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CoronavirusLa crise a montré le rôle de la Genève internationale

L’ambassadeur suisse à l’ONU à Genève affirme que l’OMS «a fait le travail qu’on attendait d’elle». Il s’inquiète aussi de voir des ONG à Genève être en danger financier.

L’ambassadeur suisse à l’ONU à Genève Valentin Zellweger (ici avec le conseiller fédéral Ignazio Cassis) estime qu’aucun pays ne peut s’éloigner à long terme du multilatéralisme (archives).
L’ambassadeur suisse à l’ONU à Genève Valentin Zellweger (ici avec le conseiller fédéral Ignazio Cassis) estime qu’aucun pays ne peut s’éloigner à long terme du multilatéralisme (archives).
KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFI

La crise liée au coronavirus a montré au monde le rôle «central» de la Genève internationale, selon l’ambassadeur suisse à l’ONU à Genève. Sur le départ au bout de quatre ans, Valentin Zellweger affirme qu’aucun Etat ne peut s’éloigner du multilatéralisme.

Au moment où la communauté internationale va devoir préparer l’après-Covid, le Bâlois quittera fin juillet son poste pour Nairobi, où il deviendra ambassadeur auprès de cinq pays africains. Avant son départ, il relève dans un entretien à Keystone-ATS que «la gouvernance de la crise a été centralisée ici, à Genève».

Pendant cette période, des pays comme les Etats-Unis et le Brésil s’en sont pris aux institutions multilatérales. «La situation aurait été bien plus catastrophique» sans l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et d’autres entités établies à Genève, dit M. Zellweger. convaincu qu’aucun pays ne peut à long terme s’éloigner du multilatéralisme. «D’autant plus un Etat comme la Suisse qui dépend des autres. C’est dans notre intérêt», ajoute l’ambassadeur.

«On ne pourra plus s’en passer»

Ciblée par les présidents américain Donald Trump et brésilien Jair Bolsonaro, l’OMS «a fait le travail qu’on attendait d’elle», selon la Suisse qui veut un modèle de financement plus durable et flexible pour celle-ci. D’autres acteurs genevois, comme l’Organisation internationale du travail (OIT), ont réagi «très tôt» pour évaluer les effets de la crise et tenter de les atténuer, dit l’ambassadeur.

Il insiste sur le fait que la Genève internationale «ne s’est jamais arrêtée» de fonctionner, grâce aux technologies. «On ne pourra plus s’en passer», prédit-il. «Ce sera beaucoup plus facile d’associer des délégués de pays lointains ou de zones concernées». Preuve en est, une discussion diplomatique en ligne a récemment réuni 1500 participants. «Impossible» dans une salle, dit M. Zellweger.

Action anti-racisme «importante»

Pour autant, comme d’autres, il estime que des négociations demanderont probablement toujours des contacts présentiels. «Souvent, les compromis se façonnent dans les couloirs, grâce à des échanges informels», glisse l’ambassadeur.

Dans le futur, le numérique contribuera peut-être aussi à ces formats. D’autant plus que les réunions physiques ne garantissent plus une confidentialité totale, comme le montrent des fuites au Haut-Commissariat aux droits de l'homme ou à l’OMS.

Autre effet de la crise, des ONG à Genève disent être en danger financier. La Suisse estime prématuré d’articuler d’éventuelles aides. «Nous ne connaissons pas encore les répercussions économiques exactes», affirme l’ambassadeur.

Récemment aussi, après le décès de l’Afro-Américain George Floyd, le mouvement contre les discriminations raciales s’est élargi à de nombreux pays, dont la Suisse. «Ce qui se passe est extrêmement important. Cela montre l’importance fondamentale des droits de l'homme», affirme M. Zellweger.

En Suisse aussi, «nous ne sommes pas exempts», admet l’ambassadeur. «Nous devons y réfléchir», ajoute-t-il. Mais selon lui, «une prise de conscience générale» sur la défense cruciale des droits des individus a été observée ces dernières années.

Pas d’effet Khashoggi sur la Suisse

Depuis son arrivée, M. Zellweger a aussi vu un enrichissement des activités de la Genève internationale. D’un environnement où chacun œuvrait dans son coin, celle-ci réunit désormais des écosystèmes devenus une «culture» opérationnelle. Y compris avec le Canton, la ville et des citoyens. Des projets vont s’ajouter, dit l’ambassadeur.

Ces dernières années, la Suisse aura elle été égratignée pour ne pas s’être associée à une déclaration après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Ou pour la confusion sur l’Agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).

«Nous avons un profil tellement marqué sur la scène internationale que des divergences avec des Etats similaires à la Suisse n’affectent pas notre image», estime l’ambassadeur. «Nous ne faisons pas de compromis sur les droits de l'homme», insiste-t-il encore.

M. Zellweger, qui sera remplacé par l’ambassadeur à l’ONU à New York Jürg Lauber, veut utiliser son prochain mandat pour «suivre les réalisations, sur le terrain, des décisions prises à Genève». Il arrivera alors que le Burundi, où la Suisse est engagée, entame une période postélectorale difficile.

M. Zellweger va s’engager pour que cet Etat, ciblé pour de possibles crimes contre l’humanité, continue de dialoguer avec la communauté internationale. Récemment, le Burundi avait annoncé l’expulsion du représentant de l’OMS dans son pays. L’ambassadeur veut aussi porter la candidature suisse au Conseil de sécurité de l’ONU dans cette région lorsque la campagne sera lancée.

(ATS/NXP)