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Le festival a dévoilé son offre… digitaleLe 54e Montreux Jazz débute vendredi avec John Lee Hooker

Privé de scène, le rendez-vous montreusien ouvre ses archives et diffuse un concert par jour sur le Net. En attendant l’été prochain, où tout reste à jouer, selon son directeur.

John Lee Hooker est mort en 2001 mais il sera sur la chaîne YouTube du Montreux Jazz vendredi, après avoir été sur la scène du Casino en 1983.
John Lee Hooker est mort en 2001 mais il sera sur la chaîne YouTube du Montreux Jazz vendredi, après avoir été sur la scène du Casino en 1983.

Le Montreux Jazz Festival (MJF) visait depuis plusieurs années une optimisation de son offre numérique: la crise du Covid lui a forcé la main. Sans live physique pour faire vibrer les salles de sa 54e édition, laquelle aurait dû démarrer vendredi, le rendez-vous de feu Claude Nobs se tourne vers ses archives et sa chaîne YouTube pour, chaque jour du 3 au 18 juillet, offrir un concert gratuit filmé et enregistré en haute qualité. Les agapes débutent avec un incunable de John Lee Hooker, capturé en 1983 au Casino. Elles s’achèveront sur l’un des grands succès de ces dernières années: Rag’n’Bone Man, revenu sur la Riviera l’année passée. Entre deux: Deep Purple, Nina Simone, Charles Mingus, Angélique Kidjo, etc. Explications du directeur Mathieu Jaton.

Comment avez-vous choisi les artistes au menu?

Avec notre partenaire Eagle Rock, qui gère les droits pour les artistes, nous avons sélectionné un mix représentatif du MJF, soit des légendes comme B. B. King et Santana, mais aussi des archives inédites comme John Lee Hooker. Et des artistes contemporains comme Tom Misch ou Rag’n’Bone Man, l’an dernier. Nous avons encore beaucoup d’inédits que nous espérons diffuser un jour, comme bien sûr les concerts de Prince ou l’intégrale de David Bowie, mais c’est un travail de longue haleine.

Au début du semi-confinement, vous avez mis à disposition gratuite une cinquantaine de concerts. Quel fut leur impact?

Énorme. Près de 100’000 personnes ont utilisé le code d’accès aux concerts auprès de notre partenaire de diffusion en ligne, Stingray. Le digital est un modèle complémentaire au live qui, cette année, prend évidemment une place inédite. On ne pouvait pas rester les bras croisés: c’est un cadeau à notre public et à nos soutiens. Mais ce n’est en aucun cas un débouché financier capable de financer les 30 millions de budget d’une édition, on ne pourra rien gagner là-dessus.

Justement, qu’en est-il de la demande d’indemnisation faite au Canton dans le cadre des mesures de crise?

Je respire depuis ce début de semaine. On a reçu la confirmation que notre demande a été acceptée, après avoir pris toutes les mesures possibles pour réduire notre dommage à 4,5 millions de francs suite à l’annulation du festival. Nous devrions recevoir un peu moins de 80% de ce dommage, comme indemnisation cantonale et fédérale. Ça ne veut pas dire qu’on a la tête complètement hors de l’eau: il restera 1,2 ou 1,5 million de pertes qu’il nous faudra trouver pour couvrir la perte résiduelle.

La situation reste très mauvaise aux États-Unis. La perspective d’un été 2021 sans festival se profile-t-elle?

Deux annulations de suite, ce n’est pas envisageable, on n’y survivrait pas. On va avancer avec des options multiples en restant ultra-attentifs, mois par mois. Mais je sais déjà qu’on va vivre un automne compliqué. Sur le papier, le Stravinski 2021 est bouclé à 80%, les concerts ont été reportés. Mais combien de tournées seront annulées? Impossible de le dire. Tout comme on ne peut pas présager des mesures sanitaires en vigueur dans une année. On ne peut pas aujourd’hui pronostiquer la configuration du festival l’année prochaine.