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La rédactionL’accord «Voldemort» avec l’Union européenne

Harry Potter a ses fans inconditionnels. La récente rediffusion de la saga à la télévision (même si elle reste bien moins savoureuse que la version écrite) l’a prouvé. Un succès à faire pâlir d’envie les supporters de l’accord-cadre avec l’Union européenne, qui cravachent pour séduire avec ce traité, dont la seule évocation suffit à donner des maux de tête. Pourquoi oser une telle comparaison? Car il y a dans la dramaturgie de nos relations avec Bruxelles quelque chose qui rappelle la trame de l’œuvre de J. K. Rowling.

Cette idée a surgi dans mon esprit il y a dix jours, lors du lancement de la campagne du Conseil fédéral contre l’initiative de l’UDC, qui veut en finir avec la libre circulation des personnes. Ce jour-là, la ministre en charge du dossier Karin Keller-Sutter avait réuni un sacré podium pour combattre le texte qui sera soumis en votation le 27 septembre. Rien de moins que les quatre représentants des deux plus grandes organisations syndicale et patronale du pays.

«Tous ont réussi un tour de force: parler de politique européenne sans parler de son dossier le plus important: l’accord-cadre, dont le but est d’assurer l’avenir des bilatérales avec Bruxelles»

Durant leur prestation, les cinq orateurs ont rappelé à quel point nos relations avec l’UE étaient importantes. Combien les bilatérales avaient été essentielles pour la place économique du pays, mais aussi pour la protection des travailleurs en raison des fameuses mesures d’accompagnement qui permettent de lutter contre le dumping salarial. Dans ces discours bien rodés, tous ont réussi un tour de force: parler de politique européenne sans parler de son dossier le plus important: l’accord-cadre, dont le but est d’assurer l’avenir des bilatérales avec Bruxelles.

C’est assez fou ce qui se passe. L’accord-cadre est devenu un bouc émissaire. Soi-disant porte ouverte aux juges étrangers et à la sous-enchère salariale, il est à ce point connoté de façon négative qu’il en est devenu un accord «dont on ne dit pas le nom». À l’image de Voldemort dans la saga de Harry Potter. Comme les protagonistes du roman, les partisans de l’accord-cadre sont terrorisés par le simple fait de dire la réalité. Ils préfèrent se taire, comme si cacher les choses suffisait à les faire disparaître pour de bon.

Vue à court terme

Cette stratégie a ses limites. Certes, elle permet de ne pas mélanger les choses. Afin de ne pas se fâcher avec notre premier partenaire économique, il faut d’abord rejeter l’initiative UDC. C’est une vue à court terme. Car dès le sort du scrutin tranché, l’accord-cadre redeviendra l’urgence en terme de relations avec l’UE. L’honnêteté politique voudrait que les opposants à l’initiative de l’UDC le rappellent lorsqu’ils louent les bilatérales. L’avenir de la politique européenne passe par là.

Harry Potter, lui, a bien compris qu’il ne suffisait pas de faire comme si Voldemort n’existait pas pour l’empêcher de revenir. Au contraire, l’unique façon de le combattre a été de le nommer par son nom. Relire la saga pour enfin oser affronter la réalité en face. Voilà un bon conseil de lecture pour l’été à l’intention de tous ceux qui militent pour de bonnes relations avec l’UE.