Le périple polaire de Mike Horn vire au cauchemar

La traversée à skis de l’océan Arctique gelé, entreprise depuis deux mois par Mike Horn et son coéquipier, Borge Ousland, tourne court. En cause: le réchauffement climatique.

L’expédition de Mike Horn et Borge Ousland pâtit de conditions extrêmes. Le froid bien sûr, mais surtout des vents très violents qui accélèrent la dérive des glaces et leur font perdre forces, kilomètres et temps. Ici, la dernière photo de Mike Horn parvenue à ses filles.

L’expédition de Mike Horn et Borge Ousland pâtit de conditions extrêmes. Le froid bien sûr, mais surtout des vents très violents qui accélèrent la dérive des glaces et leur font perdre forces, kilomètres et temps. Ici, la dernière photo de Mike Horn parvenue à ses filles.

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L’exploit est en train de virer au drame pour l’explorateur sud-africain Mike Horn (53 ans) et son compagnon d’aventure, le norvégien Borge Ousland (57 ans). Au 73e jour d’une progression pénible, contrariée, hallucinante et hallucinée, le duo est en passe de renoncer à rejoindre l’archipel norvégien de Svalbard, but initial de leur périple. Il s’agit du 2e volet du «diptyque» Pole2Pole, entamé par Mike Horn en 2016 avec la traversée de l’Antarctique.

«Ils sont actuellement par 85 degrés de latitude nord, mais leur avancée est beaucoup plus lente que prévu», explique sa fille, Jessica Horn. Car les conditions se sont considérablement dégradées depuis la première traversée du pôle Nord par le même tandem, il y a treize ans. Le récit des deux aventuriers sur Instagram est éloquent: «Il est quasi impossible de dormir par -40 à -45 degrés, alors nous remettons les skis et continuons notre progression.» Quand ils ne glissent pas, ils rament, en kayak, pour traverser les étendues d’eau, sept à huit heures par jour. «Le manque de lumière et de soleil a une grande influence sur notre progression et notre état d’esprit. Je n’ai jamais réalisé autant que maintenant à quel point la lumière est importante pour tout.»

Le clair de lune, parfois, offre un peu de visibilité. Mais le piège est sous les lattes. Ils ont tour à tour vu la glace se dérober sous leurs pieds, les contraignant à un bain forcé jusqu’à la taille. Seule solution, s’extirper au plus vite et se rouler dans la neige afin de geler l’humidité avant qu’elle ne traverse les couches de vêtements et n’atteigne la peau.

«On a frôlé le désastre», note Mike Horn. Les gelures sont terribles. Mains, doigts, orteils, nez, toutes les extrémités sont atteintes. «À chaque fois qu’ils dressent la tente, ils passent une heure à soigner leurs blessures et à les percer afin d’évacuer l’infection, poursuit Jessica. Et le plus inquiétant est qu’ils commencent à perdre leurs sensations.» Les vivres commencent à manquer.

Les mains blessées de Borge Ousland. Photo: Instagram.

Le froid, mais l’obscurité aussi – il fait nuit 24 heures sur 24 en cette saison – leur tombe sur le moral. Ils ont déjà parcouru plus de 1000 km, mais ont perdu beaucoup de temps, et celui-ci joue désormais contre eux. La traversée devait s’achever mi-novembre, et les vivres avaient été prévues en conséquence. Et il ne reste que dix jours de nourriture, alors qu’il en faudrait le double pour rallier Svalbard. Se rationner? Impensable dans ces conditions extrêmes, lâche Jessica: «Ils mangent des aliments lyophilisés, des noix, et des «fat balls», des boules de graisses, car il faut ingérer au minimum 6000 calories par jour pour survivre.»

Réchauffement

Le 11 septembre, Mike Horn et Borge Ousland quittaient les côtes de l’Alaska par… -7 degrés, température rarissime à ces latitudes, surtout à cette période. L’alternance de températures «clémentes» et glaciales, pouvant varier en quelques jours de -2°C à -45°C, crée une instabilité qui accroît le danger de l’expédition. «Le Pangaea (ndlr: bateau de Mike Horn) qui les avait amenés à leur point de départ a d’ailleurs battu le record du monde du voilier sans brise-glace parvenu aussi loin», précise Laura Favre, secrétaire de Mike Horn. La NASA a du reste signalé récemment que «le niveau de la glace dans l’Arctique a atteint en 2019 son 2e plus bas record jamais enregistré».

