LiveMort de Mike Ben Peter (direct)Revivez ce procès inédit minute par minute
Après un procès fleuve, intense et lourd émotionnellement, les six policiers renvoyés pour homicide par négligence après la mort de Mike Ben Peter ont été acquittés.
La Cour correctionnelle de Lausanne a acquitté les six policiers prévenus d'homicide par négligence après une interpellation le 28 février 2018. Mike Ben Peter avait perdu la vie le lendemain. L'avocat de sa famille, plaignante, fera vraisemblablement appel. Le verdict a déclenché une vague de colère directement sur le site du tribunal.
«Pour ce Tribunal cette affaire est maintenant terminée…
…Prière de quitter la salle dans le calme, au revoir Mesdames, au revoir Messieurs», termine le président Bruttin de le même voix posée qu'il a eue tout au long de cette longue lecture.
Fin de la lecture
Le président annonce que le dispositif va maintenant être distribué aux parties.
Les prévenus restent impassibles
Pas un mouvement sur la rangée des prévenus, alors que le public s'est calmé, les personnes énervées ayant quitté la salle en criant des slogans.
Par ces motifs le Tribunal…
…1) acquitte les prévenus et alloue des indemnités pour leurs frais de défense
Des personnes s'invectivent
Le président demande aux personnes «qui souhaitent sortir de sortir» Des personnes s'invectivent mutuellement, les huissiers appellent au calme. Le président garde son calme et annonce qu'il a bientôt fini.
Des gens quittent la salle outrés
«La honte», «c'est un scandale», «police partout justice nulle part»
Les prévenus doivent être acquittés
Enfin le tribunal estime qu'il n'est pas exclu que les troubles cardiaques aient causé la mort.
En conclusion, les prévenus doivent être acquittés (quelqu'un hurle: «La honte!»)
Les intervenants pas à l'origine du stress aigü
On ne voit pas qu'on puisse reprocher aux prévenus d'avoir provoqué le stress aigü de l'interpellé.
Pas de lien de causalité
Avec le Ministère public et la défense, le tribunal ne peut que prendre en considération les rapports médico-légaux. Tout amène à considérer que le lien de causalité n'est pas établi entre l'intervention et le décès.
Pas de violation du devoir de prudence
«Ces considérations amènent le Tribunal à penser qu'on ne pouvait espérer que les prévenus n'agissent différemment.» Au vu de l'ensemble des circonstances exceptionnelles, et des expériences différentes des policiers, des moments d'intervention différents, les juges pensent qu'il n'est pas possible de retenir une violation du devoir de prudence.
Dissocier l'analyse prévenu par prévenu
Il s'agissait clairement d'une situation complètement hors normes, il est tentant d'admettre avec le Ministère public qu'une violation du devoir de prudence a été commise.
Mais contrairement au Ministère public, le Tribunal ne voit pas que les choses s'apprécient de manière uniforme entre tous les prévenus.
Le premier intervenant a-t-il violenté inutilement Mike Ben Peter comme le soutient la partie plaignante? Il résulte clairement des témoignages que feu Mike Ben Peter était oppositionnel dès le début, de par le fait qu'il avait des boulettes de cocaïne dans sa bouche. Le Tribunal ne retient donc pas grief envers le premier prévenu d'avoir agi comme il l'a fait.
Le Tribunal revient maintenant sur les interventions des suivants selon leur degré d'expérience et le moment auquel ils sont intervenus.
«Il est illusoire objectivement de prétendre retracer tout le déroulement de ce tragique épisode»
De la durée du maintien au sol: le tribunal retient qu'après le menottage, on peut estimer à deux minutes le temps ou la victime a été maintenue au sol après menottage, mais on ne saura jamais précisément quelle a été cette durée. «Il est illusoire objectivement de prétendre retracer tout le déroulement de ce tragique épisode.»
Témoignages à relativiser
Le Tribunal relativise la portée des témoignages: «Si on prend en considération le fait que ces témoignages divergent en partie, que les témoins n'ont pas vu la scène dans son entier et qu'ils étaient parfois à plusieurs mètres, il y a quasiment autant d'interprétations des cris que de témoins. Ils ont été impressionnés par la violence de la scène et c'est normal, si c'est la première fois qu'assistaient à une interpellation policière. Il est normal d'en retirer une impression de violence.»
Résistance farouche
Le Tribunal souligne l'attitude de Mike Ben Peter, son opposition et ses cris, qui jusqu'au menottage n'auraient pas dû particulièrement alerter les policiers.
