Passer au contenu principal

Nouveauté de librairieLe «Glou guide» sort son 3e cru

Le vade-mecum du vin naturel et abordable propose 150 nouvelles bouteilles à moins de 15 euros.

DR

Le raisin est mûr? Alors vous êtes assuré de pouvoir aussi récolter un «Glou guide» chez votre libraire préféré. Depuis 2018, cet ouvrage salutaire dédié aux jus naturels à prix câlin s’est invité dans le calendrier bachique aussi sûrement que les vendanges ou les foires aux vins. Les Éditions Cambourakis viennent d’en livrer le gouleyant troisième cru avec la promesse renouvelée de découvrir «150 nouveaux vins naturels exquis à 15 euros maxi». On doit ce récent opus aux journalistes Antonin Iommi-Amunategui et Jérémie Couston, ainsi qu’à Olivier Grosjean, gynécologue de profession et néanmoins glou-blogueur pointu.

La préface l’annonce d’entrée: il s’agit de compulser le recueil tous chakras pinardesques ouverts. Le livre ne «s’adresse guère aux amateurs aguerris qui pensent avoir tout compris» ni aux «sniffeurs de terroirs qui ne jurent que par les AOC à la pépé et autres grands crus caillassés». Les auteurs défendent les vins libres et vivants, c’est-à-dire délivrés de la camisole chimique – ajouts d’additifs, tours de passe-passe technologiques – dans laquelle l’œnologie moderne a corseté une grande partie de la production viticole mondiale.

Sherpas du jaja nu

Pour figurer au «Glou guide», ces nectars nature doivent posséder deux qualités essentielles: être délicieux et pas chers. D’ailleurs, les 150 crus – un par page – sont présentés par ordre croissant de prix, d’une quille «néomarxiste» à 6,50 euros mitonnée par Valentin Morel dans le Jura à une poignée de flacons «hors catégorie», c’est-à-dire entre 15 et 20 euros. «Quand on sait qu’en France, le prix d’achat moyen d’une bouteille tourne autour de 5 euros, il est important qu’une partie des vins naturels reste à des tarifs démocratiques», explique Antonin Iommi–Amunategui. C’est sans doute là le grand défi que ces sherpas du jaja nu auront à relever dans leurs prochaines éditions: «De jeunes vigneronnes et vignerons s’installent partout, c’est champignonesque, se réjouit le journaliste. Mais ça risque de devenir difficile de trouver des cuvées qui respectent les porte–monnaie modestes.»

Il est important qu’une partie des vins naturels reste à des tarifs démocratiques.

Antonin Iommi–Amunategui, journaliste et co-auteur du «Glou guide»

Point de traditionnel classement par appellation, donc, même si un index permet de retrouver cépages, régions ou artisans en fin d’ouvrage. Encore moins de notes ou d’étoiles, apanages des guides conventionnels, «annuaires balourds et botoxés». «Nous tenons à nous écarter de tout formatage», précise Antonin. En revanche, ces vins surprenants se voient estampillés de pictogrammes – «classique», «buvabilité», «hardcore», «ours polaire» (comprendre: rare) ou «waouh» – permettant d’opter pour le pinard adapté à sa soif, son tempérament ou sa témérité.

Prose gonzo et espiègle

On s’en doute, les commentaires de dégustation ont, eux aussi, l’âme vagabonde. Sentences scolaires et décrets verticaux concernant la robe, le nez ou la bouche sont remplacés par une prose gonzo et espiègle, que sous-tend toutefois une solide expérience. Ainsi, le vinho verde portugais, qui a les honneurs de la page 42, se révèle «tendu et affriolant comme un string» et Le bruit des glaçons, aimable flacon produit par Xavier Courant dans l’Indre-et-Loire (page 68), est-il «un rosé crépusculaire parfumé à la crème sincère, pour les vampires bronzés, défroqués et joyeux comme des veuves».

À noter enfin que le «Glou guide» déroule une longue liste de cavistes indépendants où s’approvisionner. Genève y a sa place avec Le Passeur de Vin, recommandable échoppe sise à la rue Eugène–Marziano, aux Acacias.

«Glou guide 3» Antonin Iommi-Amunategui, Jérémie Couston et Olivier Grosjean, Éd. Cambourakis, 2020, 23 fr., 192 pages