La tyrannie du goûter gagne les écoles genevoises

Des établissements sont à cheval sur la diététique. Certains élèves se sont vu confisquer leur en-cas jugé malsain par les enseignants. Des parents s’interrogent sur ces pratiques.

Les «conseils pour un dix-heures ou goûter sain» du Département de l’instruction publique se transforment en véritables interdictions dans certains établissements.

Les «conseils pour un dix-heures ou goûter sain» du Département de l’instruction publique se transforment en véritables interdictions dans certains établissements. Image: Westend61/Getty Images

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Qui ne se souvient pas avoir attendu avec impatience la cloche de la récréation pour croquer à pleines dents dans son pain au chocolat? Ce petit plaisir enfantin est aujourd’hui en passe de disparaître. Ces dernières années, la diététique a gagné les établissements scolaires genevois et les collations sucrées sont désormais bannies de nombreux préaux.

Si le Département de l’instruction publique (DIP) parle de «conseils pour un dix-heures ou goûter sain», certaines écoles primaires ont pris la problématique à bras-le-corps, transformant les recommandations en véritables interdictions. Plusieurs élèves se sont ainsi vu saisir des en-cas jugés malsains par les enseignants, tandis que d’autres se retrouvent à devoir se cacher pour manger leur collation. Des parents s’interrogent sur ces directives estimées excessives.

«Le côté interdit me gêne, confie Aude, maman de deux filles de 7 et 4 ans. Pour moi, le goûter de la récréation est une institution. On peut donner des fruits à nos enfants, mais un pain au chocolat de temps en temps, c’est quand même bon.»

Choux-raves et fenouils recommandés

Pour aider les parents à changer leurs habitudes, le DIP a élaboré un dépliant avec des suggestions d’en-cas sains. Outre divers fruits et légumes – dont le fenouil et le chou-rave! –, les spécialistes conseillent du pain complet, des galettes de riz, du fromage, du yaourt nature et des oléagineux. Les fruits exotiques, les fruits secs, les produits à base de viande et les jus de fruits sont autorisés «de temps en temps». Quant aux barres chocolatées, croissants, céréales sucrées, biscuits, sodas et produits gras ou fortement salés, ils ne sont tout simplement «pas recommandés».

Croyant bien faire, des parents de deux écoles différentes ont un jour acheté des galettes de riz nappées de chocolat noir à leurs enfants. Mal leur en a pris. «Ma fille s’est fait confisquer son goûter», se souvient Leïla, maman de trois enfants. Quant à Julien, son fils de 5 ans lui a raconté avoir dû l’avaler en cachette.

À entendre les familles sondées, les pratiques divergent fortement entre les établissements, voire d’un enseignant à l’autre. «Dans la classe de notre petite de 4 ans, il y a aucun contrôle, en revanche la grande de 7 ans ne peut pas apporter une gourde avec du thé sucré alors qu’elle est toute fine, dénonce Aude. Du coup, les élèves se retrouvent à la récréation mais ne sont pas soumis aux mêmes règles.»

Leïla a constaté ces différences après un déménagement: «Dans la nouvelle école, un copain de mon fils a débarqué avec un paquet de bonbons, trois bouteilles de thé froid et un paquet de chips.» Si la jeune maman n’est pas favorable à un laxisme total, elle admet se sentir «soulagée de ne plus être embêtée s’il n’y a plus de Blévita dans l’armoire».

Le DIP précise que tous les établissements genevois ne sont pas impliqués au même niveau dans le programme «Collations saines à la récré». Il souligne par ailleurs que si ce dernier a «suscité quelques interrogations à son lancement, ce n’est plus le cas aujourd’hui, et ces dispositions sont bien accueillies par la majorité des familles». Les professeurs ont-ils pour autant le droit de confisquer les goûters non conformes?

«Non, répond Pierre-Antoine Preti au nom du DIP. En revanche, nous proposons aux enseignants des stratégies du type défi collectif, afin de faire changer les comportements. Par exemple, proposer de tous se mettre au défi d’être le champion des goûters sains. En général, cette stratégie suffit car les enfants veulent tous gagner, surtout chez les plus petits.»

Mais dans le fond, est-ce si grave de manger un pain au chocolat à 10 h? Pour la nutritionniste Sidonie Decourt, le principal problème chez les enfants se situe au niveau du petit-déjeuner. «Ce qu’ils mangent est souvent très déséquilibré, avec beaucoup trop de sucre et pas assez de fibres, du coup ils ont faim à 10 h», détaille-t-elle. En résumé, rien ne sert de se forcer à manger un chou-rave à la récréation si on a avalé des corn-flakes à 7 h, le mal est fait.

«Tout dépend du profil de l’enfant»

Si les principes de base édictés par le DIP sont globalement justes selon la nutritionniste, celle-ci observe que les mêmes règles ne peuvent pas être appliquées indistinctement à tous les enfants. «On ne peut pas simplement dire que tel ou tel aliment est bon ou n’est pas bon. Tout dépend du profil de chaque élève: il faut tenir compte d’éventuels problèmes de poids ou d’un manque de concentration, de ce qu’il mange à la maison et savoir s’il fait du sport.»

Sidonie Decourt recommande aux parents de proposer un petit-déjeuner salé. «Un œuf à la coque avec du pain de seigle, de l’avocat, de la tapenade aux olives ou de la purée d’amandes», suggère-t-elle.

Créé: 07.09.2019, 22h15

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