«Après le menottage, rien n'indique que les policiers auraient dû agir différemment, indépendamment de la qualification des cris, ne serait-ce qu'au bénéfice du doute.»
Préambule
Le Tribunal estime que pour fonder une éventuelle violation du devoir de prudence, il ne peut se référer au manuel qui n'était pas transmis aux policiers dans le cadre de leur formation. Il estime qu'il y a lieu de tenir compte de tous les paramètres, notamment de l'attitude oppositionnelle de l'interpellé. Il estime que les prévenus ne pouvaient remarquer l'obésité compte tenu de la grosses doudoune portée par Mike Ben Peter.
L'avis du Tribunal
Le Tribunal va maintenant donner son avis.
Rappel des conclusions des parties.
Le président retrace maintenant les conclusions respectives des parties au procès (voir rappel plus bas).
Seconde expertise médico-légale
La seconde expertise commandée par le Ministère public est détaillée. Ses conclusions sont les suivantes:
Le syndrome de délire excité serait davantage en cause que le maintien en decubitus ventral. Aucune asphyxie positionnelle n'a été établie. L'excitation aiguë peut avoir causé l'arrêt cardio respiratoire: «L'arrêt cardio respiratoire serait survenu indépendamment de la façon de positionner Mike Ben Peter après le menottage en raison du syndrome de délire excité.
Selon les experts, c'est la lutte farouche de la victime qui aurait conduit au décès. On ne peut prouver scientifiquement que la manière de maîtriser Mike Ben Peter a un lien avec son décès. On ne peut exclure scientifiquement qu'il serait mort indépendamment de l'intervention.
La compression thoracique présumée ne permet pas d'établir un lien de causalité, même en cofacteur. (cela fait rire une moitié du public qui est sévèrement tancée par le président «Je l'accepterai une fois, pas deux»).
Pathologie cardiaque pré-existante
La première expertise médico-légale commandée est maintenant décortiquée. Elle fait notamment état de troubles de la conduction cardiaque, qui avait été constatés au CHUV plusieurs mois avant le décès et qu'une consultation chez un cardiologue avait été recommandée à Mike Ben Peter.
Les expertes ont estimé qu'il était impossible d'établir si Mike Ben Peter serait décédé en raison de ces troubles sans l'intervention.
Ce décès serait-il survenu si la victime avait été placée sur le côté ou relevée plus tôt? «Il est impossible de répondre à la question» ont répondu les expertes.
A la question de savoir si le fait que la victime s'est débattue avait constitué un effort ayant contribué au décès, les expertes estiment que oui.
Ces expertes concluent également à la cause multifactorielle du décès.
«Le Tribunal se réfère à l'expertise dans son entier», indique Pierre Bruttin avant de passer à la seconde expertise.
Aspects médico-légaux
Le Tribunal revient maintenant sur l'autopsie et les expertises médico-légales.
Il rappelle que le premier rapport d'expertise réalisé au CURML fait état d'«existence de signes d'une défaillance multiviscérale et de lésions aiguës non spécifiques, d'autres lésions traumatiques compatibles avec une ou des interventions médicales, de lésions pathologiques préexistantes (condition cardiaque et obésité), de pétéchies et suffusions hémorragiques, de signes d'embolie graisseuse pulmonaire.
Dès la page 75 les auteurs relèvent que le sujet de l'asphyxie positionnelle reste une vaste controverse dans le monde scientifique.
La cause de l'arrêt cardio-respiratoire n'a pas pu être expliqué, il s'agit vraisemblablement d'une cause multifactorielle.
«L'intervention a dû jouer un rôle car elle est liée à un certain nombre de facteurs de risques mentionnés. La contribution de ces facteurs par rapport aux autres facteurs présents chez Mike Ben Peter est impossible à quantifier.» Quels étaient ces facteurs de risques: sexe masculin, obésité, imprégnation à l'éthanol et/ou à la cocaïne, antécédents cardiaques, agitation, position ventrale, situation de stress, phase de compression thoracique «dont la contribution n'est pas quantifiable», Troubles du rythme cardiaque inattendu chez un sujet de 39 ans.
Les lésions sont compatibles tant avec l'intervention médicale (massage cardiaque) qu'avec d'éventuelles pressions lors de l'intervention policière.
Vous avez trouvé une erreur?Merci de nous la signaler.























