Lester, etc.) retirent leurs films, comme tous les Français programmés, Alain Resnais, Dominique Delouche et Claude Lelouch.
«Cannes n’est ni bourgeois, ni prolétaire»
Délégué général du festival, Robert Favre Le Bret assure que «Cannes n’est ni bourgeois, ni prolétaire», et en appelle à ce qu’il «reste ce qu’il est, le plus important des rendez-vous annuels du monde du cinéma». Mais le 19 mai à midi, il s’incline et proclame «la clôture définitive du festival».
Traité de «saboteur» par une partie de la presse, Godard est fêté en héros par ses amis à son retour à Paris. Il utilisera des images de mai 68 dans plusieurs petits films.

De cette époque, Anne Wiazemsky, qui l’épousa en 1967 et joua la jeune révolutionnaire de son film «La chinoise» (1967), tirera un roman autobiographique («Un an après»), adapté en un film volontiers piquant à l’égard du réalisateur («Le Redoutable») par Michel Hazanavicius en 2017. Elle y dit son grand regret de n’avoir pas été présente lors de l’épisode cannois.
Marco Solari: «Il fallait le prendre pour ce qu'il était et ne pas s'attendre à ce qu'il vous embrasse»

Marco Solari, président du Festival de Locarno: «Il est venu à Locarno, oui, même pour y recevoir un prix pour l'ensemble de sa carrière. Mais j'ai le souvenir d'une personnalité extrêmement forte qui haïssait les conventions et qui dès qu'il s'apercevait entrer dans les règles ou l'établi, réagissait spontanément négativement. Tout en conservant son sens de la politesse. Il savait faire comprendre que les festivals n'entraient pas nécessairement dans son monde artistique, et c'était pareil pour toutes les cérémonies avec un parfum d'officialité. Personnellement, je l'ai approché une fois avec cette impression d'avoir un génie en face de moi. J'utilise très rarement ce mot! Et Godard, comme tout génie, il fallait le prendre pour ce qu'il était et ne pas s'attendre à ce qu'il vous embrasse.» FMH
Vincent Baudriller: «Godard a énormément influencé la nouvelle génération d’artistes du théâtre»

«Le départ de Jean-Luc Godard génère un immense vide. Il a fait bouger le regard sur le cinéma, la littérature, le langage, mais aussi sur le théâtre. Il a énormément influencé la nouvelle génération d’artistes de la scène», réagit Vincent Baudriller, capitaine du Théâtre de Vidy à Lausanne. Ancien directeur du Festival d’Avignon, il raconte: «Quand je demandais aux artistes qui était la personne qui les inspirait le plus, il ne répondaient pas Jean Vilar, mais Godard. Parce qu’il portait un regard aigu sur l’état du monde.»
En 2018, Jean-Luc Godard avait choisi Vidy comme écrin de projection de son «Livre d’image», auréolé d’une Palme spéciale à Cannes. «Il ne voulait pas le diffuser dans une salle de cinéma, il voulait créer un dispositif scénographique et sonore. Il m’a donc invité chez lui à Rolle pour visionner son film. C’était un moment bouleversant.»

La projection du «Livre d’image» a eu lieu dans la salle de La Passerelle, agrémentée d’éléments du mobilier du salon du cinéaste. Lequel n’hésitait pas à prendre son café à la Kantina, le foyer du théâtre. «Nous avons vécu des moments magiques», confie, ému, Vincent Baudriller. NRO
Maître de la Nouvelle Vague et légende du septième art
Le réalisateur est décédé mardi. Il a marqué l’histoire du cinéma et laisse derrière lui une filmographie singulière, provocatrice, aussi admirée que décriée. Lire notre article.

Godard au «firmament des derniers créateurs d’étoiles», affirme Brigitte Bardot
«Et Godard créa le Mépris et c’est à bout de souffle qu’il a rejoint le firmament des derniers grands créateurs d’étoiles», a réagi mardi Brigitte Bardot à la mort du cinéaste Jean-Luc Godard.
Son message Twitter, ponctué de références à la filmographie du réalisateur, est accompagné d’une photo en noir et blanc sur laquelle elle enlace «JLG».
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En 1963, Jean-Luc Godard l’avait enrôlée pour «Le Mépris», long-métrage franco-italien adapté du roman éponyme d’Alberto Moravia.
Dans ce film d’anthologie, Jean-Luc Godard a offert à l’actrice une scène et des répliques cultes avec Michel Piccoli: «Tu vois mon derrière dans la glace? – Oui... Tu les trouves jolies mes fesses? – Oui, très...»
Alain Berset déplore la disparition d’un des plus grands cinéastes
Le conseiller fédéral Alain Berset est «très touché» par l’annonce du décès de Jean-Luc Godard. «La Suisse perd l’un de ses plus grands cinéastes», estime-t-il.

