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Encre bleueLe pouvoir du marron

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Poc! Le marron, bien gros, bien dur, m’est tombé dessus sans crier gare. Droit sur la tête. Cette rencontre au sommet a sonné pour moi la fin de la récré. Poc! Finies les rêveries en musardant dans les bois: il était temps de revenir aux affaires.

Mais rien à faire. Depuis que j’ai reçu le «puck», j’en vois partout. Des marrons, donc. Comme s’ils me narguaient, fiers de leur force de frappe, ou qu’ils voulaient se rappeler à mon bon souvenir, moi qui ne prête plus guère attention à leur splendeur.

Le pouvoir du marron s’est alors manifesté: tout en visant d’un œil critique ces tapis de feuilles, de bogues et de fruits écrasés au sol, il m’est soudain monté une bouffée d’enfance.

Je me suis revue, gamine, quand nous allions en bande, après l’école, ramasser des marrons pour les enfourner dans des sacs que nous rapportions, fièrement, en classe.

Nous n’aurions jamais laissé qui que ce soit les écraser. Ils étaient trop précieux. C’était à qui en rapporterait le plus. Et pas que des marrons. Des glands aussi.

Quand nous croulions sous les fruits de la nature et qu’on ne savait plus où les entreposer, l’institutrice allait les déposer à la ferme du Bout du Monde, qui donnait quelques francs pour la récolte.
Cet argent alimentait la caisse pour la course d’école, avec le produit de la vente de pâtisseries, ajouté à celui des vieux journaux.

Avec les marrons qui restaient parfois en rade, on faisait des bricolages de saison, de petits animaux, souvent, qui venaient peupler les foyers genevois.

Aujourd’hui, on ne nourrit plus les animaux avec ces fruits. Et l’on n’ose plus faire travailler de la sorte des enfants, sous peine de provoquer un tollé. Pourtant, nous étions ravis de le faire.

C’est fou ce qu’un «poc» de marron sur la tête peut provoquer…

1 commentaire
    Mascogne

    Joli ! Un temps de simplicité et de liberté qui paraît tellement ancien mais qui est si proche.

    Comme les choses évoluent vite, en bien ou en mal.

    Comment s’y prendre pour qu’elles évoluent seulement en bien ?