La guerre larvée Suisse-UE commence ce lundi matin

MarchésL’Union européenne dénie l’équivalence boursière à la Suisse. Celle-ci riposte par un plan B. Une escalade est de plus en plus probable.

Pour le commissaire de l’UE Johannes Hahn, la Suisse 
a besoin d’un «coup de semonce»

Pour le commissaire de l’UE Johannes Hahn, la Suisse a besoin d’un «coup de semonce» Image: Keystone

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La guerre est déclarée. Dès ce lundi matin, l’Union européenne (UE) n’accorde plus l’équivalence boursière à la Suisse. Une démarche hostile qui traduit l’exaspération de l’UE. Celle-ci ne comprend pas pourquoi le gouvernement suisse «traîne les pieds», selon une lettre peu amène du commissaire européen Johannes Hahn à son chef Jean-Claude Juncker. Il considère dès lors que notre pays a besoin d’un «coup de semonce» pour se bouger.

Ce coup de semonce, c’est la non-reconnaissance boursière. Elle ne repose sur aucune justification technique, car la Bourse suisse remplit tous les critères.

Que va-t-il se passer dès ce lundi? L’UE espère affaiblir la Bourse suisse par sa décision de non-reconnaissance. Pour contrecarrer cet objectif, le Conseil fédéral a adopté un plan B qui s’applique aussi dès ce lundi.

Que prévoit ce plan B? Il vise à rapatrier le négoce des actions suisses sur des plates-formes helvétiques. Comment? En obligeant les plates-formes financières étrangères voulant négocier des actions suisses à demander une reconnaissance auprès des autorités helvétiques. Cette démarche sera une simple formalité pour New York ou Singapour. En revanche, les plates-formes de l’UE ne seront pas agréées faute de reconnaissance mutuelle.

Escalade politique

Selon les spécialistes bancaires, il ne devrait pas y avoir de conséquences spectaculaires de cette «guéguerre» sur les marchés. En revanche, au niveau politique, cela enclenche une escalade.

Le parlement suisse a d’ores et déjà prévu de riposter sur un autre dossier. Il entend geler l’aide de 1,3 milliard sur dix ans aux pays de l’Est de l’UE. Réunie en congrès samedi, l’UDC veut même aller plus loin. Après avoir dénoncé le «chantage minable et l’attitude impérialiste de Bruxelles», elle exige que le milliard de francs soit versé à l’AVS.

Cette proposition iconoclaste n’a aucune chance d'être acceptée. Mais la grogne grandit dans les partis à l’égard de la Commission européenne. Même dans une formation centriste comme le PDC; son président, Gerhard Pfister, dans une interview accordée au «SonntagsBlick», manifeste clairement son mécontentement: «L’UE serait bien inspirée de ne pas considérer la Suisse comme une profiteuse, mais comme un partenaire fiable qui respecte les contrats et qui paie bien. Le fait que l’UE n’accorde plus l’équivalence boursière diminue les chances d’un soutien majoritaire à l’accord institutionnel. Si l’UE veut vraiment cet accord, elle doit grandement changer d’attitude.»

Éléments «toxiques»

Que veut dire par là le président du PDC? Il estime que l’accord institutionnel n’a aucune chance devant le peuple si des éléments «toxiques» ne sont pas améliorés dans l’accord-cadre. Il fait référence à la protection des salaires, à la reprise dynamique du droit européen sous l’égide de la Cour européenne de justice et, enfin, à la directive sur la citoyenneté des citoyens UE. Il y voit un problème de compatibilité avec la souveraineté suisse.

Il est douteux cependant que l’UE change de cap. Elle considère par exemple le 1,3 milliard de francs d’aide comme un ticket d’entrée à son marché intérieur. Elle pourrait donc déclencher d’autres mesures de rétorsion sur la mise en conformité du matériel médical ou sur l’appartenance de la Suisse au programme européen de recherche. Pendant l’été, les élus suisses vont encore se pencher sur la libre circulation des personnes avec l’UE. Elle est remise frontalement en cause par une initiative UDC. Mais, là, pas de suspense. Cette initiative, qui passe à la Commission des institutions du National, sera largement repoussée.

Créé: 01.07.2019, 08h56

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