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Des sous pour la créationLe Ghost veut sauver les musiciens du tombeau

Présentée comme «le festival qui n’aura jamais lieu», la manifestation virtuelle espère récolter des fonds pour près de 300 artistes suisses privés de revenus scéniques depuis dix mois.

Parmi les 295 groupes et artistes au programme du Ghost Festival, Black Sea Dahu et sa chanteuse Janine Cathrein ne sont pas les moins connus de la scène suisse.
Parmi les 295 groupes et artistes au programme du Ghost Festival, Black Sea Dahu et sa chanteuse Janine Cathrein ne sont pas les moins connus de la scène suisse.
Sabina Bobst

Elle est bien là, mais personne ne la voit, ni surtout ne l’entend: la scène musicale suisse a choisi la métaphore du fantôme pour manifester sa «non-existence», depuis dix mois que le Covid a fermé les salles, malgré quelques semaines d’oxygène à la fin de l’été. Elle se rassemble à grand renfort de communication multiréseaux sous l’emblème du Ghost Festival, «celui qui n’aura jamais lieu», une façon de pointer par l’absurde la profusion de groupes et d’artistes nationaux (près de 300) jetés dans les limbes par la crise, réduits au silence et à la précarité.

L’événement est d’ailleurs plus une affaire économique que musicale. Nulle contrepartie n’a été demandée aux participants de ce «non-festival», aucune note de musique ne sera délivrée aux acheteurs d’un billet. L’argent récolté sera réparti en parts égales les 27 et 28 février, jours où la manifestation géante n’aura pas lieu.

Cri d’alarme et acte de solidarité

«Il y a deux buts derrière cette initiative, explique Elodie Romain, répondante pour la région romande. Attirer l’attention sur la situation précaire de la musique en Suisse, avec l’aide de tous les réseaux des participants. Et engager un acte de solidarité du public envers les artistes.» En tout, ce sont 1278 personnes qui composent les 295 noms au programme du Ghost: la somme totale sera divisée en autant de parts égales. «Nous ne ferons aucune différence entre grands et petits. Certains artistes ont d’ailleurs renoncé à toute compensation financière et nous apportent surtout leur renommée.»

«Selon les calculs, la somme à distribuer sera entre 30’000 francs et 1,5 millions de francs.»

Elodie Romain, Ghost Festival

Dans la liste des noms que vous n’entendrez pas pour le prix de votre billet (vendu 20, 50 ou 100 francs), on retrouve une grande majorité d’Alémaniques (233), dont Jael, Stephan Eicher, Züri West, etc. La Suisse romande déroule 49 participants, du rap de KT Gorique à la folk de Company of Men en passant par le funk de L’Orage. «On n’a pas demandé aux artistes autre chose que leur participation car on considère qu’ils n’ont rien à prouver. C’est pour les gens une façon de leur dire: «On ne vous oublie pas et on vous soutient de manière inconditionnelle,» détaille Elodie Romain.

La Migros et La Mobilière participent à l’opération, qui déploiera aussi sa propre ligne de merchandising. Avec trois sources de revenus (billets, sponsors et vêtements), le Ghost Festival espère séduire large sans savoir, promis juré, quelle cagnotte il pourra partager le 28 février. «Selon les calculs, ce sera entre 30’000 francs et 1,5 millions de francs!» rigole Elodie Romain. Pour connaître la somme versée à chacun selon que la pêche sera bonne ou mauvaise, à vos calculettes. Et à vos porte-monnaies.

www.ghost-festival.ch

2 commentaires
    F. Dubied

    Excellente initiative !