Thomas Wiesel est le roi du tacle

Les grands clubs romands paient leur comique préféré pour les humilier en public. Interview et citations.

Thomas Wiesel a le verbe et le tacle haut.

Thomas Wiesel a le verbe et le tacle haut. Image: Jean-Christophe Bott/Keystone

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Thomas Wiesel commence toujours ses spectacles par une blague forte afin d’attirer l’attention du plus grand nombre. On va essayer de faire aussi bien dans cet article en vous disant que, lors de notre rencontre avec l’humoriste vaudois, tandis que nous lui demandions s’il était plus facile de faire rire le public d’un club bien classé, il nous a répondu: «Je ne sais pas, je ne fais que les galas des clubs romands!»

Voilà comment Wiesel fait de la scène son terrain de jeu: en posant un gros tacle dès le début du match, une rencontre qu’il n’a pas le droit de perdre. «Il faut déclencher un gros rire d’entrée pour que le public, qui n’est pas venu au repas de soutien spécialement pour moi, cesse de parler et de manger.» Au début, quand il était peu connu, capter l’attention était «un combat» qu’il menait en marge des grandes villes, chez les footballeurs d’Épalinges, les judokas d’Yverdon ou les hockeyeurs de Fleurier. «J’allais partout où on voulait bien me prendre. Dès que les clubs n’avaient pas assez d’argent pour se payer Marie-Thérèse, Nathanaël Rochat ou Laurent Deshusses, mon ancien agent Pierre Naftule leur envoyait le petit dernier.»

Entre 3000 et 10 000 francs par gala

Thomas Wiesel a toujours été bien placé, ce qui lui a permis d’enchaîner les succès jusqu’à devenir un champion de l’humour. Les plus grands clubs romands (Sion, LS, LHC, Ne/Xamax et FR Gottéron) l’ont récemment invité à sa table, pour rire. «Ce sont toujours les clubs qui me sollicitent, et sans condition. On me donne carte blanche.» Les invités prennent cher. Lui aussi. «Entre 3000 et une dizaine de milliers de francs par prestation, calcule-t-il. Tout dépend de la longueur de mon intervention et du degré de personnalisation.»

Tous ses textes sont écrits exclusivement pour le club qui le sollicite. Wiesel n’a jamais le même numéro d’une équipe à l’autre.

«Les 90% de mes blagues, je les raconte pour la première fois sur scène. C’est donc un quitte ou double. Il y a une vraie possibilité d’échec.»

Pour limiter les risques, le comique compte sur sa culture du sport (qu’il adore) autant que sur une préparation minutieuse. «Je me renseigne souvent auprès des gens de mon entourage qui connaissent bien le club pour lequel je vais jouer. J’épluche beaucoup les journaux. Avant le repas de FR Gottéron, j’ai pris une journée pour relire les papiers de «La Liberté» sur le hockey.»

Il lui arrive aussi de solliciter le regard d’un journaliste sportif ou de prendre la température sur des forums de supporters. Le but, toujours: toucher au cœur en personnalisant au maximum le spectacle. Si certaines phrases reviennent, elles sont peu nombreuses. «Il y a des schémas dans lesquels l’un ou l’autre joueur se glisserait parfaitement, mais j’essaie de les utiliser le moins possible.» Quand il les utilise, ça donne ceci: «Ce n’est pas parce qu’on était un jeune prometteur qu’on a fait une grande carrière et ce n’est pas Rochat/ Bykov/… qui dira le contraire.»

Wiesel écrit toujours son texte la semaine qui précède son apparition, «parce que la situation d’un club peut vite évoluer».

«Souvent, quand on m’engage, tout va bien. Mais quand la date arrive quelques mois plus tard, c’est plus compliqué» Thomas Wiesel

Rire en période de relégation

La venue du Vaudois a parfois précédé une faillite ou de cuisants revers, au point que le blagueur se présente désormais sur Facebook comme «l’humoriste officiel des clubs en pleine contre-performance».

