La statue «La Brise» ne craint pas la bise

Décryptage d'une oeuvreL'oeuvre d'Henri König ne craint pas les outrages du temps.

"La Brise" reste de pierre par tous les temps. Image: Georges Cabrera

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Alors, La Brise ou La Bise? Les Genevois ne savent pas trop sur quel pied danser lorsqu’il s’agit de nommer la statue qui se découvre à la hauteur du débarcadère des Eaux-Vives. À l’usage, La Bise l’emporte. Mais en réalité, celle qui ne craint ni les éléments ni le regard appuyé de certains passants s’appelle La Brise. Et pour cause.

À la fin des années trente, la Ville de Genève veut embellir le quai Gustave-Ador. Elle lance alors un concours avec le Département fédéral de l’intérieur. De nombreuses maquettes de sculptures sont soumises en 1938 au jury, mais celui-ci n’arrive pas véritablement à trancher. Parmi ces projets, deux portent le même nom: il y a La Bise de Maurice Sarkissof et celle d’Henri König.

Pour les distinguer, le jury ajoute un numéro 1 à l’œuvre de Sarkissof et un 2 à celle de König. Puis un deuxième concours d’aménagement urbain est organisé en 1939, réunissant les quatre lauréats du premier tour ainsi que tous les sculpteurs genevois et les artistes confédérés établis à Genève.

Henri König doit alors changer le nom de sa création. Le jeune artiste opte pour La Brise. C’est elle qui sera classée au premier rang du concours, son auteur étant recommandé pour l’exécution de l’œuvre offerte par la Confédération.

Sculptée en granit clair, la statue est installée sur le quai Gustave-Ador en mars 1941. Très vite, elle fait polémique. Les uns l’estiment bien trop dénudée, voire impudique: ses seins libérés attirent tous les regards du débarcadère, tandis que les Eaux-Vives n’ont d’yeux que pour ses fesses.

Les amis des beaux-arts critiquent son esthétisme, sa disproportion entre le buste et les jambes. Certains enfin ne digèrent pas que la pose de La Brise intervienne en même temps que l’abattage d’une allée de platanes. Mais la belle affranchie s’en moque et résiste plutôt bien aux outrages du temps.

Pour la petite histoire, une autre statue d’Henri König, réalisée d’après une de ses maquettes d’origine, et nommée La Bise, se tient dans le parc de la Mairie à Vernier. Ce bronze résiste à la force des vents contraires, les mains derrière la tête.

Créé: 08.12.2017, 17h19

Le geste de la jeune femme est assez surprenant. On dirait qu’elle soulève ses jupons encombrants pour mieux avancer. Mais cette entrave n’en est pas une puisqu’elle laisse sa croupe à l’air! Le tissu tenu ne cache donc rien. Il occupe tout au plus les fortes mains de la femme en marche, donnant du mouvement à ce drap chiffonné par le vent. À moins qu’il ne soit ce linge de bain dont on se débarrasse au plus vite avant de se jeter à l’eau.

La draperie qui masque une partie des jambes ondule légèrement et laisse entrevoir des pieds étonnamment larges et massifs, faits pour ancrer cette femme de pierre dans le socle. Cette base, de taille imposante, rend La Brise moins accessible aux passants entreprenants, et lui donne l’élan nécessaire pour son envol.

Que fixe-t-elle, de son regard qui porte au loin? Les flots? Le Jura? Son visage, un peu rude, exprime une force tranquille. Ses cheveux libres, caressés par le vent, renforcent l’impression que la jeune femme est en marche. Vers qui? Vers quoi?

Les seins pointés fièrement vers le large, les épaules dégagées et la taille marquée, La Brise assure le spectacle. Rien ne semble l’affecter. Elle reste de pierre face aux frimas, aux regards égrillards, aux quolibets. Mieux: cette jeunesse de 76 ans ne vieillit pas et trouble encore la vue des promeneurs.

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