Par peur de l’Ebola du cochon, les sangliers sont surveillés

Les animaux sauvages pourraient introduire en Suisse la plus grande épidémie animale jamais vue sur la planète.

Depuis avril 2018, la Suisse fait des tests de dépistage sur des sangliers retrouvés morts en forêt ou le long d’une route, comme sur ceux qui présentent des symptômes de maladie.

Depuis avril 2018, la Suisse fait des tests de dépistage sur des sangliers retrouvés morts en forêt ou le long d’une route, comme sur ceux qui présentent des symptômes de maladie. Image: iStock/Jevtic

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Les porcs et surtout les sangliers sont surveillés de près. A Berne, les experts en affaires vétérinaires craignent en effet que les cochons sauvages de différents pays européens ne contaminent nos porcs d’élevage, parce qu’ils peuvent être porteurs de la très contagieuse peste porcine africaine.

Cette semaine encore, «la Suisse a modifié l’ordonnance qui prévoit des mesures contre la propagation de l’épidémie», précise Nathalie Rochat. Si la nouvelle est passée totalement inaperçue, c’est parce qu’il s’agit de «la 64e modification de ce catalogue de mesures en 6 ans», précise la porte-parole de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV).

Comme l’ordonnance n’interdit pas les échanges avec les pays touchés, mais seulement avec les régions d’Europe où la maladie est active, le texte est sans cesse réécrit en fonction des évolutions de ce virus particulièrement mobile. La semaine dernière, il a ainsi fallu tenir compte de l’augmentation du risque en Lituanie, et surtout en Pologne, dans une zone frontière avec l’Allemagne.

L'Ebola du cochon

Cette maladie, qu’on appelle aussi l’Ebola du cochon, est extrêmement contagieuse. Elle tue 85 à 95% des porcs infectés, qui commencent par perdre l’appétit avant de succomber d’une fièvre hémorragique, avec des saignements qui s’étendent à tous les organes. En Chine, où la maladie s’est déclarée courant 2018, les autorités n’ont pas eu d’autre choix que d’abattre quelque 350 millions de porcs l’an dernier, soit un quart de la totalité des cochons de la planète, selon un rapport de la banque néerlandaise Rabobank.

Si les sangliers sont également placés sous haute surveillance, ils le doivent à une particularité de cette peste porcine africaine. Comme son nom l’indique, la maladie est originaire de la région sub-saharienne, où elle infecte habituellement des phacochères, cousins africains de nos sangliers. Si la maladie ne constitue pas une menace pour l’homme, elle peut se transmettre à d’autres membres de la famille des suidés. En Afrique, la maladie est ainsi passée des phacochères à des porcs d’élevage. Et depuis, l’épidémie s’étend progressivement à la planète.

Le parcours du virus

Le virus apparaît en Europe dès 2007, en Géorgie, avant de passer en Russie et de toucher les pays voisins. Il passe en Pologne en 2014 et ravage la Chine dès 2018. Sur le sol européen, la fièvre du phacochère et du cochon a également réussi à infecter les sangliers, qui sont, à l’heure actuelle, les animaux les plus touchés en Europe. Selon le dernier bulletin Radar de l’OSAV, qui suit la progression des épizooties, on recense 699 cas de sangliers contaminés en Europe en décembre dernier, pour seulement 68 porcs domestiques (dont 65 cas en Roumanie). Les animaux malades étaient au nombre de 529 en octobre et de 551 en novembre sur le Vieux-Continent. La progression de la maladie chez les cochons des forêts est surtout perceptible en Pologne, où l’on a découvert 2 porcs domestiques infectés ces trois derniers mois, pour 620 sangliers. Par peur de ces vecteurs de contamination, les Allemands, gros éleveurs de porcs, parlent de placer des clôtures dans plusieurs régions frontalières, en espérant dissuader les sangliers polonais de passer la frontière.

La Suisse n’en est pas encore là, même si l’on considère à l’OSAV que la situation reste préoccupante, et que le risque de voir apparaître l’épidémie est élevé.

Le virus peut survivre très longtemps dans l’environnement, en particulier dans le sang, les produits à base de viande et les cadavres de porcs domestiques et de sangliers infectés.

«Depuis avril 2018, nous pratiquons également des tests de dépistage sur des sangliers retrouvés morts, comme sur ceux qui se font écraser le long des routes, ou qui ont été abattus parce qu’ils présentaient des symptômes de maladie non spécifique», détaille Nathalie Rochat. Il y en a eu plus de deux cents l’an dernier, et aucun ne s’est révélé positif. «Par ailleurs, les cantons se sont également livrés et vont encore se livrer à des exercices de préparation en vue de l’apparition de la maladie en Suisse», précise la porte-parole de l’OSAV.

Dans certains pays touchés, comme «la Tchéquie, des mesures de ce genre ont permis de stopper l’épidémie», note Nathalie Rochat, avant de rappeler que, si la peste porcine africaine reste une maladie des suidés, les humains peuvent jouer un rôle dans sa diffusion. «Ramener un salami d’une région infectée, comme la Sardaigne, qui est contaminée depuis très longtemps, peut suffire. Le virus, qui est très résistant, peut aussi se diffuser quand le conducteur d’un véhicule quitte une région contaminée en emportant un sandwich préparé avec du jambon infecté. S’il le jette par la fenêtre et qu’il finit dans l’estomac d’un porc ou d’un sanglier, la maladie peut se répandre.» Dans des denrées contaminées, le virus est ainsi capable de survivre plusieurs mois. Cela lui a permis de battre un triste record: il est déjà devenu la plus grande épidémie animale jamais vue sur la planète.

Créé: 20.01.2020, 11h47

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