Des fours solaires aux tourbières, où vont les compensations de CO2?

Entre les premiers semestres 2018 et 2019, les paiements sur le site de Myclimate ont été multipliés par cinq. Gros plan sur cette nouvelle tendance.

Au premier semestre, les demandes de compensation sur internet ont augmenté de près de 400% chez Myclimate, par rapport à la même période de 2018.

Au premier semestre, les demandes de compensation sur internet ont augmenté de près de 400% chez Myclimate, par rapport à la même période de 2018.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Vous avez prévu de partir à New York à la fin d’août? Pour un vol aller-retour au départ de Genève en classe économique, vous allez débourser quelques centaines de francs. Vous pouvez aussi compenser les 2,3 tonnes de CO2 émises (par personne) pour ce voyage d’environ 12 400 kilomètres. Sur le site internet de Myclimate, qui gère de tels programmes, il vous en coûtera 206 ou 66 francs, suivant que vous choisissez de compenser pour moitié en Suisse, ou pas. Ce geste devient toujours plus fréquent: au premier semestre, les demandes sur le site de cette fondation ont été multipliées par cinq par rapport à la même période l’an dernier.

Où cet argent va-t-il? Sur la centaine de programmes soutenus, quinze sont réalisés dans notre pays. Si certains revendiquent qu’il y ait davantage de compensations en Suisse, Kai Landwehr, porte-parole de Myclimate, relève qu’elles sont moins faciles à développer – notamment parce que les technologies avancées sont davantage utilisées chez nous et parce que nos législations exigent une meilleure efficience. «Et nous ne faisons pas un projet pour réaliser ce qui est requis dans la loi.»

Tourbière ou forêt

Un des projets helvétiques vise par exemple à renaturer la tourbière de la vallée de Schwändi, dans le canton de Glaris. Dans le monde, les tourbières renferment en effet 30% du carbone du sol, alors qu’elles ne représentent que 3% de la surface. Autres programmes, la construction d’une centrale de chauffage à plaquettes de bois au Tessin ou l’abandon de l’utilisation du bois, dans une forêt jurassienne, afin de stocker du CO2 et de créer un habitat pour des espèces menacées, comme les chats sauvages.

Toujours plus de Suisses choisissent de compenser. Au premier semestre, les demandes sur internet ont augmenté de près de 400% chez Myclimate, par rapport à la même période de 2018. «Sur l’ensemble de l’année dernière, les compensations provenant de privés ont généré un chiffre d’affaires de 1,6 million de francs. Cette année, nous avons déjà atteint ce montant», précise Kai Landwehr. Ces particuliers paient en priorité pour leurs vols en avion (environ 60% de l’ensemble). La voiture représente quelque 10%, le reste provient de dons ou d’autres types de compensations.

Cette tendance est mondiale. La fondation Gold Standard, créée en 2003 par le WWF, qui propose aux internautes du monde entier de compenser leurs émissions (de façon globale et non pas, par exemple, pour un vol en particulier), a vu les demandes augmenter de plus de 400% entre 2017 et 2018. Cette organisation basée à Genève s’attend à une croissance dépassant 300% entre 2018 et 2019. «Le changement climatique est devenu tangible. Avant, les gens se disaient que c’était un risque pour le futur. Maintenant, ils voient que c’est la réalité», commente sa directrice de la communication, Sarah Leugers.

Chez Myclimate, les particuliers peuvent choisir de compenser pour moitié en Suisse ou intégralement dans des pays en développement et émergents, mais sans pouvoir sélectionner un programme précis (sauf au Nicaragua et au Kenya). Dans sept cas sur dix, ils privilégient l’option à l’étranger, meilleur marché. «Beaucoup de gens pensent certainement aussi que d’autres pays sont davantage touchés par le réchauffement que nous», espère Kai Landwehr.

