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Vraies recettes et belle céramique L’Ariana met quarante petits plats dans sa grande vaisselle

Le musée publie un livre gourmand qui marie pièces de sa collection et recettes de ses collaborateurs. Charmant!

Coupe iranienne, Xe ou XIe siècle, mariée à des böreks.
Coupe iranienne, Xe ou XIe siècle, mariée à des böreks.
MUSEE ARIANA

Comme ça, au débotté, on aurait dit que c’était les entrepôts d’Ikea qui cachaient la plus grande collection de vaisselle du canton. Pas si sûr, en fait. Le Musée Ariana abrite un stock, certes dépareillé, mais colossal: 5469 assiettes, 2120 tasses, 1805 bols, plus les soupières, terrines, sucriers, carafes… Et pas des gobelets en pyrex ou de la gamelle en inox. Ici règne la vaisselle d’art, rare, ouvragée, griffée, folle, ancienne. «On doit approcher des 20’000 pièces destinées à la table», estime Isabelle Naef Galuba, directrice de la maison. Et dire que ce fabuleux nécessaire à becqueter dans la soie ne verra plus jamais la moindre victuaille…

Mais on peut rêver. Un récent livre de cuisine, réalisé par le musée, organise la rencontre imaginaire de cette collection prestigieuse avec la vraie popote de vraies gens. Il s’appelle «Les délices de l’Ariana». Le principe? Tous les collaborateurs de l’institution ont livré une recette fétiche, familiale, patrimoniale, sophistiquée ou quotidienne, qu’ils ont associée avec une pièce du musée.

Soupière suisse

Pour son cocktail de crevettes à l’avocat, Alexis, qui est médiateur culturel, a ainsi choisi une coupe en verre vénitienne du XIXe siècle. Il ne s’embête pas, Alexis. Cécile, collaboratrice scientifique, a visé une soupière française XVIIIe pour sa minestrone Della Nonna. Quant à Julien, agent d’accueil, il a imaginé son poulet au citron blotti dans une soupière suisse 1900 au décor pétaradant.

Soupière suisse, fin XIXe.
Soupière suisse, fin XIXe.
MUSEE ARIANA

L’idée de ce catalogue gourmand a germé durant le premier confinement. «C’est un petit musée; on forme une chouette équipe», raconte gaiement la directrice. «Quand le virus nous a tous enfermés à la maison, on a cherché une manière de garder un vrai contact. D’entreprendre ensemble quelque chose de rigolo et d’intéressant.»

Le projet démarre au printemps dernier, d’abord sur les réseaux sociaux de l’Ariana sous la forme d’un feuilleton: un objet marié à une recette chaque semaine. La palette culinaire est vaste, bien des collaborateurs ayant choisi un plat de leur contrée d’origine. Voilà par exemple le madesu du Congo, ragoût de bœuf et haricots, dans sa porcelaine japonaise du XVIIe. Ou la sarma serbe (chou farci) dans sa soupière allemande XIXe à tête de chou, justement. Et le lecteur de se balader ainsi au gré des faïences, des époques, des saveurs.

Plat à rösti, Suisse, 1827
Plat à rösti, Suisse, 1827
MUSEE ARIANA

Tous les employés de l’institution avaient-ils une céramique ou un verre en tête pour accompagner leur recette? «Oui, presque tous. Et contrairement à ce qu’on peut imaginer, ce ne sont pas les gens des services scientifiques qui avaient les idées les plus précises, mais le personnel des salles, qui contemple les vitrines tous les jours», raconte Laurence Ganter, responsable de la communication du musée.

Les lentilles de Sami

Si les associations entre objets et mets résultent souvent de l’origine géographique de la pièce ou de son décor, elles ne répondent à l’occasion à nulle autre logique que celle du cœur. Comme cette délicate faïence allemande des années 30 au décor cubiste censée accueillir un très solide diplomate de Noël (confiture, kirsch, crème et tout et tout), qui doit laisser le bidon bien tendu.

Plat, Turquie, vers 1575
Plat, Turquie, vers 1575
MUSEE ARIANA

Reste la surprise people, qui se niche en page 10 du livre. Voilà «la purée de lentilles libanaises», unie à une délicieuse coupe iranienne du XIIe; une recette signée «Sami», qui est «conseiller administratif en charge du département de la culture et de la transition numérique». Vous voyez de quel Sami il s’agit? Oui, c’est notre cher maire, qui nous fait cuire des lentilles et émince des oignons pour expédier le tout dans une céramique perse autant que vintage. Trop chou. Merci Sami.

«Les délices de l’Ariana», en vente en ligne sur le site du musée www.musee-ariana.ch, 15 fr. plus frais de port.

Terrine de mariage, Russie, 1801
Terrine de mariage, Russie, 1801
MUSEE ARIANA
1 commentaire
    marcel Fallet

    magnifique publication