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Face à faceLa loi sur le CO2

Herrmann

La loi sur le CO2, adoptée en septembre par le parlement, introduit taxes et mesures pour réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. Cette loi ne va pas assez loin pour Franziska Meinherz, militante de Grève pour le climat, alors qu’elle est un premier pas nécessaire pour la conseillère aux États Lisa Mazzone, des Verts.

Non à une loi injuste et inefficace

Franziska Meinherz, membre Grève du climat et SolidaritéS

Patrick Martin

Le 2 octobre, des collectifs de la Grève du climat ont lancé le référendum contre la loi sur le CO2. Ces collectifs peuvent compter sur le soutien de plusieurs organisations de la gauche radicale, dont SolidaritéS.

La loi sur le CO2 définit les lignes de la politique climatique de la Suisse pour les dix prochaines années. Bien que cette loi soit censée mener la Suisse sur une trajectoire qui lui permette de respecter l’accord de Paris et donc de limiter le réchauffement climatique à moins de 1,5°C, il est évident qu’elle ratera cet objectif. Même les partisan·e·s de la loi l’admettent, mais insistent que cette loi constitue tout de même un premier pas dans la bonne direction. Or, c’est faux.

Pour respecter l’accord de Paris, il faut atteindre la neutralité carbone en 2050 au plus tard.

Pour y arriver, il faut radicalement transformer les secteurs les plus polluants, afin de réduire leurs émissions. Mais la loi sur le CO2 mise principalement sur des mesures de compensation et le commerce des certificats d’émission. Ce sont deux outils qui permettent aux grands groupes pollueurs de s’acheter le droit de polluer, alors que les petites entreprises, qui ne contribuent guère au réchauffement climatique, seront obligées de payer plein pot. C’est non seulement injuste, c’est aussi inefficace: il n’est pas possible de compenser pour les émissions des grands pollueurs en s’attaquant seulement aux petits pollueurs. Dans cette même logique, la loi prévoit d’effectuer 25% des réductions d’émissions à l’étranger. Ainsi, au lieu d’assumer sa responsabilité, la Suisse demande à d’autres pays de faire les efforts de réduction à sa place.

De plus, la loi épargne le secteur de la finance, alors qu’il pollue 22 fois plus que toute la population et l’industrie suisse ensemble. En revanche, la loi prévoit des taxes dites incitatives qui visent les consommateurs individuels.

Mais tout comme les autres mesures, ces taxes sont à la fois injustes et inefficaces: elles rendent la vie plus chère pour les classes populaire et moyenne, mais n’augmentent pas suffisamment les prix pour que les ménages aisés, qui sont principalement responsables de l’empreinte carbone de la Suisse, changent leurs habitudes.

Ainsi, la loi sur le CO2 perpétue le statu quo. Elle protège avant tout les intérêts économiques des grandes entreprises polluantes et du secteur financier. Elle permet ainsi à la Suisse de prétendre qu’elle a une politique climatique; or, elle n’en a pas. C’est pourquoi il est essentiel de soutenir le référendum lancé par des grévistes du climat: en luttant contre cette loi, nous ne pouvons que gagner.

Cette loi est une mascarade. Si elle est acceptée, pendant dix ans, nous continuerons sur le chemin actuel, qui nous mène droit vers la catastrophe climatique.

Ce sera aux populations menacées par les feux, inondations et sécheresses toujours plus fréquents d’en payer le prix, et aux ménages avec un revenu faible d’en porter le coût.

Premier pas nécessaire pour le climat

Liza Mazzone, conseillère aux Etats Les Verts

Laurent Crottet

L’urgence climatique a des conséquences brutales en Suisse et à l’étranger. Canicules, sécheresses ou glissements de terrain créent des dégâts humainement et économiquement dramatiques et mettent en péril notre agriculture. Il est urgent d’agir.

Le parlement fait un premier pas, après trois ans de travaux. Un pas insuffisant, mais important. La nouvelle loi CO2 fait plus que doubler la protection climatique. À l’image d’un couteau suisse, elle apporte des réponses dans les différents domaines: la mobilité, les bâtiments et surtout la finance et le trafic aérien qui, pour la première fois, sont concernés par les mesures climatiques.

Pour atteindre une diminution des émissions de CO2 de moitié en 2030, on s’appuie sur de nouvelles normes environnementales – les voitures neuves devront émettre deux fois moins qu’aujourd’hui d’ici là et il deviendra très difficile d’installer de nouveaux chauffages à mazout après 2025 –, des taxes incitatives et la promotion des alternatives. Alors que les ménages à bas revenu consomment en général moins, cette loi leur est profitable.

Chaque année, vous recevez environ 80francs de déduction de votre prime d’assurance maladie, qui correspondent à la redistribution de la taxe CO2 sur le mazout, le gaz et le charbon. Le principe est simple: moins on pollue, moins on paie de taxe et plus on y gagne. Il s’agit d’éco-bonus. Deux tiers de cette taxe sont redistribués à la population et aux entreprises, le reste soutient les rénovations énergétiques, ce qui permet de diminuer sa consommation pour le chauffage. La taxe CO2 actuelle pourrait augmenter graduellement, dans le cas où les objectifs ne sont pas atteints.

Sur le même modèle, la loi introduit une taxe sur les billets d’avion et les jets privés, comme dans de nombreux pays européens, corrigeant en partie le privilège dont jouit l’aviation aujourd’hui, alors que le kérosène, contrairement à l’essence, n’est pas taxé. Le train devient ainsi plus attractif. La moitié des recettes soutiendra d’ailleurs les trains de nuit et l’innovation, l’autre moitié sera redistribuée à la population. Selon les projections, cette taxe sera financièrement bénéfique aux 90% de la population qui volent le moins. Enfin, le centime climatique sur l’essence augmentera à un maximum de 12centimes par litre d’ici à 2030. Dans le même temps, les voitures deviendront toujours plus efficaces, ce qui diminue la facture. C’est le but des éco-bonus: diminuer la consommation.

Le référendum mené en tête par l’UDC et les lobbys des énergies fossiles est dangereux. S’il est accepté, nous perdons trois ans et nous courons le risque certain que la politique climatique soit revue à la baisse. La politique se montre lente pour protéger le climat. Mais toutes les mesures proposées dans cette loi vont dans la bonne direction. C’est pourquoi je m’engage pour ce premier pas. Tout en préparant la suite: les Verts ont d’ores et déjà déposé des propositions pour aller plus loin. Et c’est grâce à la mobilisation qu’on fera le pas suivant, plus grand.