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L’éditorialLe livre, essentiel pour la tête

À l’image de la librairie Paoyt, les libraires ont rouvert leurs portes après avoir effectué des aménagements de sécurité. Photo LUCIEN FORTUNATI
À l’image de la librairie Paoyt, les libraires ont rouvert leurs portes après avoir effectué des aménagements de sécurité. Photo LUCIEN FORTUNATI

Le livre sort vainqueur de cette pandémie. À Genève, durant huit semaines, les papivores ont assailli leurs libraires de commandes. Il leur fallait «La Peste» de Camus pour comprendre le monde sous Covid-19. Proust et sa «Recherche» pour jouir du temps qui passe. De la poésie. Des livres de cuisine, de jardinage ou de yoga. Des cahiers pédagogiques pour les enfants oisifs et des guides de voyages pour les rêveurs impénitents. La lecture est primordiale, elle en a fait la preuve. Le 11 mai, à l’ouverture des commerces, les dévoreurs de pages mis en appétit par deux mois de confinement ont pris en file indienne le chemin des librairies. La fermeture des théâtres, cinémas et salles de concert a laissé libre le champ culturel, le livre s’en est emparé. Il ne coûte pas très cher, ne transmet pas le virus, il s’apprécie sans compagnie et plus que tout, il repousse à l’infini les quatre murs de la réalité. Essentiel, donc.

Qui se cache derrière un livre? En général un auteur, un éditeur, un imprimeur, voire un traducteur (ou leurs équivalents féminins). Comment arrive-t-il sur nos tables de chevet? Grâce aux diffuseurs et aux libraires qui, comme les bibliothécaires, nous donnent aussi l’envie de le lire. Une chaîne solide, efficace, mais vulnérable. En allouant 280 millions de francs au secteur de la culture pour éviter la désertification de son paysage, le Conseil fédéral a pensé aux arts privés d’arènes. Il a mille fois bien fait. Mais il a laissé de côté la filière de l’écrit. Comme toute autre forme de commerce, elle doit se débrouiller seule. On ne lui accorde que des prêts. Ne s’appelle-t-elle pas aussi «industrie» du livre?

C’est négliger ses particularités. Ni les libraires, ni les éditeurs, ni les diffuseurs ne réclament de perfusion étatique à long terme. Juste un coup de pouce pour traverser la crise. Si Berne fait le mort, Genève serait bien inspiré de prendre la main pour passer à l’action.