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Animaux de compagnieLa pandémie multiplie les adoptions de chiens et de chats

En 2020, les Suisses ont accueilli davantage de bêtes à poil que les années précédentes. En cause: le confinement, l’isolement et la fin des voyages.

Confinement et télétravail favorisent le rapprochement avec les compagnons à quatre pattes.
Confinement et télétravail favorisent le rapprochement avec les compagnons à quatre pattes.
PHOTO: GETTY IMAGES

Le regard en amande encadrant un irrésistible museau pointu, «Javel» s’est installée chez Katia dimanche dernier. En accueillant cette minette couleur de lait, la Genevoise concrétise une ancienne envie: «Je me suis toujours vue vieillir avec un chat, explique la bientôt sexagénaire. Une portée est née chez mon frère, j’ai craqué!» Si elle mûrissait ce projet depuis longtemps, le marasme causé par la pandémie l’a poussée à franchir le pas: «Le télétravail, les mauvaises nouvelles et le besoin de nature donnent envie de se tourner vers un petit animal affectueux.»

Comme Katia, beaucoup de Genevois ont récemment décidé d’ouvrir leur maison à un compagnon à quatre pattes. Au début de l’automne, la famille de Sophie s’est agrandie de la féline présence de «Dracula» et «Moustache», tandis que «Raya», une chienne cavalier king Charles d’aujourd’hui 6 mois, ajoute depuis juillet encore un peu d’exubérance sous le toit de Franca, qui abrite déjà trois enfants. Le phénomène s’avère général en Suisse, à l’instar d’autres pays: en 2020, les spécialistes observent une forte hausse des demandes d’adoption ou d’achat d’animaux domestiques. «Cela s’est vérifié dans les refuges, mais aussi parmi les éleveurs et dans les animaleries», révèle Helen Sandmeier, de la Protection suisse des animaux (PSA).

Triplement des requêtes

Chez SOS Chats, à Genève, Valérie Derivaz constate actuellement un triplement des requêtes quotidiennes: «Par courriel, nous recevons une quinzaine de demandes par jour, affirme la présidente du refuge. Et ce chiffre double ou triple si nous publions une photo de chaton. L’an passé à la même époque, il s’élevait à environ cinq sollicitations journalières.» Tout en précisant que le phénomène demeure difficile à quantifier précisément, puisque les placements sont stables et les abandons ne se multiplient pas.

«En temps de crise, les animaux offrent un soutien émotionnel contre la solitude et l’ennui.»

Fondation Quatre pattes

Les Helvètes se sont également tournés vers les plateformes de petites annonces afin de dénicher le complice à fourrure idéal. En regard de la même période il y a un an, Tutti.ch note une hausse de 80% dans les recherches liées aux chiens entre mars et octobre 2020, et de plus de 90% concernant les chats – même «les moutons, les clapiers à lapins, les tortues et les poules» ont vu leur cote monter selon le site.

Anibis.ch enregistre les mêmes courbes ascendantes: de la fin mars au mois de mai 2020, les recherches d’animaux et d’accessoires pour animaux ont augmenté de 13%, pour se hisser à 28% de plus entre juin et août, avec un net avantage de Mistigri sur Médor. «Les chats sont beaucoup plus autonomes que les chiens, justifie Sandro Zosso, directeur d’anibis.ch. Contrairement à la France, les promenades n’étaient pas exclusivement réservées aux propriétaires canins, ce qui a probablement eu un impact sur le type de compagnon recherché.»

Conserver un lien

Ce spectaculaire engouement ne surprend guère les experts des relations entre hommes et bêtes, alors que le coronavirus a fortement chamboulé les existences. «Au niveau scientifique, il a été prouvé que l’aspect le plus important corrélé à la qualité de vie est le réseau social, souligne Rachel Lehotkay, psychologue et présidente de l’Association suisse de zoothérapie. Or ce dernier s’est réduit comme peau de chagrin. Le contact avec les autres a beaucoup diminué, l’enfermement isole: les gens prennent un animal pour leur tenir compagnie et conserver un lien affectif.»

«En temps de crise, les animaux offrent un soutien émotionnel contre la solitude et l’ennui, renchérit l’antenne suisse de la fondation Quatre pattes, organisation internationale de protection des animaux. Leur présence réduit le stress et a une influence positive sur la santé mentale.» La plupart du temps, la démarche ne tombe pas du ciel: les personnes qui se choisissent aujourd’hui un compère câlin ont déjà sérieusement envisagé l’option. Cela fait belle lurette que Sophie, par exemple, rêvait de chats. Toutefois, le chômage partiel, en lui offrant un peu de temps, lui a permis de formuler clairement son projet. Franca, elle, met en avant l’immobilisme auquel la pandémie l’a contrainte: «Le fait de ne pas pouvoir partir en vacances cet été a fait la différence: ç’aurait été compliqué avec un chiot. Sinon on aurait sans doute attendu encore un peu.»

Relevons, enfin, un corollaire piquant à l’intérêt porté aux bêtes: il fait le beurre de l’industrie agroalimentaire. Durant les neuf premiers mois de l’année, les produits pour animaux de compagnie sont ceux qui ont le plus contribué à la croissance des ventes chez Nestlé…

5 commentaires
    Dall'Aglio Andrée

    Et comme je suis heureuse d'avoi ré-adopté une chatte après la mort de ma précédente "amie" de 17 ans, en 2019. Minette a 9 ans, c'est un amour, elle avait perdu son "maître" précédent. Quel bonheur et quel réconfort depuis tous ces mois de confinement, semi ou entier ! N'oubliez pas la SPA, et tous mes voeux pour vos prochaines adoptions (quoique... ce sont plutôt nos chat-tes qui nous "adoptent" !)