Succès de librairie«La femme de ménage» cartonne toujours, pourquoi ça marche?
Le thriller psychologique de Freida McFadden figure dans le top 10 des ventes en Suisse romande depuis des mois. Décryptage d’un succès.

- «La femme de ménage» a été vendu à 4,5 millions d’exemplaires dans le monde.
- Le livre a été largement recommandé sur les réseaux sociaux, puis par les libraires à la suite des retours positifs des premiers clients.
- Son succès repose sur un suspense captivant et une intrigue voyeuriste.
- Freida McFadden mélange thriller et romance pour séduire un large public.
«La femme de ménage» de Freida McFadden, c’est le livre qui se passe de mains en mains. Un rapide sondage autour de nous a suffi à confirmer l’omniprésence de ce thriller haletant aux chiffres de ventes vertigineux. Le roman s’est écoulé à 4,5 millions d’exemplaires dans le monde, avec une adaptation en film déjà sur les rails. Il a aussi dominé le palmarès 2024 en France, avec plus de 700’ooo volumes achetés, devant Joël Dicker et son «Animal sauvage»!
Et la Suisse romande n’y échappe pas. Ce premier tome et ses suites («Le retour de la femme de ménage», aussi en poche, et «La femme de ménage voit tout», en grand volume) squattent le top 10 des ventes. Chez Payot, on confirme un effet viral, avec des progressions du titre inaugural de 119% avant Noël, et la hausse s’est poursuivie en janvier et février.

Des chiffres hors normes pour une autrice inconnue dans le monde francophone jusqu’à l’an dernier. Cette Américaine discrète qui publie sous pseudo, médecin spécialiste des lésions cérébrales et mère de famille, a commencé à écrire pour se délasser le soir, il y a dix ans, jusqu’à se hisser en tête des ventes aux États-Unis, selon le «New York Times». Comment expliquer l’engouement de ces «McFans», comme se surnomment ses aficionados?
La force des réseaux sociaux
En France, le livre a été encensé par des influenceuses lifestyle comme Lena Situations, et sur TikTok, on ne compte plus les coups de cœur de personnes expliquant «détester lire» d’ordinaire. Des lectrices moins occasionnelles l’ont aussi recommandé, avec un deuxième tome qui a obtenu le Prix Babelio 2024 du meilleur thriller.
Bouche à oreille et conseils en librairie
Alexandra Swierc et Stéphanie Berg, libraires chez Payot à Lausanne, constatent aussi cet effet «Cinquante nuances de Grey»: «Le livre de Freida McFadden a permis à de nombreux lecteurs attirés par le bouche à oreille de se remettre à la lecture et d’en vouloir plus.» Un engouement qui a mûri lentement: «Le roman n’étant pas particulièrement littéraire, il a fallu du temps pour que l’effet viral démarre. Nous l’avons d’abord conseillé aux lectrices de thrillers domestiques (ndlr: dont l’intrigue principale se déploie au sein du foyer). Puis, après les retours positifs, à tout lecteur, hommes et femmes, qui souhaitaient un divertissement efficace. L’été a permis de le mettre entre toutes les mains, provoquant un effet rebond pour les cadeaux à Noël.» Quant aux bons résultats du début de l’année, elles l’expliquent par un autre phénomène: «La presse s’y est intéressée, attirant l’attention de celles et ceux qui n’en avaient pas encore entendu parler.» Mais qu’est-ce qui, dans ce roman, intrigue pareillement?
Un suspense sans faille
Les nombreux effets d’annonce tiennent du matraquage, dès la première ligne: «Si je quitte cette maison, ce sera menottes aux poignets.» Alors, forcément, on poursuit pour savoir ce qui va arriver. Par ailleurs, l’écriture simple et la structure linéaire du récit, scindé en deux parties épousant deux points de vue, rendent la lecture très aisée.
L’instinct voyeuriste
L’envie voyeuriste est titillée dès la couverture, avec cet œil qui regarde par une serrure. Voilà qui tombe bien, Millie est engagée chez les Winchester, richissime famille d’un quartier chic de Long Island, pour y faire le ménage. Le graal pour cette jeune femme qui sort de prison et vit dans sa voiture. Mais les étrangetés s’accumulent: une maîtresse de maison qui semble mentalement instable, une fillette qu’on dirait sortie de «Shining», une pièce minuscule dans les combles, où l’employée doit dormir. Avec, surtout, une serrure… à l’extérieur. Si tout indique qu’elle devrait fuir, Millie reste: elle a besoin de ce travail. Même si l’on ne croit pas un instant à ces ficelles trop grosses, la curiosité est ferrée. Et, pour peu qu’on accepte de se laisser embarquer, on ne lâche plus le livre.
Mélange des genres
Freida McFadden mélange thriller, romance, avec même une pointe de dark romance. Un cocktail susceptible de plaire à différents publics. On relèvera aussi un aspect «girl power». Sans en dire trop, mentionnons ce que l’on soupçonne d’entrée: la peinture appuyée du si parfait Andrew, le patron de Millie, dissimule forcément quelque chose. À moins que ce soit le jardinier de la famille, à peine moins sexy que son employeur, qui cache son jeu? Millie et sa patronne Nina se révéleront en tout cas plus intéressantes qu’il n’y paraît au premier abord.
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Ce qu’on en pense
Le livre s’articule autour d’une bonne idée, mais qui rappelle d’autres thrillers psychologiques, martèle des éléments récurrents qui mériteraient plus de finesse, sans compter un final improbable. Mais ce page-turner à l’héroïne attachante reste diablement efficace, avec un retournement de situation spectaculaire. À lire pour se divertir. C’est d’ailleurs ce que revendique son autrice.
«La femme de ménage», Freida McFadden, Ed. J’ai lu, 412 p.
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