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Concert et pandémieLe jour où les dorures du Victoria Hall ont perdu leur raison d’être

L’OSR et la pianiste Khatia Buniatishvili ont animé un concert streaming destiné aux écrans. Du beau dans un vide spectral.

La pianiste Khatia Buniatishvili, aux côtés des musiciens de l’OSR et du chef invité, Cristoph Koncz.
La pianiste Khatia Buniatishvili, aux côtés des musiciens de l’OSR et du chef invité, Cristoph Koncz.
ALINE BOVARD RUDAZ

Douze spectateurs dispatchés dans une salle qui peut en contenir environ 1600, cela donne quoi au juste? Pour celui qui s’est frotté à cette disproportion effarante entre le vide et le plein, entre sièges abandonnés et places timidement occupées, le simple coup d’œil vers le parterre, les loges et les balcons a ouvert un abîme métaphysique. De ceux, pour s’entendre, qui vous envahissent lorsque vous scrutez les tableaux de Giorgio De Chirico. Mercredi soir, donc, le Victoria Hall s’est mué en scène d’un genre déviant, transformée en simple piédestal pour les besoins d’un concert qui s’adressait en streaming aux mélomanes connectés par écrans interposés. La pandémie sera parvenue à cela aussi: à couper l’Orchestre de la Suisse romande de son public et à projeter ses musiciens loin de leurs murs traditionnels.

Dès lors, c’est tout le sens du concert, de ses rituels et de ses tocs, qui s’en est retrouvé bouleversé. Ce qui était escompté dans la salle avant l’apparition du Covid, ne l’étant plus du tout, ou le devenant peut-être chez soi, l’ordinateur allumé pour suivre l’événement à distance. Un exemple? En entrant dans les lieux, on nous dit qu’il ne faut pas applaudir entre les pièces au menu. Les besoins de la captation, assurée par la RTS, imposaient cette règle. Alors, que fait-on à la place? On cède un peu à l’instinct, à cet élan qui vous pousse à saluer la performance après un «tutti» tellurique et un crescendo dévastateur. Mais on le fait en se convertissant au mime, en bougeant les mains sans produire de bruit. Et on observe alors du coin de l’œil son voisin, qui a lui aussi plié au même réflexe, et on se regarde d’un air mi-amusé mi-consterné, en mesurant l’épaisseur grandissante du silence qui nous entoure. Et puis on remarque, tout aussi surpris, les courbettes et les remerciements du jeune chef Cristoph Koncz et de la pianiste Khatia Buniatishvili adressés non pas à nous, naufragés dans le vide, mais aux caméras.

8’200 visiteurs à l’écran

Ah, misère de virus qui a tout fait chavirer, jusqu’au bar des lieux, transformé en réceptacle d’étuis d’instruments, de vestes et de manteaux des musiciens. Que faut-il garder alors de la soirée? Les 8’200 personnes environ, qui ont suivi le direct, sur les sites de l’OSR, de la RTS, d’Arte ou encore sur YouTube. Et puis la musique, voyons, qui a été belle. Avec un programme concocté par les Amis de l’OSR, ont surgi deux grands tubes du répertoire. Le «Concerto pour piano N°1» de Tchaïkovski, tout d’abord. Où il aura été donné de saisir ce qu’est Khatia Buniatishvili lorsqu’elle fait l’économie d’une partie de ses penchants démonstratifs. On a ainsi retrouvé une musicienne qui souligne certes tous les traits, et qui fait dans le jeu maniéré, mais qui est capable aussi d’un toucher formidable – quel fondu avec l’orchestre dans l’«Andantino» – et d’une technique imparable. Plus tard, l’OSR a livré une «Deuxième» de Brahms vibrante, équilibrée et empreinte de noblesse.

Concerto visible durant 30 jours sur www.osr.ch

3 commentaires
    Aucune langue de bois

    Vous parlez de 8'200 personnes sur "les sites de l'OSR, Arte et Youtube". Moi j'ai regardé cela sur le site de la RTS cooproductrice, pourquoi pas le dire aussi ?

    Et oui, c'était un moment de bonheur.