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Lettre du jourL’automate, les fraises et le géant

Philippe Maeder

Genève, 11 janvier

Dans la boîte aux lettres, un courrier de trois pages de La Poste m’annonce l’inauguration de la nouvelle filiale des Charmilles. Elle n’est pas très nouvelle, cette filiale, puisqu’il s’agit en réalité d’un déménagement. La Poste des Charmilles, qui fut d’un côté de la place, puis de l’autre, est installée désormais dans le centre commercial.

On m’explique que je vais largement y gagner au change, parce qu’il y aura un nouvel automate My Post 24. Grâce à cette évolution, «certaines prestations postales seront accessibles de jour comme de nuit».

Comme je rêvais de retirer des paquets à 2 heures du matin, je serai une femme comblée. Un service «très prisé et apprécié», selon la prose postale.

C’est un peu comme les fraises en hiver de l’autre géant, l’orange, celui qui est à l’étage du dessous. Le jour où je lui ai demandé la pertinence de les vendre en février, il m’a répondu que c’était une demande des clients. Très performants en matière de création de demandes des clients, les géants.

Si je comprends bien, les horaires d’ouverture des guichets sont réduits au fil du temps (à part le samedi après-midi, qui devient ouvert, je le reconnais de bonne foi), mais des automates les remplacent. Dans chaque poste ou supermarché de chaque quartier, moins de personnes mais plus de robots.

Évidemment, il y a celles qui travaillent tôt, ceux qui rentrent tard. N’est-il pas possible d’élargir les horaires des guichets en engageant? Si l’humain arrive à créer des montages financiers intraçables dans des sociétés-écrans basées dans des tas de paradis fiscaux, il doit bien être capable d’inventer un système économiquement viable pour que les géants continuent à offrir du travail à des vraies personnes à qui l’on peut dire de vrais bonjour-au revoir.

Je suis pour les framboises en été, les paquets distribués derrière cette vitre qui monte et qui descend, l’avis de ma pharmacienne, les nouvelles du chien de notre caissière, les conseils des bibliothécaires, les boîtes à échange, les tulipes dans la rue et les bons gros géants humains, locaux et durables.

Dans la boîte aux lettres, un courrier de trois pages de La Poste m’annonce l’inauguration de la nouvelle filiale des Charmilles. Elle n’est pas très nouvelle, cette filiale, puisqu’il s’agit en réalité d’un déménagement.
La Poste des Charmilles, qui fut d’un côté de la place, puis de l’autre, est installée désormais dans le centre commercial.

On m’explique que je vais largement y gagner au change, parce qu’il y aura un nouvel automate My Post 24. Grâce à cette évolution, «certaines prestations postales seront accessibles de jour comme de nuit».
Comme je rêvais de retirer des paquets à 2 heures du matin, je serai une femme comblée. Un service «très prisé et apprécié», selon la prose postale.

C’est un peu comme les fraises en hiver de l’autre géant, l’orange, celui qui est à l’étage du dessous. Le jour où je lui ai demandé la pertinence de les vendre en février, il m’a répondu que c’était une demande des clients. Très performants en matière de création de demandes des clients, les géants.

Si je comprends bien, les horaires d’ouverture des guichets sont réduits au fil du temps (à part le samedi après-midi, qui devient ouvert, je le reconnais de bonne foi), mais des automates les remplacent. Dans chaque poste ou supermarché de chaque quartier, moins de personnes mais plus de robots.

Évidemment, il y a celles qui travaillent tôt, ceux qui rentrent tard. N’est-il pas possible d’élargir les horaires des guichets en engageant? Si l’humain arrive à créer des montages financiers intraçables dans des sociétés-écrans basées dans des tas de paradis fiscaux, il doit bien être capable d’inventer un système économiquement viable pour que les géants continuent à offrir du travail à des vraies personnes à qui l’on peut dire de vrais bonjour-au revoir.

Je suis pour les framboises en été, les paquets distribués derrière cette vitre qui monte et qui descend, l’avis de ma pharmacienne, les nouvelles du chien de notre caissière, les conseils des bibliothécaires, les boîtes à échange, les tulipes dans la rue et les bons gros géants humains, locaux et durables.

Anouk Dunant Gonzenbach

6 commentaires
    Carine123

    J'aime beaucoup votre texte, beau, poétique, humain en un mot :-)