Passer au contenu principal

ChroniqueLe peuple suisse sera-t-il privé de décider de son avenir?

L’événement a profondément imprimé les mémoires. Le 6 décembre 1992, la moitié des Suisses était convaincue que le pays allait entamer une longue dérive qui s’achèverait par un lamentable échouage de notre économie. Ce fut le “dimanche noir” de Jean-Pascal Delamuraz. La Suisse se retrouvait seule, coupée en deux, après une campagne tout à fait extraordinaire de radicalité au pays du compromis. Elle ne rejoindrait donc pas l’Espace économique européen (EEE) qui devait lui donner accès quasi plein et entier au marché unique européen.

Tout ce que notre Etat comptait d’officiel avait mis en garde contre l’effet dévastateur d’un non à l’EEE. On ne craignait pas les mots: en optant pour l’Alleingang, la Suisse signait son arrêt de mort économique. Seule l’UDC et le roi Blocher, jubilants, avaient annoncé un avenir doré. Ils ont eu raison. L’économie suisse est aujourd’hui l’une des plus performantes du monde. L’UDC n’avait pas de plan B. Mais nos diplomates, d’une remarquable agilité, ont inventé la voie bilatérale. Oui, la Suisse a eu le beurre et l’argent du beurre selon la formule consacrée.

Mais nous revoilà à l’aube d’un nouveau 6 décembre. Signer ou non l’accord institutionnel, longuement négocié pour cadrer nos relations avec l’UE dans le long terme, revient à se prononcer sur un nouvel Alleingang. A quelques grosses différences près. Cette fois, ce n’est pas le peuple qui décidera mais le gouvernement qui a toutes compétences pour abandonner le projet d’accord s’exposant alors irrémédiablement à une rupture avec Bruxelles. Certes, ce n’est pas encore tout à fait joué. La commission de politique extérieure (CPE) du Conseil national exige d’être saisie de l’affaire pour la renvoyer devant le parlement.

Et du côté gouvernement, Ignazio Cassis se dit prêt à engager une tentative de la dernière chance à Bruxelles pour lui arracher des concessions sur les trois points qui fâchent: protection des salaires, dispositions sur les aides d’Etat et directive sur la citoyenneté. Mieux, le président de la Confédération Guy Parmelin pourrait l’accompagner dans cette entreprise de pacification. Un tandem peu rassurant en vérité. Le premier, d’une prudence limite démissionnaire, s’est toujours refusé à porter l’accord. Le second sera gêné, davantage qu’aux simples entournures, pour défendre un projet que son parti, l’UDC, veut tuer à tout prix. Quant au rôle du parlement, il se trouve encore dans les limbes.

La Suisse pourrait donc assister à la dissolution de ses liens avec l’UE, laborieusement construits depuis 29 ans, sans qu’aucune véritable décision ne soit prise. Une sorte d’extinction par lassitude des combattants. L’avis du peuple dont se gargarise l’UDC et se repaissent les socialistes, tous deux opposés à l’accord actuel, ne serait tout simplement pas pris en compte pour amorcer l’un des plus spectaculaires virages de la politique suisse des 20è et 21é siècle. Faut-il s’affoler? Hurler à la mort en avertissant que si la Suisse rompt avec l’UE nous entamerons une irréversible et solitaire descente aux enfers?

La stratégie de la peur, on connaît. Elle fut utilisée jusqu’à épuisement par les euro turbos dans la campagne de l’EEE avec le résultat que l’on sait. En cas de sortie de la troisième voie (les Bilatérales), il faudra en trouver une quatrième pour renouer quelques fils vitaux avec l’Europe des vingt-sept. Catastrophiques ou non, les effets d’un Alleingang seront majeurs et durables. Que cette décision échappe au peuple suisse serait parfaitement indigne d’une démocratie comme la nôtre.

15 commentaires
    Maurice

    Vous oubliez, que l’EEE a été largement remplacé par les Accords bilatéraux, dont la libre circulation!!! Donc, ridicule de dire que nous avons faits sans l’EEE....n a si p,em et changé le nom de l’accord!!! Moralité....impossible à la Suisse de survivre sans accords avec l’UE...il y a simplement changement de nom!