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RéflexionLa droite française découvre avec stupeur la tolérance zéro

Il y a quelque chose de touchant dans le désarroi avec lequel certains parlementaires du parti Les Républicains ont accueilli le verdict du procès contre l’ancien premier ministre François Fillon. Éric Ciotti, figure à poigne de la droite française qui ne cesse de s’indigner à longueur d’interviews contre la clémence de la justice envers les délinquants, lui qui réclame plus de peines de prison et qui déclare, y compris à l’égard des délinquants mineurs, que «la meilleure réponse est une sanction plus ferme», voilà que tout à coup, lundi, il s’est mis à gémir contre la sévérité de la justice et «la condamnation terriblement lourde à l’égard de Fillon»…

Condamnation terriblement lourde? Pour avoir détourné, sur plus de dix-sept ans, 1’155’171 euros de fonds publics, François Fillon et son épouse encouraient 10 ans de prison et une amende pouvant aller jusqu’au double de la somme incriminée. Ils ont écopé lui de 5 ans dont 3 avec sursis, elle de 3 ans avec sursis, et d’un total de 750’000 euros d’amende.

Comment comprendre le désarroi d’Éric Ciotti ?

Il y a bien sûr la part de l’amitié, sentiment noble et suffisamment précieux en politique pour qu’on le respecte.

Mais je crois qu’il y a plus. Une stupeur plus profonde et dans un certain sens presque naïve née du fait que si le verdict devait être confirmé en appel, François Fillon serait ce qu’on appelle un délinquant. Soit un de ces êtres méprisables contre lesquels Éric Ciotti ne cesse d’appeler la société à se protéger.

Il se trouve que les prisons sont pleines de délinquants et que la majorité d’entre eux viennent des milieux les plus défavorisés. L’anthropologue Didier Fassin, récemment nommé au Collège de France et brillant analyste des mécanismes sociaux, n’y voit pas un hasard. Il a démontré il y a cinq ans dans un ouvrage sur les prisons à quel point on va «chercher» les délinquants dans ces milieux-là et pas ailleurs. Par exemple, les nombreux prisonniers détenus uniquement pour possession et consommation de cannabis viennent tous des quartiers de banlieue. C’est là qu’on les arrête et jamais à la sortie d’une université où pourtant les consommateurs de cannabis sont tout aussi nombreux…

Pour faire court, Éric Ciotti vit dans un monde où un parlementaire comme François Fillon ne peut pas être un délinquant. Il a détourné à son profit des crédits alloués pour payer des collaborateurs? Bien sûr que ce n’est pas bien, mais de là à y voir un délit, c’est totalement excessif. D’ailleurs beaucoup d’autres parlementaires le faisaient, c’est bien la preuve que tout cela n’était pas si grave. Fermons les yeux sur ces petites faiblesses et cherchons les vrais délinquants là où ils sont: ailleurs.

Pauvre Éric Ciotti. Partisan éperdu de la tolérance zéro envers les autres, il découvre combien elle peut être cruelle quand elle se tourne envers les siens…