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Animation Le petit Sioux Yakari bientôt dans les cinémas alémaniques

Après avoir séduit le public francophone, le petit indien imaginé par le dessinateur romand Derib se lance à l’assaut des salles obscures outre-Sarine dès le 15 octobre.

Le film s’inspire librement du premier album «Yakari et Grand Aigle».
Le film s’inspire librement du premier album «Yakari et Grand Aigle».
DR

Le long-métrage d’animation «Yakari, la grande aventure» débarque dès le 15 octobre sur les écrans alémaniques, allemands et autrichiens. Son scénario est basé sur le premier album de la bande dessinée quand le petit Sioux reçoit le don de parler aux animaux.

Un retour à l’origine

Depuis le lancement des dessins animés dès 2006, Yakari et son cheval Petit Tonnerre sont des vedettes en Allemagne. «ll a fait de meilleures audiences que des matches de football», explique Derib à Keystone-ATS.

Les Allemands ont d’ailleurs joué un rôle prépondérant dans le montage financier du film, dont la création a duré 10 ans. Ils ont financé un quart des 8,6 millions de francs que le film a coûté dans une coproduction avec la Belgique et la France. Liés à cet engouement, près de 40 à 50 produits dérivés, dont une comédie musicale et un spectacle équestre, ont été conçus pour le public germanophone.

L’équipe de tournage n’a pas choisi d’adapter littéralement une des bandes dessinées. Mais elle est revenue à l’origine en s’inspirant librement du premier album «Yakari et Grand Aigle». Le public va (re)découvrir comment tout commence pour le petit Indien qui n’a pas toujours su parler aux animaux

Le film a débuté sa carrière dans les cinémas romands et français le 12 août dernier. «Le démarrage, malgré le coronavirus, est considéré comme bon», a dit Derib

Yakari qui a conquis les publics enfantins loin de la Suisse romande est traduit dans plus d’une vingtaine de langues. Mais le personnage du petit Indien, né en 1969 sous le crayon de Derib entre la mise à l’encre de deux Stroumpfs chez Peyo à Bruxelles, ne s’est pas imposé tout de suite. Il a d’abord été refusé par plusieurs éditeurs comme Dupuis ou Lombard.

Derib a créé les aventures de Yakari avec André Jobin (Job), qui sont parues pour la première fois dans le magazine romand pour enfants, le Crapaud à lunettes, d’abord en noir et blanc. Yakari sera ensuite publié dans le magazine Tintin avant que le 3e ou le 4e album ne soit diffusé chez l’éditeur franco-belge Casterman, puis chez Lombard. Ce changement est intervenu «parce que tous ces grands éditeurs ont été vendus, ce qui a entraîné une crise avec les auteurs. En deux mois, toute l’équipe éditoriale qui s’occupait de Yakari a été mise à la porte.»

Buddy Longway un autre personnage que Derib a créé seul, et qui raconte l’histoire d’un trappeur en dessin réaliste, marchait beaucoup mieux que Yakari, selon le Vaudois.

Mais avec les bandes dessinées, le public se renouvelle à chaque génération. Près de 30’000 exemplaires sont vendus à chaque nouvelle parution et 100'000 sont achetés en moyenne tous les ans. En tout, ce sont 5 millions de BD qui ont trouvé les mains des lecteurs depuis sa création, apprend-on auprès de l'attachée de presse.

Studio spécialisé dans la BD au cinéma

Le film a été tourné par Belvision, un studio spécialisé dans la BD au cinéma, lié aux éditions Lombard, et créé par le fondateur du journal Tintin. On lui doit les premiers Lucky Luke ou même l’adaptation des Schtroumpfs au grand écran.

«Pour les dessins animés, on recevait les scénarios avec Job et on donnait notre aval ou pas.» C’est dans ce cadre-là que Derib rencontre Xavier Giacometti, le réalisateur du film. La collaboration va se poursuivre, car il va prendre le relais de Job comme scénariste pour les prochains albums.

«Comme le film est en 3D, on a pu repartir de zéro sur la plan graphique». Derib semble heureux du résultat, en particulier du cheval Petit Tonnerre, le personnage principal avec Yakari. «Dans les dessins animés, ce n’était pas toujours le même dessinateur qui s’occupait du même personnage: cela s’en ressent au niveau de la qualité.»

En parallèle à la sortie du film, le 41e album paraît en octobre, accompagné du tome 1 de la série, «Yakari et Grand Aigle». Celui-ci comprend un cahier spécial qui explique le passage de la bande dessinée à l’écran.

A 75 ans, Derib de son vrai nom Claude de Ribaupierre, a publié plus de 90 albums. Il vit avec son épouse Dominique, elle aussi dessinatrice et coloriste de Yakari depuis près de 40 ans. Le couple réside dans la maison construite au début du 20e siècle par le père de Derib, le peintre François de Ribaupierre, à La Tour-de-Peilz (VD).

Un livre avec Claude Nicollier

Derib n’est pas en train de travailler sur le 42e album de Yakari – mais sur un 3e livre consacré au Valais. Après la vache d’Hérens et la Patrouille des glaciers, il a choisi la Dent blanche et son ascension comme fil rouge.

Car si Yakari accompagne Derib depuis 50 ans, le dessinateur consacre 50% de son temps à d’autres activités artistiques. Il dessine par exemple des livres d’illustration comme celui consacré à Ferdinand Hodler en 2018. Il a aussi envie de faire un bouquin sur les animaux en voie de disparition, une situation qui le révolte.

Derib travaille également avec l’astronaute Claude Nicollier – son ami depuis l’âge de quatre ans – à un livre qui reviendra sur leurs parcours: «A dix ans, Claude Nicollier voulait devenir pilote d’avion et moi dessinateur de BD. On lisait ensemble Spirou et on a joué à Tintin et Spirou. On est devenu ce qu’on est devenu un petit peu grâce à la bande dessinée», glisse Derib en souriant.

ATS/NXP