Vacances: choisir la routine pour mieux se reposer

Retourner chaque été au même endroit semble ringard. Et pourtant…

Lieu nouveau ou familier, l’important est de changer son rythme et ses habitudes.

Lieu nouveau ou familier, l’important est de changer son rythme et ses habitudes. Image: Westend61/Getty Images

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Quand on part en vacances, on n’a qu’un objectif: qu’elles soient les meilleures possible. Évidemment. Pour certains, cela passe par l’option «frisson de la nouveauté». Il en est ainsi de Michèle, pour qui rien ne vaut la découverte. Au point que cette énergique sexagénaire jurassienne, qui frétille de plaisir à l’idée «de ne jamais savoir à l’avance à quoi s’attendre», refuse d’aller deux fois au même endroit: après la Sicile, l’Écosse, et la Toscane, voici venir la Croatie…

D’autres, en revanche, ne misent que sur les destinations familières. À l’image de Sandrine, qui n’attend qu’une chose: retrouver «son» camping dans les Landes – un lieu «béni» qu’elle fréquente depuis vingt-cinq ans avec le même bonheur, même si ses enfants maintenant adultes ne l’accompagnent plus.

Une vision du monde étriquée – voire un brin ringarde et ennuyeuse? Peut-être, mais elle s’en moque et revendique sa «retournite», n’y voyant que des avantages. Notamment celui de gagner des jours de congé: «Épiceries, boulangeries, plages plus calmes, transports, bistrots, médecin… je sais exactement où tout se trouve, je connais les spécialités, les horaires, tout, quoi. Du coup, je ne perds pas des heures à chercher et je n’ai pas à me stresser avec ces détails pratiques!»

Économiser les «coûts d’apprentissage»

Une théorie que semble d’ailleurs valider une récente étude menée en France, selon laquelle un «touriste met en moyenne 3 jours avant de se sentir vraiment en vacances dans un lieu qu’il ne connaît pas».

Coauteure de cette recherche et maîtresse de conférences à l’Université Savoie-Mont-Blanc, Isabelle Frochot explique: «Revenir au même endroit permet en effet d’économiser ce qu’on appelle les «coûts d’apprentissage». Quand on a des repères, on se met plus rapidement dans le bain «détente» et dans la routine des vacances que quand on débarque pour la première fois quelque part.»

Même si l’on s’est renseigné «à fond» dans des guides ou sur internet – comme le font volontiers les «une fois suffit»? «On a beau avoir vu des images ou lu des conseils précis, il faut investiguer autour de soi et repérer de visu ce dont on a besoin pour vivre sa vie de vacancier et s’approprier vraiment l’endroit. Ça ne se fait pas en un claquement de doigts! Mais attention: cela ne signifie pas que changer annuellement de destination n’est pas bon!» nuance-t-elle. Juste que le processus de mise en «mode pause» est ralenti: «À moins d’être un aventurier qui s’accommode de l’inconnu et de la surprise, le confort pratique que représentent certains points de repère s’avère rassurant. C’est donc une cause de stress en moins – mais cela ne suffit pas à nous faire passer instantanément en rythme vacances à 100%: on a encore en tête les soucis du travail, les problèmes du quotidien et il faut un peu de temps pour que ces éléments-là s’estompent.»

Spécialiste de la souffrance liée au travail, François Baumann, médecin généraliste chargé d’enseignement à l’Université Paris-Descartes, confirme: «Le cerveau n’est pas un organe si rapide que ça et il a besoin d’un temps d’adaptation!»

Pour sa part, Rafael Matos-Wasem, géographe et enseignant en tourisme à la Haute École de gestion et tourisme de la HES-SO Valais, relève: «Si le «connu» accélère une forme d’intégration, je constate aussi que ce mécanisme est encore facilité quand on a tissé des liens avec des gens sur place, que ce soient des locaux ou d’autres touristes!» Un aspect justement essentiel pour Sandrine. De même que pour Sibylle, Yvan, Pierre-Luc ou Nathalie, eux aussi adeptes des congés en terra cognita, et qui, tous, parlent de leurs vacances comme d’une occasion «géniale» de «revoir des gens» – autant des proches que des copains du coin ou «saisonniers».

Pour l’anthropologue Saskia Cousin, spécialiste des pratiques touristiques et maîtresse de conférence à l’Université Paris-Descartes, il s’agit là d’un point primordial. Elle explique: «L’un des grands rôles des vacances, ce n’est pas d’alimenter l’industrie du tourisme. C’est de se retrouver soi, sa famille et sa communauté! Les gens retournent au même endroit pour les mêmes raisons que certains acquièrent des résidences secondaires: parce que ces lieux à la fois familiers et hors du quotidien permettent des retrouvailles et des sociabilités différentes mais continuées dans le temps!»

