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Une pépite en streamingLe cinéma a le beau rôle

«Homemade», petite anthologie filmée du confinement, réunit sur Netflix dix-sept réalisateurs indépendants pour autant de tranches de vie différentes. Un puzzle à la fois drôle, tendre et flippant, mais hyperréaliste.

L’Italien Paolo Sorrentino a imaginé le pape et la reine d’Angleterre confinés ensemble. Sept minutes de bonheur pour nous!
L’Italien Paolo Sorrentino a imaginé le pape et la reine d’Angleterre confinés ensemble. Sept minutes de bonheur pour nous!
Netflix/Paolo Sorrentino

Son titre ne dit rien de son potentiel, au contraire. Pourtant «Homemade» vient de se glisser dans la jungle omnivore de Netflix en véritable pépite. Non seulement cette addition de courts métrages collecte les signatures du cinéma avec l’acuité d’un fan chassant les autographes, mais elle ébruite un cinéma de la réalité. De cette réalité encore si vive de la pandémie, traversée à la fois collectivement et individuellement.

«L’ensemble, puzzle joyeusement hétéroclite, est loin du programme d’occupation pour cinéastes désœuvrés»

L’appel à ses confrères – lancé par le Chilien Pablo Larrain, habitué de la compétition en festival – pouvait basculer du côté de la bonne idée comme de la fausse bonne idée. Mais après un butinage entre ces minutes de vie en confinement, c’est la première solution qu’on retient. Les courts s’enchaînent, cinq minutes pour le plus serré, douze pour le plus long. Certains se chevauchent – la figure maternelle revenant telle une sentinelle dans les temps troubles – mais ces 17 cartes postales cinématographiques racontent la douce folie humaine. Ou sa part plus sombre, comme autant de preuves archéologiques d’un temps donné tourné vers l’intérieur mais ouvert à l’imaginaire. Et l’ensemble, puzzle hétéroclite (comme dans «Lockdown», initiative similaire de Frédéric Gonseth vue sur la RTS en mai et désormais en ligne), est loin du programme d’occupation pour cinéastes désœuvrés.

Joyeux mélange des genres

On rit avec la fable aigre-douce sur le couple confiné de Paolo Sorrentino, qui prend pour héros les figurines articulées du pape et de la reine d’Angleterre vendues dans les échoppes touristiques. Alors que l’énergie totalement déjantée d’une minilicorne qui a lâché spontanément la bride de son imaginaire devant ses parents (l’actrice Nadine Labaki et le producteur libanais Khaled Mouzanar, qui n’ont eu qu’à… filmer), file le tournis. Pendant que Kristen Stewart, en version thriller, désespère de pouvoir presser le bouton «reset» et déballe sa déprime de Jeanne d’Arc insomniaque.

Les récits diffèrent sur un même thème, ils s’égrènent, souvent volubiles (il y a peut-être un sujet d’études?) tout en mixant les genres. De la comédie musicale du Chilien Sebastiàn Lelio («Une femme fantastique», Oscar du meilleur film étranger en 2018) ou le blues d’une femme rythmé par la vie domestique. À la SF avec l’actrice américaine Maggie Gyllenhaal («La secrétaire» en 2002) qui a filmé son mari rivé à son grille-pain, confort du passé, alors que le monde part à la dérive, victime d’un virus qui s’attaque au système solaire. Même si deux ou trois barbent un peu, l’ensemble, souvent tourné avec un téléphone portable, est une immense caisse de résonance, le cinéma donc! Et le rappel qu’il nous manque.

Coincée chez elle, Kristen Stewart l’est aussi avec ses démons, elle tente désespérément de trouver le repos. Sans fard!
Coincée chez elle, Kristen Stewart l’est aussi avec ses démons, elle tente désespérément de trouver le repos. Sans fard!
Netflix/Kristen Stewart