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L’éditorialLa nuit, la fête, les jeunes: les mal-aimés

Après l’urgence, le temps de la nuance? Priés d’attendre des jours meilleurs avant d’espérer ouvrir à nouveau leurs portes, les lieux de fête nocturne n’ont plus d’autre choix que l’expression du dépit.

C’était une lettre ouverte lancée il y a une semaine, pour raconter un milieu et son économie, «À bout de souffle». Ici, les boîtes de nuit sont rejointes par d’autres acteurs de la cité, les salles de concert rock notamment. Chez elles aussi on joue debout, et l’on danse après le concert, et l’on trinque, et l’on s’amuse. Merci la nuit.

Tellement futile, la nuit… Tellement accessoire. N’est-ce pas? Prenez les termes «nuit», et «jeune» – on sait combien les jeunes aiment la nuit. Ajoutez-y la «fête». Voilà qui fait un beau cluster de contamination, nous dit-on. Et pourtant, il n’y a pas plus précautionneux que les clubs en matière d’exigences sanitaires. Ces clubs qui ont pris dès le début de la pandémie leurs dispositions afin de satisfaire aux exigences fédérales et cantonales.

Des préjugés sur le monde de la nuit et leurs conséquences sur les décisions cantonales pour endiguer le Covid-19: voilà ce que met en exergue l’analyse de la géographe genevoise Marie-Avril Berthet, spécialiste de la vie nocturne. Urgence sanitaire il y a eu, et la crise reste pendante, et le mal vibrionnant. Dans un même temps, les stéréotypes qui collent à la nuit jouent en sa défaveur, alimentés par l’ignorance de nos autorités sur le sujet.

Comment distinguer cette critique des poussées de scepticisme à tendance complotiste? Contrairement aux initiateurs de la manifestation anti-masque prévue samedi à Genève, l’analyse de Marie-Avril Berthet ne remet pas en cause les mesures sanitaires. Ce qu’elle met en lumière, ce sont les inégalités dans leur application. Rarement l’on vit disparités plus criantes.