Dans le contexte tendu d’une période sans résultats, faire rire serait-il soudain plus compliqué? Pas forcément. «Les gens ont besoin de se marrer. Et puis ça rappelle aussi que le sport est un jeu. Pour moi, on peut s’en moquer.» Et Wiesel ne se gêne pas. Il arrose tout le monde: invités, dirigeants, joueurs. «Souvent, les gens du club sont surpris que quelqu’un m’ait autorisé à faire ça. Ceux qui m’ont engagé, au marketing ou à la communication, sont contents, mais ce n’est pas toujours le cas du directeur sportif ou général, et parfois du coach.»

Les vannes tombent dans l’ordre indiqué par le prompteur ou sur les fiches que le comique prend avec lui. Il lui arrive de rédiger une blague cinq minutes avant de monter sur scène. Mais une fois qu’il y est, il ne laisse plus de place à l’improvisation. «Je ne sais pas faire ça», avoue-t-il humblement. Le garçon est du genre simple et attachant. Surtout, il assume. «Me cacher? Jamais.» Après chacune de ses apparitions, il se fait un point d’honneur de saluer tous ceux dont il s’est moqué au micro. «Il arrive que certains sourires soient parfois crispés, mais on n’a jamais refusé de me serrer la main.» Un jour, beau joueur, Christian Constantin a même proposé au Vaudois de le pousser en Valais avec son jet. «J’étais déjà en route pour le Maxi-Rires Festival de Champéry. Dommage, ça aurait fait une histoire marrante à raconter», commente Wiesel, qui reçoit régulièrement des messages amusés de joueurs qu’il raille – «les leaders surtout, qui ont moins besoin de faire leurs preuves».

Une mauvaise rencontre sur un parking

«La seule fois où j’ai quitté un gala par une porte dérobée, c’est au repas du LS la saison dernière, parce qu’on m’a conseillé de le faire. On m’a dit que l’ambiance était très lourde dans le club, qui allait descendre […]. Le problème, c’est que les joueurs sont partis en même temps que moi.»

Cabral, fâché d’avoir été visé, l’a saisi au col. «Une altercation de terrain de foot. Carton jaune à chacun», balaie Wiesel, qui n’a jamais éprouvé la moindre difficulté à rire des clubs (LS et LHC) qu’il affectionne. «C’est même plus facile de faire de l’humour car derrière, il y a de l’amour.»

Timea Bacsinszky est une amie. La vanne-t-il? «Oui. D’ailleurs, je l’ai rencontrée après l’avoir vannée. J’ai dit un jour sur scène que je n’avais pas de blague sur elle parce que je ne regardais le tennis qu’à partir des quarts de finale. Elle s’était marrée, et avait ensuite atteint les quarts et demi-finales en Grand Chelem pour me contredire!»

Pan dans les dents!

Au Dragon lunch de FR Gottéron en 2019
«Moi, quand le contrat est signé je me relâche un peu; c’est mon petit côté Killian Mottet»

Au gala de Ge/Servette en 2018
«Hugh Quennec, c’est le contraire d’un éjaculateur précoce: il ne vient pas trop vite, il part trop tard»

Au Dragon lunch de FR Gottéron en 2019
«Vous avez quand même une équipe qui est parmi les meilleures d’Europe, qui fait le spectacle, qui ravit ses fans… mais assez parlé de FR Olympic!»

Au Lunch de Ne/Xamax en 2017
«J’ai vu Christian Binggeli, je me suis dit: putain, il a morflé Fabien Barthez»

Au gala du FC Sion en 2017
«J’ai toujours dit qu’il fallait me payer pour venir à Martigny, donc je suis content d’être là ce soir»

Au gala du Lausanne-Sport en 2018
«Fabio Celestini a beaucoup fait pour le Lausanne-Sport. Et après il a décidé de l’entraîner»

Au gala du Lausanne-Sport en 2018
«Fransson, c’est un peu comme une capote: c’est bien avec, c’est mieux sans»

Créé: 07.03.2019, 15h40

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