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ChroniqueLa preuve qu’en plus, le virus rend fou

En fait, l’été s’est passé moins mal que prévu. Les Suisses ont découvert que leur pays était parfaitement fréquentable, voire idyllique, même pendant les vacances. Le ciel était d’un bleu grec quasi tous les matins. Alémaniques et Romands se sont tombés dans les bras par-dessus le Röstigraben. Les conférences de presse anxiogènes de nos gouvernants divers se sont espacées. On se mettait déjà à rêver d’un retour à un peu de normalité. Puis il y eut la rentrée. Solide coup de bambou sur la tête. Non seulement le virus est durable, mais il nous offre ces temps une vilaine démonstration de virulence.

Le regain infectieux s’est évidemment accompagné d’une avalanche de mesures prises dans le désordre le plus total. Qui s’y retrouve encore? Personne. Sans vouloir jeter la pierre à nos petites et grandes autorités, le chaos est monstre. Chaque nouvelle disposition en contredit une autre. Exemple: Berne lâche du lest, autorisant bientôt des rassemblements de plus de 1000 personnes, tandis que Genève réduit les sous-groupes de 300 à 100 et limite les réunions privées. Et on ne parle pas des masques.

À l’heure où chaque État dresse sa liste de pestiférés préférés pour les mettre en quarantaine, on touche carrément à l’absurde. Les premiers à nous surprendre furent les Belges. Ils ont mis Vaud, Valais et Genève sur la liste des régions prohibées. Les deux premiers cantons ont fini par se racheter. Mais on ne sait toujours pas ce qui advient d’un Belge qui a passé ses vacances à Villars puis passe par Genève pour monter dans un avion.

La Suisse en a pris de la graine. La nouvelle règle d’or: au-dessus de 60 nouveaux cas pour 100’000 habitants pendant quatorze jours consécutifs, on ne franchit pas nos frontières sans respecter une quarantaine de dix jours. Au dernier relevé, il y a 53 pays sur la liste rouge. Vous arrivez, au hasard, du Belize, du Swaziland ou des îles Féroé, et hop, au coin. Si vous feintez, il vous en coûtera jusqu’à 10’000 francs d’amende. On s’en moque.

Avec la rentrée, un nouveau palier vient d’être franchi. Notre grand voisin hexagonal dépasse depuis de quelques jours le 60/100’000. En toute bonne logique, la France devrait être rajoutée à la liste toxique. Sauf qu’on parle d’un gros poisson et le Conseil fédéral hésite depuis des jours. Ô combien on le comprend. Genève, avec ses 85000 frontaliers qui finiraient tous en quarantaine, se retrouverait à l’arrêt. Fermés, les hôpitaux, restaurants, horlogers, secteurs informatiques des banques. Ce serait le K.-O. technique.
Mais pas de panique. Berne finira bien par comprendre nos différences et, si le gouvernement passe à l’action, il nous mijotera à coup sûr plein d’exceptions pour ne pas entraver «nos» frontaliers.

C’est bien, mais totalement incohérent. Ainsi, le frontalier peut aller travailler, mais le Genevois ne peut pas visiter son vieux père de l’autre côté de la frontière. Le sanitaire est sacrifié à l’économie. Non moins déroutant: un serveur frontalier d’Annecy revenant d’une zone à haut risque dans le Midi sera le bienvenu à Genève pour reprendre le travail. Son ami de voyage genevois se fera en revanche harponner à la douane.

Enfin et surtout, on semble avoir oublié que le taux de nouveaux cas est plus élevé à Genève (90/100’000 environ) que dans les départements voisins français. En conséquence, les frontaliers devraient être mis en quarantaine, certes, mais en rentrant chez eux et non en se rendant à Genève. Le monde à l’envers. Et la preuve qu’en plus, le virus rend fou.

12 commentaires
    Marc Schindler

    Cher confrère, vous en jugez avec commisération du haut de votre direction du Club de la Presse; Ah, si vous étiez ministre de la Santé ! Le virus ne rend pas fou, il tue. Et ceux qui doivent décider avancent à tâtons dans le brouillard. Je ne les envie pas.