«Ses œuvres ont inspiré des générations de réalisateurs dans le monde entier, son héritage et son influence immenses marqueront l’histoire», indique encore Alain Berset, qui a connu personnellement Jean-Luc Godard, par l’intermédiaire de son département.
Macron salue le plus iconoclaste des cinéastes de la Nouvelle Vague
Le président français Emmanuel Macron a rendu hommage mardi au cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard, «le plus iconoclaste des cinéastes de la Nouvelle Vague». «Nous perdons un trésor national, un regard de génie», a-t-il écrit sur Twitter.
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«Ce fut comme une apparition dans le cinéma français. Puis il en devint un maître», ajoute-t-il. À ses yeux, Jean-Luc Godard «avait inventé un art résolument moderne, intensément libre».

Le livre d’images s’est refermé pour Jean-Luc Godard
Le livre d’images s’est refermé: le cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard est décédé mardi à son domicile à Rolle (VD) à l’âge de 91. Avec son esthétique filmique radicale, il est l’un des réalisateurs qui a le plus marqué le cinéma, et ce bien au-delà des années 1960. Co-fondateur de la Nouvelle Vague, il a rompu avec les canons cinématographiques pour créer un langage filmique expérimental qui lui est propre.
Né à Paris le 3 décembre 1930 de parents français d’origine suisse, Jean-Luc Godard passe son enfance à Nyon (VD). Après des études d’ethnologie à Paris, il envisage de devenir écrivain, puis peintre avant de se lancer dans le cinéma.

Amateur de cigares et passionné de tennis, il a le goût de la provocation. Imprévisible, il semble prendre plaisir à jouer le trublion médiatique, parfois cynique et courtoisement misanthrope.
Oeuvre foisonnante
L’artiste a signé une oeuvre foisonnante. Il a tourné ou participé à près de 150 films et vidéos. L’un de ses longs métrages les plus connus, «À bout de souffle» (1959), devient l’oeuvre phare de la nouvelle vague. Suivent «Le Mépris» (1963), «Pierrot le Fou» (1965), «La Chinoise» (1967), «Sauve qui peut (la vie)» en 1980, «Prénom Carmen» (1983) ou les huit épisodes des «Histoire(s) du cinéma» (1988-1998).
Parmi ses muses figurent Anna Karina et Anne Waziemski qu’il épousera successivement, avant de devenir le compagnon de l’actrice, réalisatrice et productrice lausannoise Anne-Marie Miéville. Le couple est installé à Rolle depuis 1977.
En marge des modes
De manière croissante ces dernières années, ses films explorent passé et présent. En virtuose du montage, le cinéaste juxtapose documentaire, fiction, recherches formelles mêlées de références philosophiques, artistiques et de ruminations désenchantées sur le monde.
Parmi ses dernières oeuvres «Adieu au langage» en 2014 et le «Livre d’image» en 2018 illustrent cette veine. Le dernier, collage d’extraits de cinéma, d’images d’actualité et de paroles en voix off, a été récompensé à Cannes par une Palme d’or spéciale.
Fin 2020 l’artiste avait fêté ses 90 ans en très bonne forme, selon son assistant réalisateur Fabrice Aragno. Et avec pas moins de deux projets de films étaient sur le feu.
Énigmatique
Lauréat de maintes récompenses, Jean-Luc Godard reste une énigme pour le grand public. En marge des modes, son travail dérange le flux habituel. Les trois quarts de ses réalisations ont été des échecs commerciaux, ce qui ne l’a jamais empêché de continuer. «Il a porté haut l’idée du cinéma, au contraire du cinéma commercial qui se complaît trop souvent dans le caniveau», note Fabrice Aragno.
La famille de Jean-Luc Godard confirme l'information
Le cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard, un des pères de la Nouvelle Vague, est décédé «paisiblement» mardi à son domicile dans la petite commune de Rolle en Suisse, a indiqué sa famille dans un communiqué.

«Le cinéaste Jean-Luc Godard est décédé le 13 septembre 2022, annoncent son épouse Anne-Marie Miéville et ses producteurs. Aucune cérémonie officielle n’aura lieu. Jean-Luc Godard est décédé paisiblement à son domicile entouré de ses proches. Il sera incinéré», indique le bref communiqué transmis à l’AFP. Il avait 91 ans.
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