Photo: Westend61/Getty Images

Faire d’«ailleurs» un «chez-soi»

Isabelle Frochot ajoute: «Ces relations (re)nouées donnent une dimension particulière au séjour: les vacanciers vont avoir une autre vision du lieu, une perception émotionnelle et ce «petit plus» qui fait qu’on n’est pas juste dans une jolie station avec des belles plages propres en été ou des pistes bien damées en hiver!» Une force d’émotions qui fait qu’été après été, on se forge tant de souvenirs et d’habitudes qu’on peut donc finir par considérer cet «ailleurs» comme un autre «chez-soi».

Quant à l’argument «voir le monde pour s’en mettre plein la tête» souvent avancé par les adeptes du «à chaque été sa nouvelle région», il se fait balayer par les amateurs du «déjà-vu». D’abord parce que retourner au même endroit leur permet de visiter «à fond» une ville ou un coin de pays sans courir: «Vieux-Port, Panier, Cité radieuse, calanques, parc Borély, le Mamo, etc., je ne sais pas comment font les gens pour profiter vraiment de toutes les merveilles de Marseille en un seul séjour», rigole ainsi Catherine, «canebiériste» depuis quinze ans et qui n’en finit pas de s’ébahir.

Ensuite, «tout bouge: des restos ou des boîtes qui ouvrent, un musée rénové, un quartier qui devient hype… Chaque été, on voit des microchangements!» note Nathalie. Sans compter le temps qui passe: «On va dans la même région depuis vingt ans. Quand les enfants étaient petits, puis ados, c’était très actif et varié, raconte Yvan. Maintenant, on est plus vieux, plus calmes!»

La pression de la réussite

Et tant pis si on n’a pas d’aventures passionnantes à raconter à la rentrée. «Aujourd’hui, on a facilement tendance à faire des sortes de listes de courses, s’amuse Rafael Matos-Wasem. J’ai fait Milan, Turin, Rome… Du coup, si chaque année vous dites: je rentre de Rosas (Espagne) ou de Playa de las Americas (Tenerife), vous courez bien sûr le risque de vous prendre avec un regard qui dit: «Ah! mon pauvre, tu vas toujours au même endroit?»

Saskia Cousin renchérit: «Il y a en effet une forme de pression sociale sur la réussite de ses vacances: la pression que chacun y met! Car l’idéal peut être quinze jours chez Mamie à la campagne… pour autant qu’on accepte qu’au fond, c’est de cela dont on a envie ou besoin, et non pas de la semaine à Cancún ou en Thaïlande, vantée par l’industrie et plus valorisante à raconter au retour. Pour réussir ses congés, il faut juste avoir envie d’en profiter et non pas être déjà dans l’angoisse du récit qu’on en fera – ou qu’on en fait sur place sur les réseaux sociaux. Il faut accepter l’éphémère et l’indicible du bonheur d’un château de sable!»

Qu’il soit bâti sur une plage qu’on connaît ou qu’on découvre, peu importe. Parce qu’au final, comme le relève le Dr Victor Dorribo, médecin associé au Département de santé au travail et environnement, Unisanté, tout ce qui compte, c’est d’avoir pu «se reposer, déconnecter, prendre du plaisir». Bref, pouvoir aborder le retour «ressourcé, plein d’énergie, la tête légère mais pleine de nouvelles idées». Bonnes vacances…

Créé: 02.07.2019, 17h03

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Des vacances réussies en quelques mots-clés

Planifier

«Le fait de préparer les vacances en couple ou en famille, ça nous sort un peu la tête de la routine et du stress, note le Dr Victor Dorribo, du Département de santé au travail et environnement. En gros, on se met déjà dans un état d’esprit bénéfique et positif. D’une certaine manière, ça nous met déjà un peu en congé!»

Pas de courriels!

Les spécialistes sont unanimes: les vacances, essentielles aussi bien physiquement que psychiquement, doivent permettre de se ressourcer. Pour ce faire, il est essentiel de se déconnecter de son quotidien en général et de son travail en particulier: «Se relaxer en gardant son ordi ou son téléphone professionnel à portée d’œil n’est pas possible», insistent tant le Dr Victor Dorribo que le Dr François Baumann, médecin généraliste et enseignant, qui précise: «Se dépayser veut dire cesser les activités antérieures – et notamment professionnelles. On ne peut pas se débarrasser de son stress si on ne se débarrasse pas de ce qui le cause. Donc les mails, les appels et les soucis de boulot, il faut se les interdire!

Durée suffisante

Bien qu’aucune étude précise n’ait été faite à ce sujet, les médecins s’accordent à recommander au moins quinze jours d’affilée. «C’est variable, mais on estime qu’il faut une semaine pour décrocher complètement et une semaine pour profiter», note le Dr Dorribo.

Changer!

Mer, montagne, lieu familier ou tout nouveau, chez soi ou à l’étranger, peu importe: en vacances, il est surtout essentiel de «changer» ses rythmes et ses habitudes: «Comme il y a moins de contraintes horaires et organisationnelles, c’est l’occasion d’essayer de faire des choses qu’on ne peut faire le reste du temps», conseille le Dr Dorribo. Pour le Dr Baumann, «ce temps de pause est aussi l’occasion de réfléchir et de remettre en question des choses qui ont peut-être besoin de l’être…»

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