Le burnout est-il un problème d’employeur?

Une initiative parlementaire veut rendre les entreprises responsables du syndrome d’épuisement professionnel.

Selon une étude, 25% des salariés disent ne plus pouvoir faire face aux pressions.

Selon une étude, 25% des salariés disent ne plus pouvoir faire face aux pressions. Image: Westend61/GettyImages

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Le travail, c’est la santé. Mais pas pour tout le monde. Déclaré maladie de notre temps, le burnout – ou syndrome d’épuisement professionnel – est devenu un véritable fléau. Les chiffres, partiels sur la question, sont alarmants. Selon une étude de Promotion Santé Suisse, 25% des salariés disent ne plus pouvoir faire face aux pressions, et le coût du stress s’élèverait à 5,8 milliards de francs par an pour les entreprises. Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) estime même ce montant à 10 milliards.

À qui la faute? Pour le conseiller national Mathias Reynard (PS/VS), les entreprises doivent prendre leurs responsabilités. «Il faut arrêter de jouer sur les mots, le burnout désigne littéralement les cramés du boulot, on ne peut plus se cacher derrière cette réalité.» Pour y parvenir, il vient de déposer une initiative parlementaire demandant la reconnaissance du burnout comme pathologie professionnelle. En clair, ce syndrome entrerait dans le tableau des affections à la charge des entreprises, au même titre, par exemple, que l’exposition à l’amiante. Dans le système actuel, le burnout débouche sur un arrêt maladie classique, dont la responsabilité incombe au salarié. Pour l’élu socialiste, cette modification conduirait à plus de prévention et favoriserait le retour de l’employé, en le déculpabilisant.

Désert politique

«Cela concerne tous les secteurs d’activité et tous les échelons, il est temps d’empoigner ce problème, car le travail doit être un lieu d’épanouissement», renchérit Mathias Reynard. Pourtant, et malgré un constat d’urgence, le politique peine à s’emparer du sujet. La France vient de vivre le même débat et l’idée a été balayée. Fondatrice il y a dix-huit ans de l’association NoBurnout, la psychologue lausannoise Catherine Vasey était intervenue devant l’Assemblée nationale. Sa position reste mesurée. «Bien sûr qu’on peut se dire qu’une entreprise va se mobiliser si on attaque par l’angle du porte-monnaie. Mais, dans les faits, beaucoup de sociétés sont déjà motivées à en faire davantage», confirme celle qui intervient auprès de plusieurs employeurs. À ses yeux, la situation est, certes, encore loin d’être idéale, mais une prise de conscience est intervenue et des mesures ont été mises en place, notamment par le SECO.

Pour les représentants patronaux, ce pas supplémentaire serait celui de trop. «Les règles de prévention sont suffisantes, on ne va pas encore charger les entreprises avec cela», martèle Jean-François Rime (UDC/FR), conseiller national et président de l’Union suisse des arts et métiers.

Plus nuancé, le président de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, Bernard Rüeger, en appelle à la responsabilisation de chacun. «Pousser à bout un employé est contre-productif pour tout le monde.» Son organisation avait d’ailleurs mis sur pied un cours pour sensibiliser les cadres à cette problématique. Pour Denise Grolimund Berset, médecin cheffe de clinique à l’Institut universitaire romand de santé au travail, les bonnes pratiques dans les entreprises relèvent de «l’ouverture à une remise en question de leur organisation et de leur fonctionnement lorsqu’elles doivent faire face à des salariés en souffrance». Et d’illustrer que les cours de gestion du stress ne permettent pas de mettre le doigt sur la problématique de fond, et renvoient la responsabilité vers le salarié.

Dans une enquête européenne menée en 2010, plus de 70% des entreprises sondées n’avaient pas de procédure pour gérer le stress. Mais le «vrai» burnout lié au travail est «assez rare», concède Denise Grolimund Berset, et l’environnement professionnel ne saurait en être le seul responsable. Cela étant, elle observe une augmentation des situations de stress «passant de 2% à près de 50% de nos consultations en moins de dix ans».

Membre de l’Union patronale suisse, le conseiller national Fabio Regazzi (PDC/TI) reconnaît «l’urgence d’avoir ce débat autour d’un mal de notre temps, qui a tendance à être sous-estimé». Mais il préconise une approche par la prévention «certes plus longue, plus lourde, mais plus efficace qu’un article de loi». Mathias Reynard ne s’en cache pas, il s’agit aussi de mettre la pression sur le Parlement.

Créé: 24.03.2018, 23h00

Le burnout n’est toujours pas reconnu comme une maladie

La définition même du burnout en tant que pathologie, principal écueil à la reconnaissance d’une maladie professionnelle, est contestée.

Non reconnu comme diagnostic, il n’est pas un trouble psychiatrique identifié à part entière. Et même si son statut de maladie était admis, il faudrait prouver que la souffrance qui en découle est imputable majoritairement aux entreprises. «Les causes sont toujours multifactorielles. On identifie d’ailleurs 130 symptômes possibles», détaille Nadia Droz, psychologue spécialiste en santé au travail à Lausanne.

En clair, nous ne réagissons pas tous de manière identique face au stress. Mais, pour Nadia Droz, qui fera paraître, avec Anny Wahlen, un ouvrage sur le burnout à la mi-avril, il faut dépasser le seul enjeu de causalité. «Ce serait regrettable de ne se focaliser que sur des questions d’assurance. Il faut un vrai débat de fond, car il s’agit d’un problème de santé publique majeur.»

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