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Lettre du jourL’art de se discréditer soi-même

   

Genève, 15 octobre

On peut se réjouir à l’idée que le projet de Cité de la musique ait franchi le cap du Municipal de la Ville: une bonne chose de faite.

Je m’interroge cependant sur l’argumentaire de trois partis qui se sont employés à faire barrage. Ma perplexité tient surtout au fait que, même en m’efforçant sincèrement d’entrer dans la logique de pensée des trois familles politiques en question, je considère qu’elles viennent de renier leurs propres fondamentaux.
Examinons. L’UDC défend principalement les idées identitaires. Fort bien. Or je note que toute société se définit par sa culture, comprise comme héritage de tout un passé: la musique n’en est-elle pas partie intégrante?

Ensemble à Gauche a, de son côté, fustigé un projet jugé élitiste. Ce qui s’appelle un procès d’intention. Les initiateurs du projet, loin de vouloir créer un ghetto culturel inaccessible au commun des citoyens, ont hautement proclamé leur volonté d’ouverture: elle est exactement au centre de leurs intentions, des dispositifs qu’ils ont conçus.

C’est cependant face aux écologistes que j’éprouve le plus fort sentiment de trahison. De longue date je me suis persuadé qu’entre toutes formes de développements, celui de la culture est le seul qui ne risque pas de porter atteinte à l’environnement: la culture ne porte aucune responsabilité dans le progressif saccage auquel nous assistons. Les écolos se sont focalisés sur l’abattage d’arbres. Il semble que leur caractéristique première devrait être la capacité de se projeter dans l’avenir. Comment donc expliquer leur refus de prendre acte du fait que le nombre des arbres sacrifiés sera bien moindre que celui des arbres qui seront plantés? Est-il besoin de leur rappeler, triomphale platitude, que les arbres monumentaux que nous admirons dans nos parcs ont commencé par être petits? Voilà qui prête à ironiser, même pour qui n’est pas porté sur la polémique… Comment est-ce possible de la part d’un parti qui ne cesse d’invoquer le futur?

Les élus des trois bords susmentionnés auront perturbé bon nombre de leurs fidèles. On en vient à craindre qu’ils ne fassent que ressasser d’indigents fonds de commerce, psalmodier les litanies anciennes, céder aux lubies dogmatiques. Il est inintelligible qu’ils grimacent face à un projet manifestement d’intérêt public, comme Genève en connut peu, face à une insigne aubaine, face à la promesse de riches floraisons.

André Piguet

15 commentaires
    Oc

    Moi je vais faire le trouble fête mais qui va payer ? Que ce soit le bâtiment, l’entretien et le personnel. A l’heure où la ville et l’état disent vouloir réduire la voilure en matière financière est un projet qui va être utile à tous?