Constructions de centrales hydrauliques, solaires, éoliennes ou de biogaz, transformation de déchets organiques en compost, soutien aux petits paysans qui replantent des arbres: hors de nos frontières, les programmes se déploient dans 22 pays, en Afrique, en Asie et en Amérique latine. À Medellín, en Colombie, par exemple, des lignes de télécabine vont remplacer des bus diesel. En Chine, les cuisinières à charbon de foyers ruraux laissent la place à des systèmes fonctionnant avec des rafles de maïs. À Madagascar, des lampes à économie d’énergie sont distribuées. Au Malawi, des installations de séchage du tabac plus efficaces permettent de réduire l’utilisation de bois.

D’abord les entreprises

Si la progression est impressionnante, la compensation du C02 par les particuliers représente seulement quelque 7% des versements effectués via Myclimate, le reste provenant d’entreprises. Celles-ci font des négociations globales qui peuvent aussi comprendre la compensation des vols. Tous secteurs confondus, plus de 1 million de tonnes ont été compensées via cette fondation l’an dernier (contre un peu moins de 833 000 tonnes en 2017). Les achats individuels effectués sur internet, eux, représentaient environ 75 000 tonnes (ce chiffre intègre les calculateurs en ligne gérés avec des partenaires, ce qui n’est pas le cas des données de l’infographie ci-dessous).

Quoi qu’il en soit, la croissance est au rendez-vous. «Nous pouvons assurer que nous parvenons à suivre, conclut le porte-parole. De nombreux projets soutenus pourraient grossir et une cinquantaine de nouveaux programmes pourraient commencer. Mais nous devons nous assurer qu’ils pourront être financés sur sept à dix ans. Nous devons également avoir assez de personnel pour les gérer (ndlr: la fondation compte quelque 80 employés).» Une chose est certaine, il reste des possibilités. Kai Landwehr estime ainsi que seuls 2 à 3% des vols en Suisse sont aujour­d’hui compensés.

Pour afficher l'image en plus grand, cliquez ici.


Les chercheurs suisses plaident pour une stratégie très ambitieuse

Si la Suisse veut réussir sa transition énergétique et respecter ses ambitions climatiques, elle doit agir simultanément sur deux fronts. Produire massivement de l’électricité renouvelable durant les mois d’été et développer, tout aussi radicalement, un système de stockage pour affronter les mois d’hiver, les fameux 30 à 40 jours où la Suisse importe son électricité de l’étranger.

Ces conseils sont ceux formulés par un «Livre blanc», un rapport coécrit par sept universités suisses, dont l’Université de Genève pour la Suisse romande. Cet ouvrage doit en quelque sorte «éclairer» les décisions du Conseil fédéral et des Chambres dans la mise en œuvre des politiques énergétique et climatique de la Suisse.

L'électricité comme carburant du futur

À quoi ressemblera la Suisse en 2050? Si l’on suit le raisonnement des chercheurs, elle produira, en été, énormément d’électricité photovoltaïque et éolienne, stockée sous forme d’hydrogène ou de gaz synthétique. Ces stocks seront partiellement reconvertis en hiver sous forme d’électricité et serviront également de carburant pour les voitures et les camions qui «brûlent» de l’hydrogène dans des piles à combustible. De plus, une partie des surplus servira au chauffage. Dans un tel scénario, la Suisse parvient à tenir ses promesses en matière de production d’électricité propre (sans CO2), et la transformation de l’énergie électrique en liquides permet de décarboner les transports routiers, mais également l’aviation.

À ce stade, une explication s’impose: par quel miracle l’électricité devient-elle le carburant du futur? Prenez de l’eau, soumettez-la à une torture particulière, l’électrolyse. Vous obtenez de l’hydrogène. Pas suivant: mariez cet hydrogène avec du CO2, et vous obtenez un gaz synthétique. À partir de cette boîte à outils, vous êtes en mesure de fabriquer des substituts à tous les carburants fossiles (gaz, essence, diesel, kérosène, etc.). C’est tout simplement la magie de la chimie, et d’un apport important en énergie.

