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Droits humainsLe Prix Martin Ennals décerné à un avocat chinois emprisonné

Enfermé dans une prison éloignée de ses proches, Yu Wensheng est un ardent défenseur de la démocratie et des droits de l’homme.

Yu Wensheng s’est vu décerner le Prix Martin Ennals 2021 pour les défenseurs des droits humains.
Yu Wensheng s’est vu décerner le Prix Martin Ennals 2021 pour les défenseurs des droits humains.
AFP

«Un avocat qui demande à son gouvernement de rendre des comptes.» C’est ainsi qu’est décrit Yu Wensheng, 54 ans, militant des droits humains dans son pays, la Chine. Jeudi soir, l’avocat se trouvait en détention au moment de se voir décerner le Prix Martin Ennals 2021 pour les défenseurs des droits humains. «Nous savons qu’il est détenu à la prison de Nankin, où il a été récemment transféré, à plus de 1000 km de sa famille, indique Philippe Currat, président de la Fondation Martin Ennals. D’après les informations transmises par son épouse, qui a demandé, sans succès, qu’il soit détenu dans un lieu plus proche, il y dort sans doute en ce moment à même le sol de sa cellule.»

«Un large consensus s’est dégagé du jury qui a souhaité saluer son combat.»

Philippe Currat, président de la Fondation Martin Ennals

Le choix du jury, composé de représentants des dix des plus grandes organisations de défense des droits humains, s’est porté sur un militant jusqu’alors peu médiatisé. «Le jury est indépendant de la fondation, précise d’emblée Philippe Currat. Il a souhaité mettre en lumière le combat de cet avocat, qui illustre la difficile problématique de l’exercice de la profession dans un certain nombre de pays autoritaires, parmi lesquels la Chine. Le profil de Yu Wensheng est intéressant dans la mesure où il exerçait le métier d’avocat d’affaires avant de défendre un militant des droits humains victime d’une vague de répression. Un large consensus s’est dégagé du jury qui a souhaité saluer son combat.»

Trois finalistes

Aux côtés de Yu Wensheng, la militante saoudienne Loujain AlHathloul ainsi que la Turkmène Soltan Achilova faisaient partie des finalistes, tous trois «distingués pour leur courage et leur engagement infaillibles pour les droits humains, malgré les nombreuses tentatives de leurs gouvernements autoritaires respectifs de les réduire au silence».

Lire aussi: «Il est toujours aussi déterminé à lutter pour la justice»

La première, tout juste libérée de prison après plus de mille jours de détention, a défendu le droit des femmes à conduire dans son pays, militant pour l’abolition du système de tutelle masculine. La seconde, journaliste indépendante, documente inlassablement les violations des droits humains au Turkménistan.

En contact avec l’épouse de l’avocat chinois, la Fondation Martin Ennals remettra une somme d’argent qui permettra au militant de poursuivre son engagement. Mais surtout, ce prix, largement soutenu par la Ville de Genève, le Canton et la Confédération, donne un coup de projecteur sur la lutte pour le respect des droits humains. Un combat d’autant plus essentiel en période de pandémie, à l’heure où les mesures sanitaires et les règles sécuritaires peuvent servir de prétexte pour affaiblir les libertés individuelles.

1 commentaire
    Nini

    Je salue humblement les membres du Prix Martin Ennals qui, avec beaucoup de courage, ont choisi d'honorer Yu Wensheng, avocat chinois qui aurait pu continuer à exercer son métier d'avocat dans les affaires, et qui n'a pas craint de se mettre en danger pour défendre les droits humains.

    Un clin d'œil d'espoir en cette période morose où démocratie et droits humains font peu recette.