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Le «césarisé» Ruffin veut aussi gagner la bataille de la Somme

Abbeville, jeudi soir. François Ruffin veut drainer les petits et les ouvriers qu'il va chercher au porte à porte. Mais lors de ses réunions publiques, c'est la classe moyenne qui est présente.
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«Mon adversaire, c'est la finance et surtout l'indifférence!» François Ruffin (41 ans) répond à nos questions, au milieu de ses soutiens, assis sur les marches de la salle des fêtes d'Abbeville (Somme). Sa réunion publique sur le thème de la santé vient de réunir 400 personnes. Il a fallu rajouter des chaises: un joli succès! Journaliste, rédacteur en chef de Fakir(un Canard enchaîné local qu'il a créé il y a dix-huit ans), le réalisateur du documentaire césarisé «Merci Patron!» motive ses troupes pour les dix derniers jours. «Je mène une campagne populaire, combative et généreuse», glisse-t-il, transpirant très loin de l'ambiance de l'Assemblée nationale qu'il ambitionne.

Dans la première circonscription de la Somme, la campagne des législatives 2017 sous le signe de la recomposition politique post-Macron prend des allures de série B. Les deux protagonistes ne sont pas des hommes politiques. Investi par le FN, Franck de Lapersonne est un comédien parisien abonné aux seconds rôles et aux pubs TV. Dans cette circonscription qui épouse la vallée de la Nièvre depuis les quartiers populaires du nord d'Amiens, il a toutes les chances de finir en tête lors du premier tour le 11 juin.

Lapersonne invisible

Pourtant, le candidat FN ne fait quasi pas campagne. De Lapersonne? Personne ne le voit et ça vaut mieux pour lui, s'amusent ses adversaires. Contacté, il a promis par SMS de nous rappeler. Dans cette région touchée par la désindustrialisation (les crises Goodyear et Whirlpool, c'est ici) et une situation sociale terrible – le diagnostic santé national révèle une surmortalité inquiétante – Marine Le Pen réalise des scores canons. Le 23 avril, elle est arrivée en tête avec 28,8% devant l'enfant d'Amiens, Macron (22,9%), et Mélenchon (21,6%). Au deuxième tour: 42,5% des voix.

Pour François Ruffin, l'enjeu est de finir deuxième et d'espérer un front républicain pour doubler le FN. «On cherche à convaincre ceux qui ont voté Mélenchon de retourner aux urnes. Il faut aussi aller chercher les abstentionnistes», glisse François Ruffin, fort du soutien de la France insoumise et du Parti communiste. Et tout est possible… Pour lui comme pour ses principaux adversaires qui naviguent à vue dans une élection où les bisbilles locales se mêlent à la dynamique nationale.

Ainsi Nicolas Dumont (39 ans), le candidat d'En Marche!, est le maire PS d'Abbeville. «Le programme d'En Marche! est celui de Macron, le seul qui n'a pas changé», explique celui qui sent une vague porter sa candidature: «Les gens ne me disent pas «je vote pour vous», mais «pour Macron». Ils sont fiers d'avoir un tel président. Vous avez vu ce qu'il a déjà réalisé!»

Le micmac des étiquettes

La sortante, Pascale Boistard (45 ans), défend son siège en s'appuyant sur son bilan: «J'ai été la députée des Goodyear et je me suis battue pour sauver le lycée de Flixecourt», explique l'ex-secrétaire d'Etat aux Personnes âgées et aux Droits des femmes, qui a notamment mis en place le «téléphone grave danger» contre les violences faites aux femmes. La plupart lui reconnaissent ces avancées, mais elle fait campagne sous la bannière du poing et de la rose. Elle devrait faire mieux que les 4,75% de Benoît Hamon, moquent certains.

«C'est de la vieille politique avec un nouveau visage. Moi, je mène une campagne positive. Je veux sortir les gens de l'à quoi bon, de la résignation. Voilà la vraie bagarre! J'ai un savoir-faire dans les luttes sociales mais il faut que ça pousse derrière moi», explique François Ruffin. Elu, il entend se payer au Smic, œuvrer pour une santé 100% gratuite, devenir le porte-voix des ouvriers, des sans-grades.

Plus tôt dans une salle surchauffée, il débat avec Patrick Pelloux, l'ex de Charlie Hebdovenu de Paris le soutenir, un groupe de ska joue Bella Ciao, un collectif de slameurs combat l'illettrisme par le verbe et puis Michael vient parler de ses difficultés de père d'un enfant handicapé en attente d'une institution. Marie-Yvonne, elle, a perdu ses droits aux soins dentaires et elle s'est habituée à vivre avec la douleur. On repense à la polémique des sans-dents de François Hollande. «En 2012, les gens ont accepté d'essayer d'y croire encore une fois. Voilà ce que cela a donné. Le vote FN, c'est le dernier stade de l'écœurement», gueule François Ruffin, qui demande qu'on baisse la sono, s'excusant de ne pas savoir parler doucement.