L'hydrogène: un vecteur stratégique

On l’aura compris, dans un tel scénario, l’hydrogène est un vecteur d’énergie stratégique, de même que le C02, que l’on peut récupérer de la combustion des déchets (usines d’incinération), des cimenteries ou des processus de méthanisation (transformation des végétaux ou du bois en gaz). À terme, il faut même envisager de retirer directement du CO2 de l’atmosphère. Un tel procédé est en cours d’expérimentation industrielle à Zurich avec la société Climworks.

Pour que cette chaîne vertueuse se mette en place, les chercheurs jugent indispensable que les technologies permettant de transformer l’électricité en carburants soient envisagées dès maintenant et déployées progressivement partout où c’est possible.

Mais une telle stratégie n’est cohérente que dans une perspective ambitieuse de réduction du CO2 à l’échelle nationale, avec une taxe sur le carbone qui soit à la hauteur des ambitions. Les chercheurs ne le disent pas explicitement, mais des compensations massives du CO2 à l’étranger ne permettraient pas de financer les efforts technologiques suisses. Les coûts? Celui du stockage des excédents électriques sous forme de gaz ou de liquides reste très élevé, d’un facteur quatre à dix par rapport aux énergies fossiles. Mais les chercheurs estiment qu’il pourrait baisser de deux tiers, d’ici à 2030, et être concurrentiel pour les objectifs fixés en 2050, soit la neutralité quasi complète de la Suisse en matière d’émissions de CO2. Pierre Veya


25 centimes prélevés par litre de mazout

Une taxe sur le CO2 est prélevée sur les combustibles fossiles, tels que le mazout ou le gaz naturel. Cette taxe s’élève à 96 francs par tonne de CO2 depuis 2018, ce qui entraîne des recettes d’environ 1,2 milliard de francs par année. Le prélèvement est par exemple de 25 centimes pour un litre de mazout. L’essence et le diesel ne sont pas concernés. En revanche, les importateurs doivent compenser 10% des émissions de CO2 dues à leurs produits. Les coûts sont répercutés sur le prix de l’essence ou du diesel: c’est le centime climatique.

Deux tiers des recettes de la taxe sur le CO2 sont redistribués à la population et aux entreprises. Pour la population, cela se fait par le biais des assurances maladie. En 2019, chaque assuré a reçu 76 fr. 80 comme redistribution de la taxe sur le CO2 (554 millions ont ainsi été rendus), mais aussi d’une autre taxe incitative perçue sur les composés organiques volatils, en partie responsables du smog estival (108 millions). Un tiers de la taxe sur le CO2 (mais au maximum 450 millions de francs) permet de financer l’assainissement énergétique des immeubles (Programme Bâtiments); 25 millions de francs alimentent encore le fond de technologie. Les entreprises qui génèrent de grandes quantités de CO2 peuvent se faire exempter de cette taxe si elles s’engagent à réduire leurs émissions. Les plus grandes firmes participent pour leur part au système d’échange de quotas d’émission et sont également exemptées.

La loi sur le CO2 est en cours de révision.

La Suisse a ratifié l’Accord de Paris sur le climat, en octobre 2017, et le Conseil fédéral prévoit de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, par rapport au niveau de 1990. En décembre dernier, le Conseil national a rejeté le projet. Au début de l’année, la commission du Conseil des États s’est montrée plus ouverte. Les débats portent notamment sur un relèvement de la taxe sur le CO2, sur une augmentation du prix de l’essence, sur la prolongation du Programme Bâtiments ou sur l’opportunité d’instaurer une taxe sur les billets d’avion.

Créé: 27.07.2019, 23h01

Et eux, qu’est-ce qu’ils compensent?



