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Plein airLe carillonneur de Saint-Pierre joue pour nous les Beatles

Le dernier «Carillon au balcon» s’est achevé vendredi soir sur le plus beau slow du répertoire. Avant le retour, ce samedi, d’une circulation infernale. Brutal changement de régime.

Comme chaque vendredi, l’organiste titulaire et carillonneur de Saint-Pierre, Vincent Thévenaz, s’est installé dans la flèche.
Comme chaque vendredi, l’organiste titulaire et carillonneur de Saint-Pierre, Vincent Thévenaz, s’est installé dans la flèche.
Keystone

Alors, vous avez reconnu la mélodie? C’était beau, non? En accord intime avec la période vécue. Aux mots près: «Times of trouble». Puis, juste après: «When the night is cloudy, there is still a light that shines on me…» «Let It Be», oui, vendredi soir sur le coup de 20 h 45, tout là-haut, au presque sommet de la cathédrale.

Comme chaque vendredi, l’organiste titulaire et carillonneur de Saint-Pierre, Vincent Thévenaz, s’est installé dans la flèche et a joué de cet instrument (urbain par excellence), le seul aussi à pouvoir être actif sans perturber les consignes de sécurité en vigueur.

L’expérience est unique: aucun autre musicien professionnel n’a pu se produire ainsi en public durant ces deux mois de confinement à Genève. Huit concerts au total, le dernier au seuil de ce week-end donc, d’une durée qui n’a jamais dépassé les vingt minutes, dans le respect d’un enchaînement immuable: juste après le carillon, une volée de cloches, puis, à 2 1 h, les applaudissements solidaires des gens aux fenêtres et balcons.

Le pavé de la Vieille-Ville a lui aussi apprécié. Vincent Thévenaz a ses fans. Ils sont venus, même sous la pluie battante, sans trop le dire, auditeurs discrets, réunis aux quatre coins de la place de la Taconnerie, tapant dans les mains à la fin des morceaux choisis, le nez en l’air, s’enchantant à chaque fois des libertés de l’interprète dans sa façon de revisiter le répertoire musical.

Vendredi, pour ce final attendu, Les Beatles étaient en bonne compagnie. La Carmen de Bizet laissait filer son «oiseau rebelle» devant la chevauchée des Walkyries, avant que la chanteuse Joan Baez n’envoie son message d’espoir: «We shall overcome, some day.»

Vincent Thévenaz, en une phrase: «J’ai aimé faire sonner et résonner le carillon en accord avec ce que nous vivons.» La voix qui le dit est sincère. Belle humilité artistique. On prend congé à la nuit tombante de ce dernier «Carillon au balcon», non sans rappeler cet autre rendez-vous, diurne celui-là, également gratuit et hebdomadaire: chaque samedi à 11 h, le Grand Carillon de Carouge sonne pendant quarante minutes. Au clavier, en alternance: Andreas Friedrich (titulaire) et Yves Roure (adjoint).

Mais, à cette heure-là, la concurrence sonore est plus sévère. Car la circulation, en sourdine depuis plus de six semaines, a repris de plus belle. Ce samedi, les voitures sont partout. Les gens retournent faire leurs courses dans les bouchons.

La Rive droite, dès la mi-journée, ressemble à un week-end du Salon de l’auto. «Some day», annonce la chanson. Ce jour-là, sans plus ce maudit carillon de klaxons et moteurs, n’est pas encore arrivé à Genève. Démoralisant.