Passer au contenu principal

PublicationLa BD entre dans la collection Bouquins

Un ouvrage collectif d’envergure synthétise l’ensemble des codes du neuvième art.

Lewis Trondheim («Lapinot») signe la couverture du «Bouquin de la bande dessinée».
Lewis Trondheim («Lapinot») signe la couverture du «Bouquin de la bande dessinée».
Ed. Robert Laffont

Face à une telle somme - 928 pages à l’écriture serrée, sur papier bible - on hésite entre le terme de dictionnaire ou d’encyclopédie. À l’image du cinéma, du jazz ou de lopéra, la BD possède désormais son ouvrage de référence, «Le Bouquin de la bande dessinée», publié au sein de la fameuse collection Bouquins des Éditions Robert Laffont. Monumental mais jamais indigeste, ce recueil collectif synthétise l’ensemble des codes du neuvième art et sa place dans l’histoire culturelle. De A comme abstraction à W comme western, une quarantaine de contributeurs, tous spécialistes reconnus dans leur domaine, mettent en perspective différents termes, thèmes ou notions. Lewis Trondheim («Lapinot») signe la couverture et toutes les têtes de chapitre de ce passionnant pavé placé sous la direction éditoriale de Thierry Groensteen, ancien directeur du musée de la Bande dessinée d’Angoulême.

«Art en expansion», comme le définit le concepteur de cet opus aux articles très documentés, la BD n’a cessé ces dernières années de se diversifier, investissant de nouveaux territoires. Passé de quelque 500 titres au milieu des années 1980 à plus de cinq mille par année de nos jours, le genre explore aussi bien l’autobiographie que l’autofiction, plonge dans le reportage ou la vulgarisation scientifique, et ne craint ni la politique, ni lexpérimental. À travers des albums ou des romans graphiques destinés à un public toujours plus large, la BD dépasse aujourd’hui largement la notion de littérature d’évasion. Longtemps victime de condescendance - même si cette attitude n’a pas totalement disparu - elle connaît une reconnaissance égale au cinéma, à qui elle fournit désormais quantité de matière à adaptations… pas forcément heureuses.

Polar et pop art

Interrogeant son sujet en profondeur, «Le Bouquin de la bande dessinée» évoque à la fois les processus de fabrication et différentes techniques inhérentes à la BD, les formats et les supports, les déclinaisons marchandes et institutionnelles, bref le rayonnement d’un art contemporain du daguerréotype. On parle ligne claire et manga, contre-culture et imagerie populaire, représentation de la femme et génétique, numérique et produits dérivés, polar et pop art. Bref, ça foisonne, intelligemment mais sans glose. Si aucun auteur n’a droit à sa propre entrée, l’érudit pavé en référence des centaines, à commencer par le Genevois Rodolphe Töpffer, généralement considéré comme le créateur et premier théoricien de la bande dessinée. Plus proches de nous, Cosey, Derib, Exem, Frederik Peeters, Tirabosco, Wazem ou Zep sont également mentionnés parmi d’autres dans cet ouvrage qui ne prétend pas à l’exhaustivité et qui se picore avec profit.

«Le Bouquin de la bande dessinée», collectif. Ed. Robert Laffont, 928 p.