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Carrefour des arts vivantsLe far° change de peau mais garde son cap

De la balade en forme de performance à la cueillette de chansons d’amour, en passant par la séance d’écoute participative, le rendez-vous nyonnais répond à la pandémie en se muant en fabrique de l’exploration.

Elément de «Will You Marry Me?»,  performance conçue par Sara Leghissa, du collectif Strasse.
Elément de «Will You Marry Me?», performance conçue par Sara Leghissa, du collectif Strasse.
CLAUDIA PAJEWKI

L’été des réinventions culturelles avance ses pions sur tous les fronts et de manière plus que jamais capillaire. Tant et si bien qu’il n’y a pas aujourd’hui, dans le paysage qui s’offre à nous, événement qui n’ait pas reconsidéré son offre et qui n’ait pas réfléchi à la façon de la présenter au public. La pandémie est passée par là, laissant derrière elle passablement de gravats mais suscitant aussi des modulations de toutes sortes, souvent stimulantes. Le far°, carrefour des arts vivants, entre de plain-pied dans ce dernier clan, lui qui a dévoilé voici quelques jours, entre les murs du bâtiment des Marchandises de Nyon, son affiche revue et corrigée de l’édition 2020.

«Le mot «fabrique» place l’accent sur le processus de création, qui est aussi intéressant que l’offre achevée»

Véronique Ferrero Delacoste, directrice du far°

En regardant de plus près les propositions concoctées par la directrice Véronique Ferrero Delacoste, on ne peut que mesurer la profondeur des traces laissées derrière lui par le virus. Un exemple parlant? Ce qu’on était habitué à considérer comme un festival a changé tout simplement de nature, en affichant désormais une étiquette qui claque: fabrique des arts vivants. On pourrait croire à la simple trouvaille cosmétique. On en est loin. Derrière ces quelques mots, on découvre une intention nouvelle, qui confère des traits inédits à la manifestation. «La dénomination «festival» n’était tout simplement plus en adéquation avec le contexte, explique la directrice. En changeant de cap dès le mois de mars, nous avons compris qu’il ne pouvait y avoir de rendez-vous collectifs par temps de Covid-19, ni de convivialité et encore moins de soirées festives. C’est un deuil à faire qui touche aussi tous ces spectacles que nous n’avons pas pu présenter cette année. Le mot «fabrique», lui, place l’accent sur le processus de création, qui est aussi intéressant que l’offre achevée.»

Coups de fil anonymes

Plus concrètement encore, le souhait «d’explorer d’autres manières de nous réunir et de faire exister l’art» – comme l’indiquent les notes d’intention de la direction – donne vie à un événement qui se déclinera désormais en plusieurs volets. Tous sont placés sous la bannière «Communs singuliers». Le premier épisode se déploiera du 13 au 22 août. La suite? Elle se déclinera jusqu’à l’été 2021 et, dès l’automne prochain, elle sera mouvante, en quittant Nyon pour s’établir notamment à La Chaux-de-Fonds et dans le val d’Anniviers. «L’intensité de chaque rendez-vous nourrira le suivant, créant ainsi une chaîne d’actions et de réactions spécifiques à ces «Communs singuliers», spécifie Véronique Ferrero Delacoste.

Premier ambassadeur de ces nouveaux projets au long cours, celui de Samara Hersch (13 juillet) interroge notre relation aux rencontres virtuelles, devenues omniprésente dans nos vies. Avec la complicité d’un groupe d’adolescents de l’arc lémanique, l’artiste établie à Melbourne génère, à travers des appels téléphoniques, des conversations entre personnes qui ne se connaissent pas. C’est le cœur du projet «Knowledge/Workshop Series». Le lendemain, une autre histoire écrite, ou plutôt chantée, prendra effet avec des inconnus. Elle impliquera des anonymes qui, en déambulant dans les rues de Nyon, seront sollicités par Action Hero, duo composé par les Britanniques Gemma Paintin et James Stenhouse. La paire sillonne depuis deux ans déjà le continent. Partout où son bus fait étape, elle grave des chansons d’amour interprétées par des passants. Décliné pour le far°, RadiOh Europa – nom de l’opération – rebondira sur les ondes de Radio Vostok et de Reïdyo.

L’environnement questionné

Relevons encore, parmi les propositions à l’affiche, celle pilotée par Maria Lucia Cruz Correia, de retour au far° après un passage en 2019, où elle éclairait d’une touche à la fois documentaire et fictionnelle la notion d’écocide. Entre le 16 et le 19 août, l’artiste, accompagnée par sept étudiantes de la Haute École d’art et de design (HEAD), campera une fois encore dans le terrain de l’environnement, avec «Common Dreams: Moving Away Together». Au programme, la refonte de l’idée d’école, avec l’adoption de nouveaux fondements qui prendraient en compte les stratégies pour lutter contre le changement climatique. Cinq jours pour repenser le monde, à travers des activités allant du débat au snorkeling, de la lecture au chant. Et ce, comme toujours au far°, avec exigence et en toute liberté.

far°, fabrique des arts vivants, premier volet de «Communs singuliers» du 13 au 22 août. Rens. www.far-nyon.ch