Mission impossibleLa réforme européenne de l’asile à l’épreuve du poids de l’extrême droite
Une réunion des ministres de l’Intérieur des 27 aura lieu ce jeudi en Suède, afin de trouver consensus sur un meilleur partage des responsabilités quant à l’accueil des demandeurs d’asile.

Huit ans après la crise des réfugiés de 2015, l’Union européenne bute toujours sur une réforme de son système d’asile, au moment où les arrivées de migrants repartent à la hausse sur le continent.
Et le poids de l’extrême droite dans plusieurs pays européens complique encore les perspectives de consensus sur un meilleur partage des responsabilités au sein de l’Union dans l’accueil des demandeurs d’asile.
La question migratoire, plus spécifiquement celle des renvois de personnes en situation irrégulière vers leur pays d’origine, sera jeudi au menu d’une réunion des ministres de l’Intérieur en Suède qui assure la présidence semestrielle du Conseil de l’UE et mène donc les négociations sur les dossiers européens jusqu’à fin juin.
Dans ce pays scandinave qui portait une politique d’asile parmi les plus généreuses du continent jusqu’en 2015-2016, le gouvernement s’appuie depuis octobre sur une alliance sans précédent avec le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède (SD).
L’accord de majorité passé entre les trois partis au gouvernement et SD «durcit encore l’approche restrictive» sur l’immigration adoptée par le précédent gouvernement social-démocrate, souligne l’expert Bernd Parusel, de l’Institut suédois d’études politiques européennes, interrogé par l’AFP.
Il vise «à réduire l’immigration autant que possible», et le gouvernement et ses alliés «ne vont certainement pas vouloir d’un compromis (européen) susceptible d’accroître le nombre de demandeurs d’asile en Suède», poursuit-il.
- «Pas d’accueil obligatoire» -
Ludvig Aspling, député SD et porte-parole de ce parti sur les questions migratoires, le confirme: «Nous n’avons pas de problèmes pour des coopérations sur le contrôle aux frontières ou la lutte contre l’immigration clandestine dans notre région proche, mais clairement nous ne voulons aucun accueil obligatoire de migrants», explique-t-il à l’AFP.
Dans l’immédiat, la présidence suédoise du Conseil de l’UE veut œuvrer à faire augmenter les renvois des migrants en situation irrégulière vers leur pays d’origine, alors qu’au niveau européen, seules 20% des décisions de «retour» sont effectivement mises en œuvre.
Certains volets du Pacte sur la migration et l’asile présenté par la Commission en septembre 2020 connaissent certes des avancées, notamment l’élargissement du champ d’Eurodac, la base de données européenne contenant les empreintes digitales des migrants en situation irrégulière et des demandeurs d’asile. Ou la mise en place d’un nouveau filtrage obligatoire préalable à l’entrée d’un migrant dans l’UE.
Mais la perspective d’aboutir à une adoption de l’ensemble du pacte avant les élections européennes de 2024, comme s’y sont engagés le Parlement et le Conseil de l’UE, est une mission pour le moins incertaine.
Car le point le plus épineux, la réforme du système de Dublin et la répartition des demandeurs d’asile entre les pays de l’UE, reste bloqué.
«Sur ce point on voit qu’il y a encore un profond désaccord entre Etats membres», commente Helena Hahn, experte en questions migratoires au European Policy Centre (EPC).
D’un côté les pays méditerranéens, qui se plaignent du poids que fait peser sur eux le règlement de Dublin en vertu duquel le pays d’arrivée d’un migrant dans l’UE est chargé de traiter sa demande d’asile. Ils réclament des «relocalisations» de ces requérants vers d’autres pays de l’UE.
«Systèmes sous pression»
Les pays du Nord sont quant à eux préoccupés par les mouvements secondaires, c’est-à-dire voir arriver sur leur sol de nombreux demandeurs d’asile déjà enregistrés dans un autre pays ou dont la requête y a été rejetée. Et les États comme la Pologne et la Hongrie notamment ne veulent pas entendre parler de relocalisations.
Bernd Parusel se dit «de plus en plus sceptique» sur la possibilité d’aboutir à un «véritable nouveau système de partage des responsabilités», et s’attend plus à un «compromis à portée réduite».
Or le besoin d’une réforme se fait pressant, alors que l’UE est confrontée à une hausse des arrivées: 330’000 «entrées irrégulières» en 2022, son niveau le plus élevé depuis 2016, selon l’agence Frontex.
Quelque 924’000 demandes d’asile ont été enregistrées en 2022, soit une hausse de 50% sur un an, selon la commissaire européenne aux Affaires intérieures Ylva Johansson, qui a souligné qu’en outre, quatre millions de réfugiés ukrainiens étaient accueillis dans l’UE.
«Cela met nos systèmes sous une forte pression», a reconnu la commissaire suédoise.
AFP
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