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Opération de la Thune du CœurLe cochon le plus altruiste de la République explose son capital de solidarité

La récolte de fonds lancée il y a vingt-cinq ans par la «Julie» atteint cette année la somme historique de 200’000 francs. Jour de fête aux Colis du Cœur.

HERRMANN

L’endroit n’est peut-être pas le plus glamour mais il est d’abord essentiel et nécessaire. Jules aimant les deux – afficher ses rondeurs généreuses de cochon altruiste et montrer que ses réserves pour l’hiver sont utiles à tous –, il s’est rapidement senti chez lui, ce mardi matin, dans la halle de distribution des Colis du Cœur, un hangar en sous-sol situé à la rue Blavignac où, quelques heures plus tard, des centaines de personnes sont venues comme chaque semaine faire valoir, concrètement, leur droit à l’aide alimentaire.

L’adresse nourricière de la précarité, c’est ici. Des murs de denrées de première nécessité, fraîches et sèches, conditionnées, prêtes à être données aux gens dans le besoin. Ils étaient 7700 durant la dernière semaine de décembre à profiter de cette aide alimentaire, contre 3500 il y a moins d’une année, avant le début de la pandémie. Sur ce nombre impressionnant de bénéficiaires, 40% sont des enfants. On ne les voit pas forcément les jours de distribution, mais leurs parents savent pourquoi ils sont là.

Marc Nobs, directeur de la Fondation Partage, remercie les Genevoises et les Genevois.
Lorraine Fasler/Frédéric Thomasset

Un montant record

Jules aussi le sait. Il est donc chez lui, sur son chariot à roulettes, le groin recouvert du masque réglementaire, fier comme un champion au moment d’annoncer son «prize money» caritatif, une somme jamais atteinte en vingt-cinq ans d’existence.

Julie, son inséparable greffière, n’en revient pas non plus. Elle a beau refaire ses additions, en y intégrant les contributions des retardataires, l’argent qui arrive encore au moment de boucler les comptes, jamais jusqu’ici elle n’avait imaginé pouvoir atteindre les 200’000 francs.

On y arrive, on y est, on l’écoute partager sa surprise qui met en joie: «Dans le contexte actuel, je ne pensais pas que l’on récolterait plus de 50’000 francs. Et voilà qu’on se retrouve avec quatre fois plus. C’est assez extraordinaire. C’est un peu comme de figurer au centre d’une toile d’araignée qui n’en finit pas de grandir. Il y a les donateurs historiques, on les voit, on les repère, ils sont toujours présents. Et puis, contre toute attente, une multitude d’interlocuteurs qui ne s’étaient jamais manifestés, parmi lesquels des entreprises de tous types – des fiduciaires, des assurances – qui, après avoir renoncé aux traditionnels cadeaux de fin d’année, ont fait le choix de verser la somme équivalente à la Thune du Cœur.»

«À l’ère de la distanciation sociale, on constate un mouvement inverse, celui du rapprochement social, traduisant une forme de solidarité localement très affirmée.»

Frédéric Monnerat, les Colis du Cœur

Bon choix. Jules a pris du volume, profitant de ce transfert d’argent, qui est passé sans entourloupe d’une caisse festive – les repas de boîte, c’était mort – à cette aide aussi inconditionnelle que sincère. «À l’ère de la grande distance sociale, on constate de plus en plus le mouvement inverse se traduisant par toutes sortes de rapprochements sociaux, expression positive d’une solidarité localement très affirmée», résume Frédéric Monnerat, en charge de la communication et de la recherche de fonds aux Colis du Cœur.

Frédéric Monnerat, chargé de communication et de la recherche de fonds pour les Colis du Cœur, se réjouit de cette vague de solidarité.
Lorraine Fasler

On l’écouterait des heures, on se contente d’enregistrer son sourire masqué au moment de rejoindre le trio de bénéficiaires à qui revient cette récolte annuelle d’exception. Les Colis du Cœur donc, mais aussi Partage – la principale banque alimentaire du canton – et l’association La Virgule, basée à Lancy.

Dans quoi sera investi cet argent aujourd’hui redistribué? Une grosse part de ces fonds servira à des achats de produits alimentaires. Il faut savoir que le budget de Partage a presque triplé pour faire face à la demande, souligne son responsable, Marc Nobs.

Quant à Anne-Lise Thomas, la nouvelle directrice de la structure lancéenne œuvrant dans le domaine du sans-abrisme, elle se réjouit de pouvoir utiliser cette somme allouée pour consolider l’effort en matière d’hébergement d’urgence, le nombre de places mises à disposition étant passées de 24 à 80 au sein de la structure qu’elle pilote.

«C’est grandiose», souligne Anne-Liste Thomas, directrice de La Virgule.
Lorraine Fasler

Enfin, dans tout cela, il y a deux autres bonheurs qui méritent la mention. L’abondant courrier généré par cette opération. Jules a beau vendre ses charmes sur internet (lire ci-contre), il conserve un joli poids épistolaire. Et son charisme rassembleur se confirme: les anciens et les modernes du journal qui est le sien ont travaillé main dans la main à sa gloire, alternant prise de notes au ras du bitume et vidéo incarnant au plus près cette solidarité en marche.

De gauche à droite: Anne-Lise Thomas, directrice de l’association La Virgule, Frédéric Monnerat, des Colis du Cœur. Marc Nobs, directeur de Partage, et Frédéric Julliard, rédacteur en chef de la «Tribune de Genève».
Thune du cœur
De gauche à droite: Anne-Lise Thomas, directrice de l’association La Virgule, Frédéric Monnerat, des Colis du Cœur. Marc Nobs, directeur de Partage, et Frédéric Julliard, rédacteur en chef de la «Tribune de Genève».
Lucien Fortunati
1 commentaire
    Il y a urgence

    Excellent dessin de Hermann !