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ConcertsLe piano du contrebandier

Samedi, dans le cadre de Jazz- ContreBand, l’AMR reçoit François Lana et son trio.

François Lana, pianiste d’origine française particulièrement investi dans la scène lémanique.
François Lana, pianiste d’origine française particulièrement investi dans la scène lémanique.
DR

François Lana, un nom qui tranche dans la douceur. Comme sa musique, mélange d’harmonies blues ultra-concentrées, de fulgurances post-be-bop à décoiffer le père Monk, aussi bien que de grandioses reflets industriels, de riffs machinés à la Stravinsky. C’est en trio que ce pianiste d’origine française, formé entre Bruxelles, Lausanne et Zurich, 34 ans cette année, déboule sur la scène jazz helvétique avec un nouveau projet de son cru. Où l’on retrouve l’hyperactif Fabien Iannone, contrebassiste établi à Vevey qui pose sa patte experte dans nombre de groupes attachés à la dernière actualité. Ainsi qu’un batteur anglais de première bourre, passé par la Hochschule de Bâle, Phelan Burgoyne.

La remarquable alchimie produite par la rencontre de ces trois jeunes musiciens a visiblement séduit L’AMR, qui a eu la bonne idée de programmer ce François Lana Trio samedi 17 octobre, dans le cadre du festival JazzContreBand. L’occasion de découvrir sur scène, sans filet, le fruit du dernier labeur, objet d’un disque qui paraît ce même 17 octobre sur le label anglais Leo Records. Son titre: «Cathédrale». Grandiose, disait-on…

S’abandonner à la musique rend possible l’expérience d’un profond sentiment de vérité. Elle apaise le temps d’un instant l’angoisse fondamentale qui nous habite.

François Lana, pianiste

Y aurait-il du sacré dans le jazz que voici? De la spiritualité en tout cas, celle que revendique le pianiste dans ses «liners notes»: «S’abandonner à la musique rend possible l’expérience d’un profond sentiment de vérité. Elle apaise le temps d’un instant l’angoisse fondamentale qui nous habite.» Et le musicien de conclure: «Notre cathédrale à nous, musiciens, c’est la musique.» François Lana, ce pourrait être également le blaze d’un héros mystique, résolu à sonder les profondeurs de l’âme dans son scaphandre autonome.

Louis Matute et Cie

De là à s’agenouiller devant les icônes du jazz, il y a un monde toutefois. Faute d’être du métier, cet album nous raconte plus certainement l’envie de déconstruire le patrimoine jazzistique: détricoter l’héritage de Thelonious Monk, digérer autant le dodécaphonisme que la musique sérielle, voilà le programme. De sorte qu’à la fin, revienne comme au premier jour de leur invention des idées anciennes, primordiales. Qui, dès lors qu’elles ont explosé dans tous les sens – non sans demander une attention assez soutenue de l’auditeur – s’ouvrent tout soudain sur des chansons d’une simplicité confondante. Ainsi des compositions «Weird Stuff» ou «Nocturne», toutes rondes et belles dans leurs habits cinématiques, légères et rêveuses comme une bulle flottant par-dessus les cierges au milieu du transept. De quoi se réjouir de ce concert tout prochain.

L’AMR devait également accueillir une autre pianiste des plus prometteuses, Marie Krüttli. Résident à Berlin, la musicienne originaire de Saint-Imier a dû annuler. En cause, les jeux complexes de pays listés en quarantaine. Mais des fines lames de la nouvelle génération, JazzContreBand en sert d’autres encore. Compter avec un Lausanno-Genevois (on ne sait plus trop et qu’importe) en plein démarrage de carrière après la sortie récente d’un premier album à l’élégance racée, «How Great This World Can Be»: Louis Matute sera au Théâtre des Allos jeudi 15 octobre, occasion d’aller voir comment l’on vit des soirées belles à Cluses, puis à l’Usine à Gaz de Nyon, mardi 20 octobre. Quant à Gauthier Toux, cet as des claviers, et pas seulement du grand piano, présente son dernier projet, Gauthier Toux’s For A Word, vendredi 16 octobre au Chat Noir.

JazzContreBand, jusqu’au 31octobre. Infos: jazzcontreband.com