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Récit de concertLe parc des Bastions, enclave de Buenos Aires

Sur les notes de Piazzolla, mais pas seulement, le quatuor Terpsycordes a ouvert à Genève un nouveau rendez-vous gratuit.

Le Quatuor Terpsycordes en compagnie du bandonéoniste William Sabatier.
Le Quatuor Terpsycordes en compagnie du bandonéoniste William Sabatier.
ALINE KUNDIG

À l’heure de l’apéritif, alors que les verres de spritz et de vin blanc trônent sans partage sur les tables au restaurant du parc des Bastions, on se met subitement à songer au virus. À tout ce que le passage de la pandémie a permis de cogiter et de réaliser, et à tout ce qui n’aurait jamais vu le jour sans le confinement qui s’est ensuivi et le conséquent arrêt brutal de toute activité, économique mais pas uniquement. Dans le petit poumon vert de Genève, par exemple, un festival en sept actes a ouvert son bal jeudi en fin d’après-midi. Il porte le nom du parc qui l’accueille, il est gratuit et il incarne, lui comme tant d’autres événements estivaux disséminés dans la ville, une sorte de pied de nez aux vicissitudes qui ont durement frappé ces derniers mois le domaine culturel.

Vivaldi place le décor

Pour chasser le spleen et les inquiétudes sanitaires en question, voici alors le premier acte de la manifestation, porté par le Quatuor Terpsycordes et renforcé par la présence du violoniste Fabrizio von Arx. Par une poignée d’extraits des «Quatre Saisons» de Vivaldi, un courant d’air rafraîchissant se lève et un décor sonore robuste prend subitement forme. Public et passants plongent dans le silence et font preuve d’une discipline qu’on n’attendait pas nécessairement dans ce recoin habituellement bouillant, face au kiosque à musique dans lequel siègent les cinq complices. Au démarrage, on a craint aussi les bourdonnements de la circulation toute proche. Il n’en sera rien: la discrète sonorisation des instruments a permis de couvrir toutes les nuisances.

«On se serait cru assis sur un banc d’un parc de la Recoleta, quartier distingué de Buenos Aires»

La mise en bouche passée, c’est une tout autre narration qui est servie au parterre. Et d’un coup, avec un brin d’imagination, en fermant à peine les yeux et en ouvrant grandes les oreilles, on se serait cru assis sur un banc d’un parc de la Recoleta, quartier distingué de Buenos Aires. On aurait pu se croire sur les terres des milongas et des tangos. C’est que, entre-temps, le bandonéoniste William Sabatier a rejoint le quatuor genevois et que les musiciens ont quitté le baroque italien pour faire défiler avec fluidité un choix de pièces de Piazzolla. Avec souplesse se déroule alors une syntaxe que Terpsycordes maîtrise avec autant de bonheur, aux côtés d’un des meilleurs solistes en circulation sur l’instrument à soufflet. «Escualo» ou le célébrissime «Adios Nonino» laissent derrière eux les traces de cette mélancolie consubstantielle à ce répertoire. En une heure et des poussières le festival est passé par les antipodes. L’hommage final à Ennio Morricone a fini par nous ramener à nous, avec un extrait du thème tout aussi nostalgique de «Nuovo Cinema Paradiso».

«Festival des Bastions», jusqu’au 5 sept. Rens. www.musika-agence.ch