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AviationLe 737 MAX de Boeing joue sa survie

Le régulateur américain de l’aviation va soumettre le Boeing 737 MAX à des tests de vol pendant plusieurs jours. L’appareil du groupe de Seattle doit les réussir pour retrouver sa certification de vol après deux accidents mortels.

Le 737 MAX est cloué au sol depuis le 13 mars 2019 après l’accident d’un exemplaire de la compagnie Ethiopian Airlines ayant fait 157 morts.
Le 737 MAX est cloué au sol depuis le 13 mars 2019 après l’accident d’un exemplaire de la compagnie Ethiopian Airlines ayant fait 157 morts.
KEYSTONE

Le Boeing 737 MAX a été autorisé à reprendre les airs pour sa certification, et le premier vol, crucial pour la survie de l’avion vedette du géant aéronautique américain, pourrait avoir lieu dès lundi, selon les autorités fédérales de l’aviation.

«Les vols avec des pilotes d’essais de la FAA (le régulateur US de l’aviation, ndlr) pourraient débuter dès demain (lundi), pour évaluer les changements apportés aux systèmes de contrôle automatisés du 737 MAX», écrit l’agence fédérale dans un courrier adressé au Congrès.

«Les tests devraient prendre plusieurs jours et vont comporter une large palette de manoeuvres en vol et des procédures de sécurité pour permettre à l’agence de déterminer si les modifications apportées répondent aux normes de certification de la FAA», ajoute-t-elle.

Ni Boeing ni la FAA n’ont voulu confirmer l’information d’un premier vol dès lundi. Ces vols d’une importance extrême pour l’avenir de l’avion et pour le constructeur rendent le calendrier susceptible de changer.

La météo était nuageuse dans la région de Seattle, le berceau du constructeur aéronautique dans le nord-ouest des Etats-Unis, lundi matin, avec des vents de 11 km/h et 5% de chances de précipitation.

Des semaines d’attente

Le 737 MAX est cloué au sol depuis le 13 mars 2019 après l’accident d’un exemplaire de la compagnie Ethiopian Airlines ayant fait 157 morts. Cette tragédie survenait quelques mois seulement après la catastrophe d’un MAX de Lion Air, qui a tué 189 personnes.

Les troublantes similitudes entre les deux accidents mortels, peu après le décollage, avec une incapacité des pilotes à reprendre la main sur l’avion, avaient conduit les autorités de sécurité aérienne du monde entier à interdire de vol toute la flotte, et ce, pour une durée indéterminée.

Depuis des mois, le géant aéronautique américain est à la peine pour remettre en service son moyen-courrier, dont les ventes constituaient avant cette crise sa principale source de revenus.

Le logiciel anti-décrochage MCAS a été mis en cause dans les deux accidents. Mais d’autres dysfonctionnements techniques, dont un concernant des câblages électriques, ont par la suite été détectés au cours des travaux de modifications de l’appareil, ralentissant le processus de recertification.

Depuis des semaines, l’avionneur attend le feu vert des autorités pour prouver avec les vols d’essai que les modifications réalisées apportent la sécurité maximale.

Le marché semblait optimiste. L’action Boeing gagnait près de 8,5% peu après l’ouverture de Wall Street. Le constructeur est un acteur clé de l’économie américaine.

Boeing field

Les autorités de l’aviation civile ne peuvent approuver la version modifiée de l’avion qu’après avoir scruté comment l’avion se comporte en vol. Ils examineront aussi les milliers de données collectées lors de ces vols.

Pour cette raison, les essais en vol sont prévus sur plusieurs jours. Ils se dérouleront au départ de Boeing Field, non loin de Seattle.

Selon le «New York Times», c’est un pilote de la FAA qui sera aux commandes pour tester les modifications apportées à la machine et un pilote d’essai de Boeing sera également à bord.

Retard sur retard

Boeing escomptait il y a encore quelques mois une remise en service du MAX à la mi-2020, c’est-à-dire en juin. Mais la pandémie de Covid-19, qui a entraîné des restrictions de voyage et le confinement des travailleurs, est venue contrarier son calendrier.

Selon le «Seattle Times», les autorités de sécurité aérienne européenne et canadienne auraient par ailleurs exigé «de nouvelles modifications substantielles du système de contrôle en vol».

«Pour autant, les régulateurs ont convenu que Boeing sera tenu d’apporter ces modifications de conception supplémentaires (…) uniquement après la remise en service du MAX», écrit le journal américain.

Interrogé par l’AFP sur ces informations, un porte-parole de Boeing a assuré vendredi que la sécurité était «la priorité absolue» du groupe. «Nous nous engageons à répondre à toutes les questions des régulateurs et à répondre à toutes les exigences de certification et de réglementation», a-t-il ajouté.

Pour Boeing, il y a urgence à faire revoler son avion pour s’extirper d’une crise historique. Cet avion représente plus de deux tiers de son carnet de commandes. Il est donc central pour la survie à moyen terme du constructeur aéronautique qui, comme l’ensemble du transport aérien, souffre fortement de la crise du Covid-19.

Fin avril, il avait annoncé la suppression de 10% de ses effectifs, soit 16’000 emplois. S&P avait dégradé dans la foulée sa note de solidité financière de A- à BBB, la reléguant désormais à un cran de la catégorie spéculative.

Les correctifs supplémentaires exigés par les autorités étrangères pourraient ajouter des coûts substantiels au programme MAX.

Ils pourraient aussi ralentir la montée en puissance des livraisons dont Boeing a besoin pour reconstituer sa trésorerie.

(ATS/NXP)