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Lettre du jourLa souveraineté alimentaire

Jean-Paul Guinnard

Genève, 13 octobre

Née au lendemain de la Seconde Guerre, l’agence des Nations Unies en charge de la politique agricole mondiale (FAO) célèbre aujourd’hui son 75e anniversaire sur un bilan alarmant.

Plus de 3 milliards de personnes (40% de l’humanité) n’ont pas accès à une alimentation en quantité suffisante et nutritive. 690 millions de personnes souffrent de la faim, un chiffre en augmentation depuis 2014; 130 millions s’y ajouteront fin 2020 à cause de la pandémie.

Les conséquences sont catastrophiques avec l’impact morbide sur la santé et l’explosion des conflits. Le Prix Nobel de la paix 2020, octroyé au Programme mondial pour l’alimentation, souligne le rôle fondamental de la nourriture pour le développement et pour apaiser les relations.

Les aberrations du système alimentaire résultent de l’essor de la production agro-industrielle. Elle engendre une surproduction d’aliments de faible qualité nutritive, fait chuter les prix au détriment des producteur·trice·s, participe au changement climatique et élimine la biodiversité. Même en Suisse, ce système marginalise les producteur·trice·s, qui disparaissent au rythme de près de 1% par an.

Les États ont avalisé cette logique sociale et écologique prédatrice. La Suisse s’est ainsi lancée dans une série d’accords commerciaux globaux ou bilatéraux qui facilitent l’accès au marché suisse des productions agro-industrielles du Sud implantées sur des milliers d’hectares en péjorant nos productions locales.

En votant pour l’initiative sur la souveraineté alimentaire à plus de 60% en 2018, la population du canton de Genève exige de sortir de cette logique mortifère. C’est le sens de motions sur l’alimentation déposées par les Vert·e·s au Conseil municipal des 6 et 7 octobre 2020. Soutenue par un large spectre de partis politiques, la motion sur la souveraineté alimentaire demande que la Ville de Genève établisse une politique d’achats alimentaires responsable pour soutenir l’agriculture de proximité.

Deux autres motions complètent l’action des Vert·e·s: adapter nos régimes alimentaires au contexte du changement climatique et éduquer à l’alimentation pour recréer le lien entre la production et l’assiette.

Denis Ruysschaert