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FranceLa mère d’Alexia veut le faire «craquer»

L’audition des parents de la jeune femme tuée par son mari Jonathann a été repoussée à mercredi. La mère d’Alexia veut lever les dernières zones d’ombre de ce drame.

Un dessin de Jonathann Daval devant les juges, 16 novembre 2020.
Un dessin de Jonathann Daval devant les juges, 16 novembre 2020.
AFP

Ils devront patienter: l’audition très attendue des parents d’Alexia D., qui entendent demander à Jonathann «pourquoi» il a tué leur fille en 2017, a été repoussée à mercredi. Les débats devant les assises de la Haute-Saône ont pris trop de retard mardi.

Un seul expert auditionné, mais une audience qui s’éternise: à 17h, le président de la Cour, Matthieu Husson, a dû se résoudre à chambouler le planning. «Les dépositions d’Isabelle et Jean-Pierre F., Stéphanie et Grégory G. (la sœur d’Alexia et son mari, ndlr) n’auront lieu que» mercredi, a-t-il annoncé.

Une décision saluée par les parties civiles, soulagées de ne pas avoir à déposer en début de soirée, au terme d’une journée marathon épuisante.

«Il n’était pas pensable que les parties civiles, avec l’impact et le poids que cela comporte, puissent être entendues à 7 heures, 8 heures ou 9 heures du soir», a réagi l’un de leurs avocats, Me Jean-Gilles Portejoie.

Déposition attendue

La déposition des parents d’Alexia est d’autant plus attendue que sa mère, Isabelle F., avait annoncé dès l’ouverture du procès lundi son intention de profiter de son audition, initialement prévue mardi à 16h, pour interpeller directement son ancien gendre, le faire «craquer» et lever les dernières zones d’ombre de ce drame.

«Je sais que c’est une journée très importante, que c’est le jour ou jamais» pour lui dire «tout ce que j’ai sur le cœur», a souligné Isabelle Fouillot qui avait déjà arraché des aveux à celui qu’elle considérait comme son fils.

La mère d’Alexia  veut le faire «craquer»
La mère d’Alexia veut le faire «craquer»
AFP

«A chaque fois qu’elle a rencontré (Jonathann), il s’est passé quelque chose», avait souligné Me Portejoie, comme lorsqu’elle avait arraché de nouveaux aveux lors d’une audition bouleversante en décembre 2018.

La défense de M. Daval a demandé que cette audition, enregistrée dans le cabinet du juge d’instruction, soit visionnée avant l’audition de Mme Fouillot.

Audience cruciale

L’audience de mercredi s’annonce donc cruciale car l’accusé doit aussi, sauf nouveau retard, être longuement interrogé dans l’après-midi.

Mardi, la journée a été intégralement consacrée à l’audition d’experts, dont une très longue d’Antoine Tracqui, le légiste qui a autopsié Alexia et a mis à mal la thèse avancée par les parties civiles d’un viol post mortem de la jeune femme par Jonathann.

Cette piste n’avait pas été retenue par l’instruction et n’est pas reprochée à Jonathann Daval qui répond exclusivement de «meurtre sur conjoint», fait pour lequel il encourt la réclusion à perpétuité.

Pour le Dr Tracqui, les choses sont claires : l’autopsie ne met en évidence aucune «preuve d’un rapport sexuel post mortem». Cette hypothèse est désormais «totalement évacuée des débats», s’est félicité Me Randall Schwerdorffer, l’avocat de Jonathann Daval.

Prise de médicaments

L’audience s’est aussi enlisée autour de la question de la prise, volontaire ou non, de médicaments par Alexia, alors que les parties civiles soutiennent que Jonathann a volontairement drogué sa femme.

Là encore, les conclusions du légiste n’ont pas confirmé cette piste, également écartée par l’enquête. «Il n’y a effectivement aucune certitude mais rien non plus ne permet de la balayer d’un revers de main», a réagi sur BFMTV Me Caty Richard, conseil des parties civiles.

Dans la matinée, les parents d’Alexia avaient quitté la salle lors de la lecture du rapport d’autopsie.

«Sitôt qu’on parle de ma fille dans des termes de légiste, le massacre qu’elle a subi, je ne peux pas écouter», a déclaré Isabelle Fouillot, en sanglots. «On parle d’un corps déchiqueté, d’un pied enlevé, d’ongles retournés, amputés, c’est de ma fille, c’est d’un être humain qu’on parle, c’est pas d’un bout de viande».

Jonathann s’est lui bouché les oreilles à plusieurs reprises et s’est recroquevillé dans son box, jusqu’à presque disparaître.

Aveux

Le trentenaire, qui a livré sept versions des faits pendant l’instruction, avait de nouveau assumé lundi avoir tué sa femme, employée de banque de 29 ans retrouvée morte le 30 octobre 2017 dans un bois près du domicile conjugal à Gray-la-Ville (Haute-Saône).

Il avait donné l’alerte, affirmant qu’elle n’était pas revenue d’un jogging. Interpellé en janvier 2018, Jonathann avait reconnu le meurtre après de multiples revirements, avouant également avoir incendié le corps.

Selon lui, le drame s’est noué lors d’une dispute, alors que le couple rencontrait d’importantes difficultés à avoir un enfant. Me Schwerdorffer a rappelé mardi que, lors de l’instruction, son client avait affirmé que sa femme l’avait alors «mordu» et «insulté».

«Ça m’a mis hors de moi», avait justifié durant l’enquête Jonathann Daval qui avait confié avoir frappé et étranglé Alexia «pour qu’elle se taise», réfutant toute intention homicide.

Le verdict est attendu vendredi.

ATS/NXP