Aménagements cyclables à GenèveLe PLR rêve de voies vertes surélevées au-dessus des trams
Pour éviter de concurrencer le trafic motorisé, le député Cyril Aellen propose d’étudier des pistes aériennes, bâties en hauteur sur les grands axes.

Sur fond de coronavirus, le vélo aura été un des grands thèmes de discussion à Genève en 2020. Le député PLR Cyril Aellen met son grain de sel dans le débat. Dans un projet de loi tout juste lancé au Grand Conseil, il propose d’étudier la possibilité de créer des voies cyclables surélevées au-dessus des grands axes du canton. Le texte propose de débloquer 2,5 millions de francs pour des investigations poussées.
Dans son argumentaire, l’élu note que la cohabitation des cyclistes avec les autres usagers de la voirie s’avère «objectivement difficile» et «n’est pas plus heureuse» avec les piétons. Pour lui, la création de pistes cyclables en site est une «nécessité» qui «ne doit pas se faire au détriment de la circulation motorisée privée», ni des transports en commun. Sachant que «les surfaces de voirie ne sont pas extensibles à souhait», il propose de trouver de l’espace en hauteur et de créer des pistes cyclables au-dessus des grands axes, par exemple à l’aplomb des lignes de tram, en particulier en direction des futurs nouveaux quartiers comme le PAV, Bernex-Est ou les Cherpines.
Un parti divisé
L’auteur se dit conscient des possibles obstacles: déclivité des rampes, soucis esthétiques – qu’il compte pallier avec des ouvrages en bois et végétalisés – ou voisinage. «Il y aura des résistances, je le sais, admet-il. D’où le fait que je propose d’examiner ce qui serait faisable sur des grands axes existants, où les trams apportent déjà des nuisances.»
Et pourquoi renoncer à réduire le trafic motorisé, alors que c’est bien ce vers quoi tendent les politiques actuelles? «Cet objectif peut être atteint par d’autres lois, réplique-t-il. Ce projet émane d’un parti qui s’est divisé sur ces questions, qui n’est pas opposé à la mobilité douce, mais qui est attentif aux conditions de circulation des commerçants et artisans.» S’y ajoute la réalité du territoire: «La voie verte entre Thônex et les Eaux-Vives est une réussite mais pour des questions de disponibilité foncière, elle sera difficile à répliquer ailleurs.» Et de citer en référence les ouvrages réalisés à Copenhague: la capitale danoise a doté son quartier portuaire de ponts cyclables enjambant les bassins.
Avis partagés
Et qu’en dit-on sur l’autre bord, politique s’entend? Interrogés par la RTS, les Verts doutent de l’attractivité du projet en raison de la déclivité des rampes. Ils voient là une «provocation du PLR».
Député PS spécialiste des transports, Thomas Wenger, lui, ne dédaigne pas la main tendue. «Je me réjouis que le PLR propose des infrastructures lourdes pour la mobilité douce, ce qui montre à nouveau, comme on l’a vu avec le Léman Express ou le compromis sur la mobilité, qu’on est en train de sortir des querelles stériles entre la gauche et la droite, salue l’élu. La proposition pose sans doute des questions de faisabilité et je diverge de l’argumentaire consistant à dire qu’il ne faut pas rogner l’espace dévolu aux transports motorisés. Reste que la construction de véritables véloroutes pourrait augmenter la part modale de la bicyclette qui est d’environ 7% à Genève contre 50% dans certaines villes du nord de l’Europe.»
Du côté du Département des infrastructures (DI), on est tout sauf enthousiaste. Avec une objection de fond, d’abord. Rappelant que le compromis sur la mobilité de 2016 prévoit de prioriser la mobilité douce en zone urbaine, le DI se demande «au nom de quoi il faudrait évacuer les vélos des chaussées». Et il y a la forme. Porte-parole, Roland Godel émet des «réserves sérieuses quant à l’insertion urbaine et paysagère de tels aménagements, et à la réceptivité des habitants qui se retrouveraient avec des voies cyclables devant leurs fenêtres». Il faudrait des rampes dans chaque sens à chaque carrefour ou presque, avec une grosse consommation d’espace dans une ville qui en manque. Et l’idée de bâtir au-dessus des voies de tram, le DI la balaie comme étant «totalement déraisonnable».
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