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Mini-série française«Le Bazar de la charité» renaît de ses cendres à l’écran

En huit épisodes, la série lauréate des Lauriers de l’audiovisuel 2020 replace un fait divers dans son contexte social.

Rose (Julie de Bona) et Madame Huchon (Josiane Balasko). Cette dernière est prodigieuse dans son rôle de douairière machiavélique.
Rose (Julie de Bona) et Madame Huchon (Josiane Balasko). Cette dernière est prodigieuse dans son rôle de douairière machiavélique.
DR

Le film en huit épisodes «Le Bazar de la charité» a reçu cet hiver les Lauriers de l’Audiovisuel de la meilleure série. Une production TF1 qui mérite qu’on en parle et qu’on la voie ou la revoie sur Netflix, après ses passages sur nos chaînes francophones. Ce tableau de la société parisienne de la fin du XIXe siècle, vue à travers la tragédie d’un fait divers authentique, est très réussi. Les inventions du scénario prennent pour point de départ l’incendie d’une vente de charité ayant causé la mort de 120 personnes en plein Paris, le 4 mai 1897.

Cette femme a voulu parler des femmes dans une époque où les lois de la société les maltraitaient particulièrement. Il y a dans cette série de beaux personnages féminins, dont plusieurs se retrouvent ce jour de mai dans le vaste hangar surchauffé de la rue Jean-Goujon. C’est là que les vapeurs d’éther de la lampe du cinématographe – l’une des attractions du bazar – vont s’enflammer au contact d’une allumette imprudemment grillée par le projectionniste.

Rousseur passionnée

On a surtout parlé à l’époque des nobles dames victimes de l’incendie, comme la duchesse Sophie d’Alençon, sœur de l’impératrice Élisabeth d’Autriche (Sissi), qui a payé de sa vie son acharnement à faire sortir des visiteurs du brasier. Il y avait aussi des gens modestes au Bazar, parmi lesquels des domestiques comme Rose (Julie de Bona), gravement brûlée, ou Victor Minville (Victor Meutelet), un séduisant jeune pickpocket anarchiste dont un ambitieux politicien de droite (Gilbert Melki) aimerait faire le responsable du désastre. La femme de celui-ci, Adrienne de Lenverpré, est incarnée par Audrey Fleurot, qui domine toute la distribution de sa rousseur altière et passionnée. Son odieux mari la croit au Bazar alors qu’elle est avec son amant journaliste de gauche. Pour elle, l’incendie est une aubaine, car en faisant passer un cadavre méconnaissable pour le sien, elle peut disparaître et échapper au tyran qui la brime.

Une autre femme, celle-ci jouée magnifiquement par une Josiane Balasko transformée en grand-mère bourgeoise machiavélique, convainc une blessée – Rose, la domestique – de se faire passer pour sa fille qui, elle, a été brûlée mortellement. Quand les corps carbonisés ne sont reconnaissables que par les bijoux qu’on leur fait porter, les pires substitutions deviennent possibles. Ainsi les femmes de la série, pour des raisons diverses, cherchent à tirer leur épingle du jeu, rendant les rebondissements du «Bazar de la charité» aussi instructifs que passionnants.