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Regard ÉcoLa fracture «entreprises et société»: une alerte involontaire

Il y a deux semaines, Avenir suisse est partie en campagne pour redresser l’image déformée que la société suisse a de ses entreprises. Le choix du moment, à quelques semaines de la votation sur deux objets touchant les entreprises, n’est certes pas fortuit, mais le texte a une portée qui dépasse le contexte de parution et cela sur deux points au moins.

Le point de départ est le constat posé a priori d’un abîme dangereusement croissant entre la société et l’économie en matière de perception des entreprises. Le fait de poser le débat en termes d’un face à face entre société et économie a quelque chose de surprenant tant il est vrai que plus de 80% des emplois en sont dans le secteur privé. C’est dire que l’économie privée est intimement liée au social.

S’il y a effectivement un problème de réputation, comme le soutient Avenir suisse, c’est qu’à la racine il y une méfiance croissante entre les employés et les employeurs, les premiers ayant de plus en plus de doutes sur les intentions et les pratiques des seconds et réciproquement. C’est ce bien ce que tendraient à confirmer certaines conversation du bistrot. Or, le rapport est à mille lieux de se poser de telles questions. Il cite par contre nombre d’études sur la satisfaction au travail sur le niveau des salaires, voire l’emploi des femmes.

Selon Avenir suisse, les Helvètes sont heureux dans leur vie professionnelle. Pourtant, il n’en reste pas moins que le paradoxe demeure : si, effectivement fracture entre société et économie s’accroît, comme le prétend Avenir suisse, c’est que cette fissure est présente au cœur de nombreuses entreprises. Sans le vouloir, le rapport tire donc une sonnette d’alarme qui devrait inciter les partenaires du dialogue social à une meilleure écoute réciproque et à plus de dialogue, avant qu’il ne soit trop tard.

Un deuxième point à relever dans le rapport d’Avenir suisse est son attaque en règle contre l’information et la protection des consommateurs. Dans un premier temps, l’enseignement en prend pour son grade, parce qu’il développerait chez les jeunes, selon les auteurs du rapport, un esprit (trop) critique à l’égard de la consommation, ce qui aurait un effet négatif sur l’économie. Quelque pages plus loin, c’est le tour de la protection des consommateurs d’être visée, puisque – au temps d’internet – les consommateurs disposerait des outils nécessaire pour trouver toute l’information nécessaire avant de passer à l’acte. Dorénavant, le consommateur n’aurait donc pas besoin d’autant de protection. Cette ligne d’argumentation dévoile le fond de la pensée des auteurs : le salut de l’économie a besoin de la consommation même si cela implique les outils marketing les plus puissants basés sur des profils hautement personnalisés.

Tous les auteurs marquants du libéralisme convergent sur un point, l’économie est – et doit rester – un moyen et un instrument, et non une finalité. Si Avenir suisse et les entreprises qui le soutiennent entendent asservir le citoyen suisse aux besoins de leurs comptes d’exploitation, il y a un danger évident de voir l’écart entre société et économie grandir très rapidement au risque de devenir infranchissable.

1 commentaire
    Bruno Hubacher

    Dr. Klaus Schwab du think tank néolibéral WEF s'essaye à cette quadrature du cercle depuis cinquante ans, l'économie sociale de marché, pour arriver à la conclusion qu'il faut "repenser le capitalisme" et, finalement, la fin du néolibéralisme. Si ce n'est pas un aveu d'échec je ne sais par ce que c'est. Si 50% des activités économiques seront, dès 2025 déjà, toujours selon les experts du WEF, exécutées par des algorithmes, ne pensez-vous pas qu'il faudrait peut-être carrément changer de modèle. Une entreprise est un collectif de travail et quand il n'y aura plus de travail, tant mieux, on fera autre chose. On a les moyens, déjà aujourd'hui.