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GenèveLe Caustic Comedy Club, l’entreprise qui trouve des parades à la crise

La «petite Mecque du stand-up romand» propose des solutions pour satisfaire à la fois les humoristes, leur public et les malades hospitalisés. Deuxième trouvaille en date, un Late Night Show à suivre ce samedi soir.

Il y a quinze jours, le Caustic accueillait ses spectateurs à travers autant de tablettes, pour réagir en direct aux gags successivement de Wary Nichen, Bruno Peki et Alexandre Kominek.
Il y a quinze jours, le Caustic accueillait ses spectateurs à travers autant de tablettes, pour réagir en direct aux gags successivement de Wary Nichen, Bruno Peki et Alexandre Kominek.
Bruno Peki

En vrai, c’est une petite salle privée d’une cinquantaine de places, une couveuse de talents tapie au fond d’une cave voûtée à Carouge. Y défilent depuis trois ans les fleurons de l’humour qui griffe, la crème du stand-up romand, de Marina Rollman à Nathanaël Rochat, en passant par Yoann Provenzano, parmi bien d’autres langues dégainées de leurs poches. En vrai aussi, le Caustic Comedy Club a dû fermer ses portes en mars dernier, pour cause de virus ambiant. Mais Olivia Gardet et Émilie Chapelle, cofondatrices du lieu, alliées aux codirecteurs de la société genevoise Alpenrod (alias les créateurs des restaurants The Hamburger Foundation), Marc Gouzer et George Bowring, savent composer avec les coups bas du vrai. Suppléer aux manquements du réel, ils en font leur affaire.

La capsule tournée en selfie puis balancée sur Instagram, pour un humoriste digne de ce nom, est à l’interaction avec le public en salle un peu ce que la pougnette confinée est à l’acte sexuel consenti: comme une petite carence en chaleur humaine. Pour déjouer cette fatalité à l’annonce des mesures exceptionnelles contre la pandémie, les deux binômes, déjà acoquinés l’été dernier pour monter l’opération gastronomico-culturelle en bord de lac, Bronzette, ont décidé de se creuser ensemble les méninges.

Des brainstormings répétés du quatuor est d’abord née une trouvaille mise en pratique voici deux semaines: les artistes se filmaient in situ, s’adressant à des spectateurs présents par vidéoconférence, à travers des iPad fixés aux fauteuils. «Ne vous levez pas, vous allez sortir du cadre!»: un solo d’une quinzaine de minutes, acéré notamment par le caractère inédit de la situation. Gros succès de ces «spectacles virtuels en live» lors de leurs rediffusions ensuite sur les réseaux sociaux: en trois jours, l’affluence est passée de 20 à 380 abonnés. Les recettes du chapeau virtuel tournant sur Facebook et YouTube sont intégralement allées à l’association Hôpiclowns, qui égaie les séjours en milieu hospitalier.

L’affiche du rendez-vous ce samedi 23 mai à 22 h sur YouTube.
L’affiche du rendez-vous ce samedi 23 mai à 22 h sur YouTube.
DR

«Comment continuer de gérer le théâtre sans l’ouvrir?» ont néanmoins continué à s’interroger les animateurs, soucieux de renouveler les propositions. «Un art de la survie tout en générant des bénéfices», résume Marc Gouzer, esprit d’entreprise en alerte et chargé des relations publiques pour l’entité. En attendant d’améliorer certains points techniques des stand-up en «live 2.0», le laboratoire «teste de nouveaux modèles afin de répondre à la demande»: «l’histoire restera marquée par les inventions issues du Covid», pressent déjà le manager.

Ce samedi 23 mai à 22 h, sur la toute nouvelle chaîne YouTube du Caustic Comedy Club, le format sera télévisuel, s’inspirant des Late Night Show à l’américaine. Dans des conditions de direct, pendant une demi-heure, l’humoriste genevois Thibaud Agoston, tout juste couronné d’un Prix de la SSA, challengera depuis son fauteuil son guest Thomas Wiesel, déjà un vieux routier du seul en scène, lui-même calé sur son siège à la manière d’un spectateur réactif. Cette fois, les bénéfices (toujours au chapeau) seront destinés aux artistes et au petit théâtre, qui ne touche aucune subvention. «Le devoir civique d’un entrepreneur consiste à créer de la valeur pour payer la culture», proclame le dynamique Marc Gouzer.