«Les étendues d’eau sont dangereuses car elles sont recouvertes de neige et difficilement perceptibles», ajoute-t-elle. La glace se déplace très vite, et la dérive, sous l’effet de vents très violents, rajoute des kilomètres. «Ils reculent parfois de 3 à 5 km», précise Jessica. Au final, une progression en ligne droite de 15 km représente en fait 50 km de marche.

«Je n’ai jamais été aussi affecté par les changements climatiques. La glace se brise et se déplace beaucoup plus vite qu’auparavant»

Le mouvement des glaces ne provoque pas que des étendues d’eau, ou des pièges recouverts de neige, mais multiplie des amoncellements de blocs qu’il faut contourner ou, pire, franchir en charriant les deux luges de vivres et de matériel, une charge de près de 165 kilos. Dans un message à ses filles, l’explorateur ne cache pas son effarement: «Je savais que le réchauffement avait aggravé la situation par rapport à 2006, mais de toutes mes années en tant qu’explorateur professionnel, je n’ai jamais été aussi affecté par les changements climatiques. La glace se brise et se déplace beaucoup plus vite qu’auparavant.»

«Il est visiblement choqué, constate Jessica. Je ne l’ai jamais vu comme ça.» De quoi regretter l’Antarctique, un continent, avec un vrai sol, traversé il y a trois ans sur 5100km, mais de jour, et avec un kite pour soulager les jambes…

Les réserves de nourriture leur permettent encore dix jours de progression, à ski et en kayak, en tirant des luges de 165 kilos, pour gagner la côte et espérer être rapatriés par un brise-glace. Une course contre la montre est engagée, entravée par la nuit perpétuelle et les gelures. Photo: Instagram.

Plan d’évacuation

Choqués, meurtris, épuisés, mais confiants tout de même, les deux aventuriers se rendent à l’évidence: il faut renoncer, et infléchir leur course vers le sud. «Il est temps qu’ils rentrent à la maison», confie Jessica. Un plan de secours est déjà mis en place, en collaboration avec l’équipe qui épaule Borge Ousland. «C’est un des plus grands connaisseurs du pôle Nord et, comme mon père, il reste toujours optimiste, malgré tout.» Il s’agit désormais de se rapprocher de la côte afin d’être récupérés au besoin par des brise-glaces qui croisent dans l’océan Arctique. Une évacuation par hélicoptère est également envisagée si la situation venait à se détériorer, «mais ils sont encore trop loin pour que les appareils puissent les atteindre, surtout avec des vents aussi violents», rappelle Laura Favre.

Créé: 23.11.2019, 23h00

Une vie passée à courir après les exploits



L’armée. À 18 ans, Mike Horn s’engage dans l’armée sud-africaine et rejoint la Namibie. Des stages commandos lui font acquérir les techniques de survie.

La Suisse. Mike Horn plaque tout en 1990 et atterrit à Château-d’Œx. Il devient moniteur de ski, de parapente et de rafting. Il y rencontre son épouse, Cathy.

Le tour de la Terre. En 1991, il explore les Andes péruviennes en rafting et en parapente, puis rejoint l’équipe de Sector No Limits, qui repousse plus loin les limites du possible.

L’Arctique, acte I. En 2002, expédition sur le cercle polaire. Il est rapatrié en raison de gelures aux mains. Il repart quatre mois plus tard et achève l’aventure «Arktos».

L’Arctique, acte II. En hiver 2006, périple de 60 jours et 1000 km à skis avec le Norvégien Borge Ousland. Ils sont déjà confrontés à des glaces mobiles.

L’Antarctique. En 2016, il traverse le pôle Sud, soit 5100 km en solitaire. Il s’agit de la première partie du projet Pole2Pole, complété par l’actuel tour du pôle Nord.

S.JU.

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