CHRISTIAN CONSTANTIN
Président du FC Sion

«La société qui gère mon avion le fait»

«La société qui gère mon avion m’a demandé de payer un montant supplémentaire pour compenser mes émissions de CO2 et j’ai accepté. Si nous pouvons faire quelque chose pour nettoyer un peu notre planète, c’est bien. Cela dit, ce soutien est anecdotique et il serait présomptueux de prétendre que la petite Suisse peut sauver le monde!
La prise de conscience doit surtout venir de grandes puissances comme la Chine ou les États-Unis.»



DARIUS ROCHEBIN
Journaliste à la RTS

«Je devrais y réfléchir»

«J’essaie surtout de limiter ma consommation. Quand j’étais enfant, nous ne prenions pas l’avion, avec mes parents. Nous partions en vacances en Suisse, et en train. J’ai gardé ce pli et je ne me souviens pas d’avoir pris l’avion en dehors de l’Europe pour mes loisirs. J’avoue que les débats de ces dernières années m’ont rendu attentif au fait que je dois limiter mes trajets en voiture, et j’essaie de le faire. En revanche, je n’ai jamais compensé, mais je devrais y réfléchir.»



ISABELLE MORET
Vice-présidente du Conseil national (PLR/VD)

«Un voyage cette année»

«Les récentes manifestations sur le climat ont entraîné une nouvelle réflexion, auprès du public comme chez moi. Je n’ai pas pris l’avion à titre privé cette année et j’ai compensé de ma poche un voyage effectué comme vice-présidente du parlement. Cela m’a coûté 240 francs. Si je suis réélue, cet automne, je deviendrai normalement présidente et je poursuivrai cette pratique.»



MARTIN VETTERLI
Président de l’EPFL

«Je privilégie la marche dans les Alpes»

«La solution n’est pas de compenser, mais de voyager moins en avion, ce qui reste difficile dans ma vie professionnelle, raison pour laquelle mes voyages sont compensés. À titre privé, j’évite l’avion et je privilégie par exemple la marche dans les Alpes suisses durant mes loisirs. Il y a là un vrai défi de société, auquel l’EPFL, en tant qu’institut de technologie, peut contribuer positivement par la recherche et l’innovation.»

«Compenser, c’est bien. Renoncer, c’est mieux»



ADÈLE THORENS
Conseillère nationale (Les Verts/VD)

Que pensez-vous de cette hausse des compensations?

C’est une très bonne nouvelle, qui marque le début d’une transition écologique. Mais, même s’ils sont plus nombreux, les gens qui compensent volontairement leurs émissions de CO2 représentent une infime minorité des voyageurs, et les aéroports sont toujours aussi fréquentés.

Faudrait-il que ce système devienne obligatoire?

L’idéal serait d’imposer une taxe incitative sur les billets d’avion, dont les revenus seraient redistribués à la population et investis dans les solutions propres. Mais, si ce n’est politiquement pas possible, les compensations sont déjà une étape. Celles-ci ne doivent pas être un oreiller de paresse qui évite de se remettre en question. Ainsi, nous ne devrions prendre l’avion que pour les trajets qui ne peuvent pas être effectués autrement. Avant chaque vol, il faudrait se demander s’il est nécessaire et si on ne peut pas prendre le train. Compenser, c’est bien. Renoncer quand c’est possible, c’est mieux.

Beaucoup de compensations se font à l’étranger. En faudrait-il davantage en Suisse?

Les deux sont importants, mais on pourrait bien sûr en faire plus dans notre pays. Nous avons aussi besoin de financer les solutions propres, comme les trains de nuit ou des avions moins polluants. Il serait intéressant de voir si ces compensations pourraient y contribuer et de quelle manière.

Et vous, compensez-vous?

Je n’ai pas pris l’avion depuis douze ans mais, quand je vais en Corse en famille, nous compensons le trajet en ferry. Pour le reste, je m’efforce de réduire directement mon impact: je ne conduis pas, je privilégie les produits locaux et je mange très peu de viande. Chacun peut trouver de petits gestes qui lui conviennent pour faire sa part.

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Venise sous les eaux
Plus...